“On est jamais excusable d’être méchant, mais il y a quelque mérite à savoir qu’on l’est ; et le plus irréparable des vices est de faire le mal par bêtise“. Charles Baudelaire
Les erreurs des « élites » françaises actuelles s’expliquent en grande partie par leur ignorance totale des réalités anthropologiques.
Dans une émission de débat, un représentant de cette « élite »,
expliquait que pour résoudre leurs problèmes, les pays scandinaves n’avaient
qu’à importer le modèle républicain français et que pour résoudre les nôtres,
nous n’avions qu’à importer le modèle
social scandinave.
Cette idée complètement délirante sur le plan anthropologique n’est
pas neuve. Dans « Le Mal Français », Alain Peyrefitte se lamentait
déjà que les français soient trop
catholiques et trop latins et pas assez protestants. Ah si seulement la France
était comme l’Allemagne, quelle grande nation industrielle elle serait !
Ce que ne comprennent pas nos têtes bien pleines formées à l’ENA ou à Sciences Po, c’est que les systèmes politiques, économiques et sociaux sont toujours le fruit d’une anthropologie spécifique.
Le système économique allemand ne peut exister que parce qu’il repose sur un type de relations sociales et un système éducatif qui reposent eux-mêmes sur le protestantisme, qui repose lui-même sur un modèle anthropologique familial de type souche-inégalitaire, qui repose lui-même, en partie, sur le fait que la Germanie n’ait pas été colonisée par les romains dans l’Antiquité.
De la même façon, le système social scandinave repose sur une
homogénéité ethnique qui était, jusqu’il y a peu, une des plus fortes du monde
mais aussi sur un pilier de la culture scandinave, le Janteloven, qui décourage
l’individualisme et invite chacun à trouver sa place au sein du collectif.
L’ironie qui échappe à nos «élites » françaises, c’est que leur
absence de vision anthropologique s’explique en grande partie par
l’anthropologie française !
En effet, comme l’a brillamment démontré Emmanuel Todd, cet universalisme
français qui se concentre sur des êtres abstraits et des valeurs universelles
provient en grande partie du système familial nucléaire égalitaire
caractéristique du bassin parisien et de
l’île de France. La république française est le fruit de ce système. De plus, seuls des principes abstraits
pouvaient rassembler en nation cette mosaïque de peuples européens qu’est la
France. Ce fut le long travail des rois de France, achevé par Napoléon.
L’universalisme français est donc paradoxalement le fruit d’une histoire et d’une identité
spécifique En niant l’anthropologie, les « élites » françaises ne
font en réalité que succomber à leurs
propres déterminants anthropologiques !
Déjà problématique en lui-même, cet aveuglement se révèle aujourd’hui
absolument catastrophique.
Confronté à l’islam et à la
civilisation arabo-musulmane, il s’obstine à penser que pour peu que la
République investisse suffisamment dans l’éducation, l’égalité et l’emploi, il
serait possible d’intégrer à la France un système anthropologique et religieux
radicalement exogène.
Les têtes pensantes de la République oublient que Napoléon, malgré tous ses efforts, s’est cassé les dents sur la civilisation arabo-musulmane lors de sa campagne d’Égypte et qu’en Algérie, en 1870, les musulmans ont préféré conserver leur statut personnel, c’est-à-dire la charia plutôt que de s’assimiler à la République.
Dans un entretien avec le Roi Hassan 2 du Maroc, la journaliste Anne-Saint Clair demandait à ce dernier s’il était possible que la France intégrât ses sujets marocains. Celui-ci répondait : « Quand bien même exprimeraient-ils la volonté d’être intégrés, ils ne le pourront pas. C’est possible entre européens. Vous n’en avez que faire, ce seront de mauvais français. »
Malheureusement,
nos dirigeants ont refusé d’écouter les sages conseils du roi du Maroc.
Aveuglés par
l’universalisme à la française et non formés à l’anthropologie, ils ne se
rendent pas compte que tout oppose les systèmes anthropologiques européens
et arabo-musulmans : modèles
familiaux, rapport au sacré et au temps, relations hommes/femmes, pratique religieuse,
organisation politique, philosophie. Avec un orgueil démesuré, ils pensent être
capables d’aller contre les lois fondamentales de l’anthropologie et de réussir
là où des milliers d’années d’histoire ont échoué : faire cohabiter et
assimiler des peuples que tout oppose sur les plans anthropologiques et
culturels.
Cette
ignorance et cet orgueil sont en train de conduire à la France au désastre.
En ce début de XXIe siècle, il est surprenant de constater que les mondialistes, les baby-boomers et une partie la jeunesse identitaire ont en commun de vouloir sacrifier la Nation au profit de l’illusion européenne. A leurs yeux, les anciens États-nations constitueraient un cadre désormais obsolète et il serait vain, pour ne pas dire illusoire, de chercher à défendre la France et ses intérêts car l’avenir de notre pays ne pourrait passer que par son intégration au sein d’une « Grande Europe » qui respecterait la réalité des peuples et des nations pour les identitaires ou qui serait soumise au Nouvel Ordre Mondial pour les mondialistes.
Dans le cadre de cet article, nous laisserons de côté le projet mondialiste pour nous concentrer sur les arguments présentés par les européistes ainsi que de tous les Français qui défendent l’idée « d’Europe puissance ». Pour ces derniers, la France serait désormais trop petite pour espérer faire jeu égal avec des puissances telles que les États-Unis, la Chine ou encore la Russie et l’Europe constituerait le levier lui permettant d’atteindre la fameuse « masse critique ».
Pour les identitaires, face au danger d’un Grand Remplacement qui menace l’existence même des peuples européens, il serait temps de cesser nos querelles intestines et de surmonter nos égoïsmes nationaux pour présenter un front commun et défendre la civilisation européenne dans son ensemble. Enfin, parmi ceux qui défendent l’idée européenne, un grand nombre considère que la nation fut une invention du XIXe siècle qui fit beaucoup de mal aux peuples européens en les entraînant dans d’absurdes conflits fratricides d’où la nécessité de dépasser le cadre national pour recréer une unité européenne semblable à ce que put être la chrétienté au Moyen Âge.
Soyons clairs : le simple fait que ces idées et ces arguments puissent aujourd’hui être sérieusement considérés et défendus par des Français dont certains luttent avec courage pour la défense de notre peuple et de son identité suffit à prouver l’effondrement qu’a connu la France en tant que pays, en tant que puissance mais aussi en tant que projet. Dans une France fidèle à elle-même, de tels débats n’auraient aucune raison d’être tant il serait clair dans l’esprit de tous, à l’exception de quelques marginaux, que le devoir de tout Français est de défendre la France, « ce plus beau Royaume après celui du Ciel ».
Si nous croyons aujourd’hui nécessaire de dénoncer et de réfuter l’illusion européenne, c’est d’une part parce qu’elle exerce actuellement une importante séduction sur l’esprit des jeunes gens et détourne une quantité importante de talents et d’énergie du combat pour le redressement national où ces derniers pourraient être utilement employés mais aussi parce que sa pénétration dans les esprits témoigne du succès de l’opération de propagande orchestrée depuis des décennies par les mondialistes avec pour objectif de détruire l’idée même d’État-nation pour aboutir à une « Europe des régions » dominée par des institutions supranationales.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, commençons par rappeler que loin d’être partagée par tous les peuples européens, cette passion pour tout ce qui est étranger ainsi que pour les grandes constructions politiques théoriques représente malheureusement une constante chez une grande partie des élites françaises. Au XIXe siècle, Chateaubriand constatait déjà que : « Le suprême bon ton était d’être américain à la ville, anglais à la cour, prussien à l’armée ; d’être tout, excepté français. » S’inscrivant dans cette vieille tradition, ceux qui aujourd’hui prônent l’Europe plutôt que la France sont les mêmes que ces philosophes des Lumières fascinés par l’Angleterre ou que cette jeunesse d’après-guerre envoûtée par l’URSS ou la Chine de Mao, tous ces adeptes de la « préférence étrangère » ayant en commun d’avoir toujours considéré avec morgue et dédain tous ceux qui, n’ayant visiblement rien compris au « sens de l’Histoire », s’obstinent tant bien que mal à défendre de façon stricte et exclusive les intérêts de la nation et du peuple français.
À bien des égards, les européistes donnent raison à cette boutade de diplomate selon laquelle, il faut toujours nommer des Français à la direction des institutions internationales car ce sont les seuls qui mettent un point d’honneur à ne jamais défendre les intérêts de leur propre pays.
Plaisanterie mise à part, l’illusion européenne témoigne d’une certaine naïveté politique et d’une incapacité à tirer les leçons de plus de cinquante ans d’une construction européenne dont la France n’a cessé d’être l’éternelle cocue. Alors que notre pays avait en main toutes les cartes pour dominer l’espace européen : l’armée, la technologie, l’industrie, l’agriculture, l’emplacement géographique et le soft-power (culture et prestige), tous ces atouts ont été sacrifiés les uns après les autres au nom de « l’idée européenne » pour le plus grand profit de la puissance rivale qu’est l’Allemagne ou de divers intérêts privés.
Ainsi, l’arrivée au pouvoir d’européistes, même identitaires, représenterait une véritable catastrophe pour le pays, ceux-ci continuant de sacrifier les intérêts de la France au nom du « bien commun européen » tandis que nos partenaires, sidérés face à une telle naïveté, ne manqueraient pas de se frotter les mains et de continuer avec succès de défendre l’Europe en paroles et de préserver leurs intérêts nationaux en actes.
Après ce préambule, il est temps de nous attaquer à l’argument central des européistes : la notion de « masse critique ». Dans mon essai consacré à la densité informationnelle, j’ai amplement démontré la fausseté de cette approche purement quantitative. Au-delà de ces considérations théoriques, l’exemple concret d’Israël suffit à démontrer qu’un pays ou un peuple de taille modeste peut exercer une influence considérable sur les affaires du monde à condition de posséder une véritable volonté de puissance et de développer une doctrine stratégique lui permettant d’exercer une véritable influence à l’échelle internationale. Sur ce point, notons que tous les pays capables d’assumer un rôle de puissance mondiale ou régionale ont en commun de s’appuyer sur l’idée d’une « élection » de nature principalement religieuse (Turquie, Iran, Arabie Saoudite, Russie) sur laquelle nous ne manquerons pas revenir.
Soulignons ensuite que cette obsession pour la « taille critique » constitue la marque d’une pensée moderne incapable de penser autrement qu’en termes quantitatifs et non qualitatifs. Sur ce point, il est amusant de constater que les Français européistes et identitaires ne semblent plus croire au génie du peuple qu’ils prétendent pourtant défendre. En effet, si le peuple français est vraiment un grand peuple alors 50 millions de Français peuvent facilement tenir tête à l’Europe entière, voire au reste du monde et c’est d’ailleurs ce que fit notre pays durant la majeure partie de son histoire. Au-delà du changement de peuple induit par l’immigration de masse, ce qui a changé depuis, c’est surtout la perception que les Français ont d’eux-mêmes, leur croyance en la capacité de la France de n’être qu’elle-même qu’au premier rang (De Gaulle) et surtout la rupture du modèle politico-religieux qui avait rendu possible sa prééminence.
Pour finir, défendre l’idée européenne au nom de la « masse critique » témoigne d’une incompréhension des vrais enjeux du XXIe siècle et d’une tendance, là encore bien française, à s’obstiner à refaire la dernière guerre plutôt que se préparer à la réalité de celle qui vient. En effet, si, comme l’avait compris Napoléon, le XIXe et le XXe siècles furent ceux de la masse et des empires, nous nous trouvons aujourd’hui dans un monde en contraction où l‘avenir n’appartient pas aux immenses constructions condamnées à s’effondrer sous leur propre poids mais à un retour à l’échelle locale et à un monde dominé par des puissances régionales de taille moyenne capable d’offrir de la stabilité dans un monde en plein chaos et de proposer l’adhésion à un récit national, identitaire et religieux aussi fort que structuré. Comprendre cela, c’est comprendre pourquoi chercher à intégrer la France dans un nouvel « empire européen » revient en réalité à vouloir devenir membre du club des dinosaures à la veille de leur extinction.
Pour finir, l’adhésion à l’idée européenne prouve, et c’est sans doute là le plus grave, que les européistes sont en réalité de purs modernes qui, d’une part, s’appuient sur les mêmes présupposés philosophiques que ceux qu’ils prétendent combattre et qui, d’autre part, n’ont absolument rien compris à l’essence de la France ainsi qu’à la source de son génie et de sa grandeur.
Commençons par rappeler que s’il existe au monde un pays qui peut prétendre être une nation, c’est bien la France et que la construction de cette nation fut l’œuvre patiente des rois de France parachevée dans les conditions que l’on sait par la Révolution Française. Le caractère précoce à la fois de l’État et du sentiment national fut ce qui permit à la France de dominer pendant des siècles un espace européen morcelé en une multitude de principautés trop faibles pour pouvoir s’opposer efficacement à une puissance étatique et nationale. L’immense stratège que fut Bismarck ne s’y trompa pas et entreprit de forger la nation allemande autour de la Prusse, offrant ainsi à ce pays la place de nouvelle puissance dominante de l’espace européen.
Mais surtout ce qui échappe aux esprits européistes possédés par le rationalisme et le matérialisme moderne, c’est qu’un pays, un peuple, une nation, c’est bien plus qu’un PIB ou une masse, c’est une transcendance, une idée et une mission.
Comme je l’ai écrit dans « Être Français», tous les grands peuples du monde, passés ou présents, possèdent des caractéristiques communes :
1-croire en quelque chose qui les dépasse, une « élection » venant justifier leur prétention à la puissance, qu’il s’agisse de la « destinée manifeste » des États-Unis, de l’assurance d’être le « peuple élu » pour Israël, d’être la « Troisième Rome » pour Moscou ou « l’empire au centre du monde » pour les Chinois.
2-d’avoir su préserver, au moins en partie, une pensée traditionnelle qui se caractérise entre autres par le règne de la qualité sur la quantité, par le primat du spirituel sur le matériel et la défense de certaines vérités éternelles et immuables et cela indépendamment de leur niveau de développement industriel ou technologique.
Or avec la Révolution et les Lumières, le peuple français a purement et simplement liquidé cet esprit traditionnel, adoptant au nom du « Progrès» et de la «Raison», le rationalisme le plus stérilisateur et le plus étroitrendant ainsi inaccessibles au peuple français les raisons historiques de sa force et les causes profondes de sa grandeur.
Un Français de 2021 est-il encore capable de comprendre qu’en 496, lors du baptême de Clovis, une alliance fut conclue entre Dieu et le peuple des Francs, c’est-à-dire les Français ? Cette nouvelle alliance venue remplacer l’ancienne faisait de la France le nouvel Israël, de Paris, la nouvelle Jérusalem et du Roi de France, le lieutenant de Dieu sur terre.
Si la France put dominer pendant des siècles l’Europe et exercer une telle influence sur les peuples européens, c’est parce qu’elle fut la fille aînée de l’Église, qu’elle fut dirigée par des rois très chrétiens et que le peuple français reçut la grâce et les bienfaits réservés à tout peuple béni de Dieu resté fidèle à son serment. Or, cette alliance avec Dieu fut rompue en 1789 par la Révolution Française, un évènement cataclysmique dont le peuple français ne cesse depuis deux siècles de subir et payer les conséquences. Comme l’écrivait Joseph de Maistre dès 1797 : « Puisque la France s’est servie de son influence pour contredire sa vocation et démoraliser l’Europe, il ne faut pas être étonnée qu’elle y soit ramenée par des moyens terribles. »
Depuis que le peuple français s’est détourné de Dieu et a rejeté cette alliance, la France n’a cessé d’aller de crises en crises et de défaites en défaites au point de voir aujourd’hui son peuple menacé de mort, le pays vendu à la découpe et les Français de connaître le sort humiliant des populations vaincues, occupées et soumises. Or, au lieu de comprendre que seul le rétablissement de l’Alliance avec Dieu permettrait de sauver la France, les européistes persistent et même aggravent l’erreur des révolutionnaires en demandant au peuple français de renoncer à son élection et à son destin pour accepter de se dissoudre dans une « grande Europe » quand bien même fusse-t-elle celle des peuples et des nations.
Pour le peuple français et pour la France il n’existe en réalité que deux chemins possibles :
-reconnaître que le peuple français est le peuple de la Nouvelle Alliance avec Dieuet que cette alliance aujourd’hui rompue doit être renouée afin que la fille aînée de l’Église redevienne fidèle à la promesse de son baptême.
-admettre que le peuple français n’a rien de spécial, qu’il n’a reçu de Dieu aucune mission particulière et qu’à ce titre, rien ne justifie réellement l’existence de la France, ni même son statut de grande puissance.
En réalité, ce qui conduit tant que de Français vers l’illusion européenne, c’est l’absence de Dieu. Sans Dieu, impossible de comprendre l’élection du peuple français, béni entre tous les peuples et dès lors comment comprendre la grandeur de la France mais aussi son mystère ?
À tous les européistes, je dis : à travers l’Europe, vous adorez une idole et cette idole vous empêche de comprendre cette simple vérité : pour sauver l’Europe, il faut commencer par servir la France car qui sert la France fait l’œuvre de Dieu.
À tous les souverainistes, je dis : la souveraineté sans le Christ ne peut exister en France.
Si tous les talents français, aujourd’hui mobilisés pour défendre et célébrer « la civilisation européenne » décidaient de renoncer à cette chimère pour se mettre au service de la France et son peuple leur récompense serait grande à la fois sur terre mais aussi dans les cieux. Quant à ceux qui s’obstineraient à persister dans l’illusion européiste ou dans le souverainisme athée nous ne pouvons que les inviter à méditer sur les sages paroles du prophète Osée :
Mon peuple est détruit, parce qu’il lui manque la connaissance. Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai, et tu seras dépouillé de mon sacerdoce; puisque tu as oublié la loi de ton Dieu, j’oublierai aussi tes enfants. (Osée 4:6)
“L’Europe n’est pas vieille ; ce sont ses institutions qui étaient trop vieilles pour elles. Les peuples d’Europe ne sont pas vieux ; ce sont les élites européennes qui auraient besoin de se renouveler, qui s’y refusent, qui nous encombrent de leurs déchets.” George Bernanos
Le terrible secret de tout conflit est que le vainqueur finit souvent par devenir l’ennemi qu’il a combattu.
En 1989, les
démocraties libérales triomphaient du communisme.
Vingt ans plus
tard, elles sont devenues le totalitarisme qu’elles ont vaincu.
Excessif ? Caricatural ?
Faisons l’inventaire:
-Pouvoir
exercé par une nomenklatura incompétente et corrompue apparaissant aux yeux du
peuple comme de plus en plus illégitime
-Organisations de plus en plus bureaucratiques et tentaculaires cherchant à réglementer chaque aspect de la vie du citoyen sans que ce dernier ne puisse avoir de véritables prises sur elles
-Médias aux
ordres du pouvoir, défendant systématiquement, parfois au mépris de l’évidence
ou de la logique, la ligne du parti
-Sélection et accès aux responsabilités fondés non pas sur la compétence ou le sens l’intérêt général mais sur la loyauté et la pureté idéologique, le « progressisme » ayant remplacé le marxisme-léninisme
-Intelligentsia subventionnée par le système qui a remplacé l’éloge du prolétariat par celui du métissage et du vivre-ensemble et la dénonciation de la « bourgeoisie » par celle du « populisme »
-Chasse aux
dissidents menée par les pouvoirs politiques, médiatiques et judiciaires allant
jusqu’à une violente répression policière dans le cas des gilets jaunes
-Pouvoir qui plutôt que de reconnaître ses erreurs et de se remettre en cause, renforce la répression, pratique le déni et accélère la tendance
Illégitimes,
inefficaces et construits sur des fondations branlantes, de tels régimes
finissent toujours par s’effondrer. Le mur du « progressisme »
tombera comme est tombé celui de Berlin.
« Défiez-vous, disait-il, de ces cosmopolites qui vont chercher loin de leur pays des devoirs qu’ils dédaignent accomplir chez eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins. » Jean Jacques Rousseau
« La diversité est une chance », « La diversité est une force ».
Cette
affirmation est devenue un lieu commun du discours politique qui, à force
d’être répétée, a fini par s’imposer comme une vérité.
Pourtant,
cette affirmation ne repose sur aucune base réelle.
Elle est un
dogme, un article de foi dont la fausseté a été démontrée à plusieurs reprises
par l’analyse scientifique.
En 2007, le professeur Robert Putnam, sociologue à Harvard, de surcroît marqué à gauche, a démontré dans une série de brillantes études consacrées au délitement du lien social que l’augmentation de la diversité entraînait la diminution de la confiance et du lien social au sein des communautés.
Plus récemment, une meta-analyse menée à partir de 87 études par des chercheurs danois de l’université de Copenhague et d’Aarhus a confirmé que la diversité ethnique impactait de façon négative la confiance au sein des groupes.
Dans le même registre le sociologue finlandais Tatu Vanhanen a démontré en 1999 comment le multiculturalisme était facteur de multiconflictualité à cause notamment de ce qu’il a appelé le « népotisme ethnique ».
La diversité
n’est donc pas une force.
C’est un
facteur de destruction des communautés naturelles et ceux qui continuent de la
promouvoir témoignent soit d’une profonde ignorance, soit d’une volonté
délibérée d’engendrer le chaos.
Dans tous
les cas, il est grand temps que la diversité cesse d’être présentée comme un
souverain bien et que ceux qui défendent publiquement cette idée soient considérés
comme des charlatans et des imposteurs.
« Si voter servait à quelque chose, cela fait longtemps que ça serait interdit »
Coluche
Pour nombre d’Occidentaux, le vote appartient au domaine du sacré.
Il est l’un des derniers rituels d’une époque qui en est désormais quasiment dépourvue mais surtout il symbolise le pouvoir et les sacro-saints « droits » politiques de l’individu et du citoyen. Pour les générations de l’après-guerre et une partie des classes éduquées, rien ne semble plus important aujourd’hui que de défendre la démocratie et ses « valeurs », un processus dont le dépôt de bulletin dans l’urne constitue une forme d’apothéose, l’équivalent de la communion pour la grande messe républicaine.
Cette invocation permanente de la « démocratie » ou du « processus démocratique » aurait pourtant dû mettre la puce à l’oreille du peuple car, en règle générale, plus on entend le mot, moins on trouve la chose. Dans les faits, il apparaît que les préférences et les choix démocratiques des électeurs sont rarement respectés et lorsque tel est le cas, ce résultat doit davantage à l’alignement circonstanciel du vote sur les intérêts des véritables détenteurs du pouvoir que sur un quelconque respect de la souveraineté et de la volonté populaires.
Le mépris ou le détournement de l’expression démocratique ne datent pas d’hier. Lors de la Révolution Française, comme l’a démontré Claude Quétel dans sa remarquable enquête historique « Crois ou meurs », le processus démocratique fut rapidement pris en main par la frange la plus radicale et la plus violente du camp révolutionnaire, celle-ci n’hésitant pas imposer ses vues à la majorité modérée par l’intimidation, la violence et le menace, des méthodes qui seront par la suite employées avec succès par tous les mouvements extrémistes d’extrême-gauche, des bolcheviks en Russie aux militants américains de Black Lives Matter en passant par les membres originels du parti nazi.
Quelques années plus tard, le 4 septembre 1797 (18 fructidor), les républicains, soutenus par Napoléon, organisèrent un coup d’état contre les royalistes pourtant devenus majoritaires aux Conseil des Cinq-Cents ainsi qu’au Conseil des Anciens, occupèrent Paris et procédèrent à l’arrestation des chefs de la majorité monarchiste, maintenant ainsi en place le régime républicain par la force des armes dans le plus grand mépris des institutions crées par la Révolution et de la volonté populaire exaltée par celle-ci.
Quelques siècles plus tard, en 2008, le Traité de Lisbonne fut ratifié par la voie parlementaire contournant ainsi le « Non » exprimé par le peuple français par le référendum de 2005, dans le mépris le plus complet de la volonté populaire et des principes fondateurs de la Vème République.
En 2015, le gouvernement d’Alexis Tsipras organisa un référendum portant sur les mesures prises par la troïka (UE, BCE, FMI) dans le cadre de la crise grecque. Malgré la très large victoire du « Non » (61%) ; les mesures d’austérité seront maintenues conduisant à la démission de Tsipras et de son ministre des finances, Yannis Varoufakis.
Ces quelques exemples, choisis mais néanmoins significatifs, permettent de montrer que le roi démocratique est nu et que la démocratie n’est bien souvent qu’une apparence servant à légitimer un pouvoir en réalité obtenu et maintenu le plus souvent par la force, l’intimidation et le chantage. Cela ne doit pas nous surprendre car, comme l’a démontré Nassim Nicholas Taleb dans son essai consacré à l’extension de la règle minoritaire, ce sont le plus souvent les minorités organisées, déterminées et intolérantes qui imposent leurs lois aux majorités ouvertes et tolérantes.
A ce titre, l’élection présidentielle américaine de 2020 constitue un véritable cas d’école d’une fraude électorale de grande ampleur, de sa gestion par un système politique en grande partie corrompu et d’une victoire obtenue par une minorité de fanatiques sachant utiliser avec habileté les leviers de l’influence et du pouvoir.
Rappel des faits : le 3 novembre, jour de l’élection, la plupart des résultats partiels donnent Trump largement en tête dans la majorité des états. Or, pendant la nuit, une chose incroyable se produit : pour la première fois dans l’Histoire, le décompte s’arrête dans plusieurs états clés. Quand celui-ci reprend Joe Biden, le candidat démocrate, se trouve désormais en tête ce qui permet à l’ensemble des médias d’annoncer sa victoire sans plus attendre malgré l’absence d’un décompte définitif dans plusieurs états clés et le contexte d’un scrutin extrêmement serré.
Pour l’observateur averti et tous ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, avaient suivi les résultats en temps réel, il était évident qu’une fraude électorale de grande ampleur venait d’avoir lieu, une intuition confortée par un grand nombre d’anomalies statistiques : courbe des votes suivant une trajectoire suspecte, déviation des bellwether states (états historiquement représentatifs de la tendance générale), résultats du gagnant supérieurs aux maximums historiques et dans certains cas, taux de participation dépassant les 100%…
Dépôt de bulletins suspects dans la nuit du 3 Novembre 2020- Wisconsin et Michigan
Cette soudaine remontée du vote Biden fut expliquée par la plupart des commentateurs par le dépouillement et le décompte massifs des bulletins de vote par correspondance, particulièrement utilisés dans le contexte de l’épidémie de Covid-19. Cependant, cet argument n’a jamais permis d’expliquer comment, d’un point de vue humain ou technique, des centaines de milliers de votes aient pu être dépouillés et traités en l’espace de quelques heures et pourquoi, au mépris de toutes les lois de distribution statistique, 90% de ces bulletins de vote se trouvaient dans de nombreux cas être en faveur de Joe Biden…
Depuis la contestation de ces résultats par Donald Trump, les preuves statistiques, informatiques, vidéo ainsi que les témoignages de nombreux observateurs n’ont cessé de s’accumuler dans le silence des médias mais aussi celui de la justice et des agences de sécurité américaines. À partir des données statistiques, démographiques et électorales disponibles, l’ancien capitaine du renseignement militaire Seth Keshel a réalisé une cartographie nationale de la fraude électorale, comté par comté, qui permet de mieux comprendre l’ampleur du phénomène ainsi que sa distribution.
En réalité, l’élection présidentielle américaine de 2020 a révélé à la face du monde un système de fraude électorale généralisé aussi bien au niveau local que national. Pour comprendre sa logique, il est nécessaire de réaliser que l’essentiel de l’effort s’est porté sur six grandes villes dans six états clés (Arizona, Géorgie, Michigan, Wisconsin, Pennsylvanie et Nevada), tous aux mains des démocrates, et que cet effort parfaitement ciblé a suffi pour modifier la donne au niveau national.
En résumé, le système de fraude électorale américaine s’est appuyé sur les éléments suivants :
-le vote par correspondance, facilité par les mesures prises dans le cadre de l’épidémie de Covid-19 et la modification de lois encadrant cette pratique, dans plusieurs cas, quelques jours avant le scrutin
-la fraude à l’attribution (adjucation), système dans lequel les bulletins douteux sont attribués manuellement (nombreuses manœuvres mises en œuvre pour créer le plus de bulletins douteux possibles)
-le trucage informatique via la manipulation du total des votes par un algorithme (les machines à voter électroniques et les systèmes de gestion des votes (EMS) étaient connectés à Internet. Sur ce dernier point, l’interception des paquets de données (PCAPS) a prouvé qu’une partie des votes des américains a transité via la Chine, l’Iran, le Pakistan, l’Allemagne ou encore l’Italie.)
Malgré ces preuves et les recours déposés par les partisans de Trump mais aussi de simples citoyens soucieux de garantir l’intégrité du processus électoral, le Ministère de la Justice (DOJ), le FBI et l’agence américaine de sécurité informatique (CISA) ont refusé d’examiner les affaires portée à leur connaissance et ont continué d’affirmer que cette élection avait été la plus sûre de tous les temps (the most secure ever). Ce refus d’enquêter ou d’examiner les preuves apparaît comme d’autant plus surprenant que, quelques semaines après la victoire de Biden, le magazine Time publiait un incroyable article détaillant comment «une cabale bien financée de personnes puissantes, dans tous les secteurs et toutes les idéologies, travaillant ensemble en coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, orienter la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations » avait œuvré pour empêcher une victoire de Trump. Selon Time, ce groupe de gens ne « truquaient pas l’élection, ils la fortifiaient ».
Au moment d’écrire ces lignes, le plus grand audit électoral jamais réalisé dans l’histoire d’une démocratie vient d’être mené à son terme dans le comté de Maricopa en Arizona. Les résultats préliminaires ont révélé 70 000 voix « en trop » par rapport au nombre d’inscrits sur les listes électorales dans un comté situé dans un état que Trump n’aurait « perdu » que des 11 000 voix. Suite à cette initiative, plusieurs états américains ont annoncé leur volonté de réaliser leurs propres audits et chaque semaine apporte son nouveau lot de preuves et de révélations.
Si le processus électoral est compromis aux États-Unis, qu’en est-il de la France ?
Bien que le vote papier et le contrôle systématique de l’identité soient en vigueur dans notre pays, commençons par rappeler d’une part, que plus de 80 communes représentant des millions d’électeurs utilisent déjà des machines à voter en France. Ces machines sont pour l’essentiel gérées par la société France Election et sont fabriquées et fournies par la société hollandaise NEDAP. A titre d’exemple des risques posés par ces machines électroniques, notons qu’au cours du dernier scrutin régional, un problème informatique survenu dans un bureau de vote à proximité de Mulhouse conduisit au remplacement pur et simple du disque dur de la machine en pleine journée suscitant l’incompréhension des électeurs comme celle des agents municipaux.
Mais surtout, malgré l’existence du vote papier, il est nécessaire de comprendre que les résultats sont ensuite entrés dans des logiciels de gestion de vote (EMS) gérés par le Ministère de l’Intérieur et au sujet desquels il n’existe que très peu d’informations. Qui sont les fournisseurs de ces logiciels ? Sur quels critères ont-ils été choisis ? Des audits de sécurité ont-ils été réalisés ? Les résultats peuvent-ils être modifiés en interne ou par l’intrusion d’agents extérieurs dans le système ?
Dans son numéro 491, la lettre d’informations confidentielles « Faits et Documents » révélait qu’une note du Ministère de l’Intérieur, rédigée avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2017 à partir des informations recueillies par les préfectures, donnait Emmanuel Macron à 10-12% d’intentions de vote derrière François Fillon, Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Si un système de fraude inspiré par le modèle américain se trouvait déployé en France, il fonctionnerait vraisemblablement selon le modèle suivant :
-trucage massif du vote des français de l’étranger, facilité par le format électronique
-bourrage des urnes dans les grandes villes, notamment Paris, Lyon, Marseille
-algorithme de trucage au niveau des logiciels (EMS) pour « lisser » les résultats finaux dans le sens voulu.
Pour finir, rappelons que l’année dernière, nous avions révélé que les solutions logicielles de l’entreprise Sctyl, également impliquée dans la fraude électorale américaine, étaient utilisée par le Ministère de l’Intérieur et celui de l’Éducation Nationale.
Ce rapide panorama permet de voir que de nombreux doutes pèsent sur l’intégrité des scrutins aux États-Unis, en France mais aussi dans le reste du monde, les entreprises et les acteurs concernés opérant à l’échelle mondiale. Suite à l’élection présidentielle de 2020, les patriotes américains ont compris que la sécurité et l’intégrité du processus électoral étaient la clé de tout. A qui bon de se mobiliser, soutenir un candidat et mener campagne, si au moment fatidique du décompte, les résultats sont systématiquement truqués ?
Cette prise de conscience a conduit, aux États-Unis, a un grand mouvement en faveur d’audits généralisés mais aussi d’un contrôle plus strict du vote. En France, plusieurs mesures concrètes pourraient être prises : ôter le contrôle du processus électoral au Ministère de l’Intérieur pour le confier à une commission électorale indépendante, audit complet des machines électroniques et des logiciels utilisés pour la gestion du vote, stress-test du système pour identifier les tentatives de hack ou d’intrusion…
Néanmoins, le peu d’intérêt que suscite en France la question de la fraude électorale doit nous conduire à nous poser la question suivante : pourquoi les formations politiques, à commencer par les médias et les partis d’opposition, ne se sont-ils pas emparés de cette question à la fois pour faire échec à cette fraude mais également pour éduquer les électeurs à son sujet ?
En réalité, ce désintérêt pour la fraude électorale ne témoignerait-t-il pas à la fois de l’incapacité des formations politiques actuelles à s’emparer des vrais sujets de fond mais également du désintérêt plus large des citoyens pour l’action publique ? Le vote, ce « devoir civique », ne serait plus au fond qu’un rituel désormais vide de sens et dépourvu de conséquences politiques réelles, une réalité bien comprise par un électorat qui s’abstient désormais massivement ?
C’est là une des conclusions décapantes de l’analyse que Jérôme Fourquet a consacré au dernier scrutin régional, une élection marquée par une abstention record. Croire au vote suppose en effet de croire encore à l’action collective et à une forme de communauté de destins. Or, dans une société individualiste, archipelisée et rongée par le communautarisme et où les dirigeants politiques ne sont plus de véritables chefs, porteurs d’un projet et représentants d’une vision claire de l’Homme et de la société, n’est-il pas logique que le vote ne concerne plus qu’une minorité politiséeet apparaisse aux yeux de la majorité comme une imposture ? Dans un tel contexte, la démocratie elle-même n’apparaît-elle plus que comme une fiction nécessaire, entretenue par un pouvoir corrompu pour garantir sa légitimité et par les classes supérieures pour justifier le maintien d’un statut quo en apparence favorable à leurs intérêts ?
Après un XIXe et un XXe siècles marqués par le règne des partis et des mouvements politiques de masse, ne sommes-nous pas en train d’être les témoins d’un processus de dépolitisation généralisée ne pouvant conduire à terme qu’à un retour de l’exercice du pouvoir par une minorité active prenant exclusivement à sa charge les questions liées à la vie publique ainsi qu’à la conduite de l’État ? Quoi qu’il en soit, tous ceux qui continuent de placer leurs espoirs dans le processus électoral devraient garder en tête le sage conseil de Staline qui enseignait à ses troupes que dans une élection, le plus important, ce n’est jamais le vote mais le décompte…
Article publié le 12 mai 2022 par Martin Geddes sous le titre « Beyond Babylon ».
Traduit de l’anglais par Stanislas Berton
Il n’est jamais agréable d’apprendre que vous avez été élevé pour devenir, à votre insu, un esclave. Cela est d’autant plus difficile à accepter quand on vous a raconté que vous viviez dans une société libre constituant l’apogée de la sophistication technologique et culturelle. Et c’est quasiment insupportable quand tous ceux qui vous entourent refusent de voir les chaînes qui les entravent et sont prêts à défendre jusqu’à la mort leurs propres geôliers.
Notre planète a été gérée jusqu’à présent comme une prison à ciel ouvert utilisant l’usurpation d’identité, des stratagèmes juridiques et le racket de l’impôt pour s’emparer de l’énergie humaine et de l’abondance naturelle. Ce système d’asservissement généralisé a pris de nombreuses formes au cours de l’Histoire : l’Ukraine moderne, la City de Londres, Washington DC, le Vatican ; Venise et la route de la soie ; le Saint-Empire romain germanique ; la Rome antique, Carthage et la Phénicie ; jusqu’à Babylone.
« Cela va être biblique » n’est pas une formule éculée pour décrire la libération de l’humanité de milliers d’années d’une captivité soigneusement dissimulée. C’est une description précise de notre passé, de notre présent et probablement de notre futur. Il me semble que la majeure partie de l’Histoire peut être expliquée par les systèmes ou les dieux que nous vénérons. Car nous adorons tous quelque chose que nous plaçons au-dessus de tout, que nous en soyons conscients ou non.
Le premier groupe est composé des matérialistes scientifiques dont la religion implicite est le postmodernisme. Ils vénèrent la connaissance pour elle-même et cherchent à monter dans l’échelle sociale grâce à la « domination des diplômes ». J’inclus dans ce groupe mes anciens associés appartenant à l’intelligentsia de l’industrie de la technologie [NdT : Martin Geddes est un spécialiste mondialement reconnu des technologies de l’information et des télécoms]. Ils sont souvent trop arrogants sur le plan intellectuel, ce qui les rend vulnérables à la subversion spirituelle : ils sont convaincus que leur éducation et le consensus au sein du groupe les protègent de toute tromperie ou manipulation.
Ce groupe s’apprête à subir une profonde humiliation. Si nous prenons le cas de la fraude électorale en Amérique en tant qu’exemple d’une croyance, ce fait a tout simplement été effacé du champ de leur conscience. Si un sujet n’est pas abordé, il n’existe pas car la vérité et la moralité sont fixées par le groupe. En paroles, ils sont individualistes et libéraux mais dans les faits, ils sont collectivistes et autoritaires.
Cette mentalité de groupe est sur le point de s’effondrer. Les deux mille « mules » qui ont bourré les urnes [NdT : référence au documentaire « 2000 mules » sur la fraude à l’élection présidentielle américaine de 2020] ont au moins été payées pour leur forfait ; ces « vingt millions de crétins diplômés » n’ont même pas vendu leur conscience et leur réputation pour un plat de lentilles. Leur relativisme moral et leur déni de l’existence du mal en font des proies faciles, susceptibles de succomber aux ruses du diable. Ils ont obtenu toutes sortes de privilèges au sein du système babylonien et ils les perdront avec l’effondrement de ce dernier.
Mon opinion est que ce groupe se retrouve pris au piège : étant impitoyables, personne ne les prendra en pitié. Cela signifie qu’une petite erreur commise par orgueil dans un certain contexte ne pourra pas être facilement corrigée ; au lieu de perdre la face, ils persistent dans leur erreur. Quiconque remet en cause l’orthodoxie est exclu du groupe afin de maintenir l’illusion d’une fausse normalité. J’ai été banni de plusieurs groupes pour avoir remis en cause l’orthodoxie concernant l’architecture des réseaux de communication, de la même manière que je l’ai été en questionnant la validité scientifique du port de la muselière chez les enfants.
Mais ce groupe n’est pas le seul à lutter avec les notions d’orgueil et de pardon. Un autre groupe, et celui-ci se trouve probablement dans une situation encore plus critique, est celui des « Chrétins conservaleurs » [NdT : Conservatish Christinots]. En paroles, ils affirment chercher les vérités éternelles, à agir de façon juste et admettre l’existence du mal. Ces gens ont toujours voté « comme il faut », sont toujours allés à la « bonne » église, ont toujours dit « ce qu’il fallait », ont toujours été avec les « bonnes » personnes et se sont toujours comportés de la « bonne » façon. Mais leurs actions ne sont pas si bonnes.
En paroles, ils ont suivi la « bonne » voie mais dans les faits, ils sont tout aussi attachés à leur confort personnel et à leur respectabilité au sein du groupe. Les élites ont au moins le mérite de ne pas prétendre appartenir au « peuple de Dieu ». En revanche, ceux qui ont cette prétention ont succombé à l’orgueil en proclamant leur supériorité sur ce premier groupe. Si l’élite postmoderne et matérialiste va subir une profonde humiliation, le châtiment sera bien plus sévère pour ceux qui ont invoqué le nom de Dieu en vain.
Mon opinion est que ce deuxième groupe est amoureux de sa propre image et satisfait de sa place au sein de la hiérarchie institutionnelle. Ses membres cherchent à obtenir un statut non pas grâce à la révélation des merveilles de la science naturelle [NdT: ou par la Grâce de Dieu] mais via leur parfaite compréhension des comportements à adopter pour bien se conduire au sein de « Babylone ». Leur raffinement et leur respectabilité les protègent du véritable prix qui doit être payé par quiconque combat véritablement la corruption, les malversations et les abus de pouvoir.
Les épreuves de ces deux dernières années ont été un test qui a révélé la véritable nature de chaque personne, de chaque institution et l’a rendue visible à tous. En particulier, ces épreuves ont permis de révéler quel Dieu nous adorons vraiment. Ceux qui sont du côté de la vérité et de la justice ont fermement résisté à la pression du conformisme social et à ses abus ; avoir une conscience a un prix et il doit être payé. Beaucoup d’entre nous ont été persécutés : j’ai perdu ma carrière, de nombreux amis, des liens familiaux, j’ai été calomnié dans la presse.
En observant les deux groupes précédemment évoqués, je constate un point commun : un refus de tout sacrifice personnel si cela constitue le prix à payer pour faire le bien. C’est toujours le travail de quelqu’un d’autre de faire la guerre, de combattre le mal, et de risquer de tout perdre. Cela leur permet de garder leur travail au service de Babylone et d’aller tous les dimanches dans leurs églises babyloniennes et de continuer à dire en privé qu’ils ont bien de la chance d’être plus respectables que tous ces « complotistes » ou ces « intouchables ». Tant qu’il n’est pas question de prendre une position ferme ou de rencontrer des difficultés en menant le combat, tout est pour le mieux.
Pour les croyants, si vous vous souciez du regard des autres et cherchez à être acceptés ou reconnus alors vous n’avez rien compris au « combat contre Babylone ». Les diplômes, le nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux, les promotions, tout notre monde est conçu pour faire de vous un couillon au service de Babylone. Tous ceux qui montent au créneau et partent en guerre contre le pouvoir en place seront toujours ostracisés car ils montrent la lâcheté, la faiblesse et la folie de ceux qui vivent encore en esclavage.
Après avoir été privé encore et encore de mon gagne-pain et du fruit de mon travail par Babylone, je suis particulièrement frappé par la passivité d’un si grand nombre face à la persécution endurée par les résistants. Je peux tolérer l’hypocrisie de la « gauche progressiste » au sujet de la liberté d’expression, à quoi s’attendre d’autre ? Mais il est frappant que si peu de gens se mobilisent pour protéger les victimes de la « cancel culture » ou ceux qui ont perdu leur emploi pour avoir refusé le « vaccin ». Comme si la persécution était une chose contagieuse.
« C’est vraiment terrible, j’espère que tu vas t’en sortir ». Si nous devons collectivement transcender la société de l’esclavage, il faut que les choses changent. La résistance individuelle au mal est nécessaire mais n’est pas suffisante ; cela doit se faire à l’échelle de la communauté. Cependant, cela n’est pas suffisant de chanter « Gloire à Dieu » ensemble et de chercher la vérité sous le même clocher. Cela n’est pas suffisant de faire preuve d’humilité et d’accepter la douleur du changement après avoir commis des erreurs.
Se contenter de satisfaire uniquement les besoins matériels revient à être seulement « 100% fermier et 0% soldat » et cela n’est pas suffisant quand les forces de Babylone considèrent la société comme le champ de bataille d’une éternelle guerre « sainte ». L’objectif final de Babylone est une société divisée entre la classe des maîtres et celle des esclaves ; le transhumanisme est seulement la dernière version. Nous devons activement nous protéger les uns les autres quand Babylone attaque et persécute ceux qui font le bien au nom de l’humanité.
Car Babylone aboutit toujours à une culture du sacrifice humain, c’est la conclusion inévitable d’un système qui promeut l’orgueil et l’intérêt personnel avant tout. Cette catastrophe morale débute quand nous considérons que c’est le boulot de quelqu’un d’autre de faire un sacrifice afin de pouvoir garder notre bonne conscience. Pour dépasser Babylone, nous devons agir pour qu’il soit de plus en plus coûteux de faire le mal et de moins en moins douloureux de faire le bien.
La première étape est de prendre soin des résistants et des dissidents car les autres membres du groupe vont observer la façon dont ils sont traités et décideront en conséquence de prendre exemple sur eux (ou non). Ce n’est pas quelque chose que les scientifiques matérialistes ou les « chrétins conservaleurs » sont prêts à faire car ils sont deux rouages qui permettent à Babylone de fonctionner. Si vous n’êtes pas persécuté par Babylone car vous résistez à sa culture du « sacrifice des autres pour mon gain personnel » alors il est possible que vous ne fassiez pas ce qu’il faut.
Note du traducteur:
Totalement inconnu en France, Martin Geddes, auteur de plusieurs livres, de dizaines d’essais et d’un travail colossal de réinformation sur les réseaux sociaux, est un des acteurs majeurs du Grand Réveil. Tous les écrits de Martin Geddes, libres de droits et en accès libre, peuvent être consultés ici.
« N’interrompez jamais un ennemi qui est en train de faire une erreur »
Napoléon
Au jeu d’échecs, le terme Zugzwang, de l’allemand Zug, « coup », et Zwang, « contrainte », fait référence à une situation dans laquelle un joueur est obligé de jouer un coup qui ne peut que conduire à une perte ou à une dégradation de sa position. Si le joueur pouvait passer son tour, il pourrait éviter ce problème mais dans un jeu où cela n’est pas possible, le problème du Zugzwang apparaît.
A bien des égards, le mondialisme se trouve aujourd’hui en situation de Zugzwang. Au lieu de lui permettre d’avancer vers la réalisation de son projet, chacun de ses mouvements sur l’échiquier mondial semble se retourner contre lui et le rapprocher un peu plus de la défaite : la « pandémie » de Covid19 aura permis de révéler l’incompétence du corps médical, la corruption de l’industrie pharmaceutique et la trahison des classes dirigeantes ; la défaite de la coalition otanienne en Ukraine aura démontré la faiblesse militaire de l’Occident, sa duplicité diplomatique ainsi que son hystérie belliciste ; les sanctions contre la Russie auront renforcé son autosuffisance, poussé au développement des BRICS et accéléré le processus de dédollarisation des échanges internationaux ; la paupérisation généralisée, les sacrifices économiques au nom du « climat » et la hausse du coût de l’énergie auront radicalisé les classes moyennes, prouvé l’incompétence des « Mozarts de la finance » et achevé de détruire le mythe de la prospérité occidentale ; les cours d’éducation sexuelle en maternelle, la promotion délirante du transgenre et les outrances du lobby LGBT auront permis à tous de découvrir les mœurs de ceux qui nous gouvernent et de faire du « modèle occidental » un véritable repoussoir pour l’ensemble des peuples du monde. Quant à la censure et à la stigmatisation de tous ceux qui osent dénoncer ces problèmes sous le terme de « complotistes », elles auront achevé de décrédibiliser la classe dirigeante, les « experts » et les médias de masse aux yeux de l’opinion publique.
Sur tous ces points, et bien d’autres, c’est comme si, à chaque étape, le projet mondialiste voyait la force de chacun de ses coups être retournée contre lui dans une sorte de prise de judo cognitif et stratégique. La machine continue de fonctionner mais la belle mécanique s’est grippée et le charme s’est rompu. Sentant que la situation est en train de lui échapper et que ses leviers d’action ne répondent plus comme ils le devraient, le pouvoir devient de plus en plus nerveux et, en conséquence, augmente la pression, tombe le masque et accélère le rythme, avec comme unique résultat de rendre son projet encore plus visible et de contribuer ainsi à grossir les rangs de ceux désormais conscients de son existence et opposés à celui-ci.
Un cybernéticien dirait que le pouvoir mondialiste est actuellement coincé dans une boucle de feed-back négatif, c’est à dire un processus dans lequel les effets négatifs se renforcement mutuellement et vont en s’amplifiant. A ce stade, le principal danger, hors le risque d’implosion ou d’effondrement du système, est que celui-ci, pour sortir de la spirale dont il est prisonnier, cherche à s’en extraire par une action aussi suicidaire que dangereuse comme une guerre ouverte avec la Russie, un krach financier mondial ou un blackout généralisé.
Si l’existe bel et bien des forces combattant le mondialisme dans le cadre de cette « guerre invisible », évoquée dans le volume III des Essais, gageons qu’elles ont intégré ce risque dans leur planification stratégique que leur priorité fut de gérer cette éventualité en développant des contre-mesures afin de neutraliser cette option « Samson ».
Quoi qu’il en soit, le mondialisme est aux abois et le moment de vérité approche.
Rappelons qu’aux échecs, le Zugzwang est une configuration qui ne se retrouve généralement qu’en fin de partie.
[NdA : L’option Samson est une doctrine nucléaire officieuse de l’État d’Israël. Selon cette dernière, en cas de risque d’anéantissement, Israël pourrait déclencher un holocauste nucléaire contre ses adversaires. Le nom de cette doctrine fait référence au personnage biblique de Samson qui, enchaîné aux colonnes du temple par les Philistins, préféra faire s’écrouler l’édifice sur lui-même plutôt que de rester captif.]
Note du traducteur : Ce discours a été prononcé en 1978 à Harvard par le dissident et écrivain russe Alexandre Soljenitsyne alors en exil aux États-Unis. Je propose ici une traduction de larges extraits de ce long discours visionnaire et prophétique dont certains passages sont encore aujourd’hui d’une troublante actualité. La traduction anglaise officielle de ce discours prononcé en russe est disponible ici.
Le déclin du courage –
Alexandre Soljenitsyne
Traduit de l’anglais par Stanislas Berton (extraits)
“Je suis très sincèrement heureux de me trouver ici parmi vous en cette occasion et de faire personnellement connaissance avec cette université si ancienne et si illustre. J’adresse mes félicitations et tous mes meilleurs vœux aux étudiants aujourd’hui diplômés.
La devise de Harvard est « VERITAS ». Beaucoup d’entre vous l’ont déjà compris, les autres le découvriront au cours de leur vie, que si toute notre attention n’est pas concentrée sur la recherche de la Vérité, celle-ci nous échappe. Et tandis qu’elle nous échappe, l’illusion de la connaître perdure et cela conduit à de nombreux malentendus. La vérité est rarement agréable à entendre, elle est presque toujours amère. Mon discours d’aujourd’hui contient des vérités amères mais je vous assure que je veux vous les communiquer non en adversaire mais bien en ami.
[…]
Le déclin du courage
Pour un observateur extérieur, le déclin du courage est sans doute de nos jours le trait le plus marquant de l’Occident. Le monde occidental a perdu son courage civique, dans son ensemble mais aussi individuellement, dans chaque pays, chaque gouvernement et bien entendu aux Nations Unies.
Un tel déclin du courage est particulièrement observable chez les
classes dominantes et l’élite intellectuelle, donnant l’impression d’une perte
de courage dans l’ensemble de la société. Bien entendu, il existe un grand
nombre de gens courageux mais ils n’exercent pas d’influence décisive sur la
vie publique. Les bureaucrates, qu’ils soient des politiques ou des
intellectuels, montrent à quel point ils sont dépressifs, passifs et perplexes
par leurs actions comme par leurs déclarations et d’autant plus quand ils
essaient d’expliquer sur le plan théorique pourquoi il est réaliste,
raisonnable et même moralement justifié de fonder les politiques publiques sur
la faiblesse et la lâcheté. Et ce déclin du courage est paradoxalement encore
rendu plus manifeste lorsque les mêmes bureaucrates se montrent
occasionnellement furieux et inflexibles à l’encontre de gouvernements et de
pays faibles que personne ne soutient ou avec des courants politiques qui ne
peuvent offrir aucune résistance alors qu’ils restent muets et paralysés quand
ils traitent avec des gouvernements puissants, des forces menaçantes, des
agresseurs et des terroristes internationaux.
Faut-il souligner que depuis l’antiquité, le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant-coureur de la fin ?
Bien Être
Lors de la création des états modernes occidentaux, le principe suivant fut posé : les gouvernements sont établis pour servir l’homme et lui permettre de rechercher librement le bonheur (voir, par exemple la déclaration américaine d’indépendance). Quatre décennies de progrès techniques et sociaux ont permis la création d’un système susceptible de satisfaire ses aspirations : l’État-providence. Chaque citoyen reçut la liberté désirée et des biens matériels si nombreux en quantité comme en qualité, qu’en théorie, le bonheur, au sens inférieur du terme tel qu’il s’est imposé durant ces décennies, était pour ainsi dire garanti.
Au cours de cette évolution, un détail
psychologique a cependant été négligé : le désir constant de posséder de
plus en plus de biens matériels, celui de mener une vie toujours meilleure et la lutte pour obtenir toutes ces choses imprime sur les visages
occidentaux les marques de l’anxiété et de la dépression, bien qu’il soit
courant de cacher de tels sentiments. Cette concurrence active et intense finit
par dominer toutes les pensées humaines sans ouvrir la voie à un développement
spirituel libre.
L’indépendance de l’individu vis-à-vis de toute pression exercée par l’État a été garantie, la majorité des gens ont atteint un niveau de bien être dont leurs pères et leurs grands-pères ne pouvaient à peine rêver ; il est désormais possible d’élever des jeunes gens selon de tels idéaux, de les conduire à l’épanouissement physique, au bonheur, à la possession de biens matériels, à l’argent et au loisir jusqu’à une liberté quasi-illimitée dans le choix des plaisirs. Qui serait prêt à renoncer à tout cela ? Pourquoi devrions-nous risquer notre si précieuse vie pour défendre des valeurs communes et particulièrement dans des cas aussi vagues où la sécurité de notre nation doit être défendue dans un pays lointain ?
Même la biologie nous enseigne qu’un niveau extrême
de sécurité et de confort n’est pas bon pour l’organisme. Aujourd’hui, le
bien-être dans les sociétés occidentales commence à ôter son masque trompeur
pour montrer son vrai visage.
Une vie selon la lettre de la
loi
La société occidentale s’est donnée l’organisation la mieux adaptée à ses fins, une société fondée, je dirais, sur la lettre de la loi. Les limites des droits de l’homme et de ce qui est considéré comme juste sont déterminés par un système de lois ; ces limites sont très flexibles. Les gens de l’Ouest ont acquis une habileté considérable pour utiliser, interpréter et manipuler la loi, bien que, paradoxalement, les lois soient devenues trop compliquées à comprendre pour l’individu moyen sans l’aide d’un expert.
Tout conflit se trouve résolu par le recours à la lettre de la loi qui est considérée comme le fin mot de tout. Si quelqu’un a raison du point de vue légal, plus rien d’autre n’est requis, personne ne mentionnera que ce qui est légal n’est pas forcément ce qui est juste, qu’il est possible de se restreindre, de renoncer volontairement à certains droits, de prendre des risques et de se sacrifier de façon désintéressée : cela semblerait absurde.On ne voit plus personne se restreindre de façon volontaire. Chacun fonctionne à la limite extrême du cadre légal.
Une compagnie pétrolière n’a rien à se reprocher, légalement parlant, si elle acquiert l’invention d’une nouvelle source d’énergie afin de l’empêcher d’être utilisée. Une entreprise agroalimentaire n’a rien à se reprocher, légalement parlant, quand elle empoisonne ses produits pour qu’ils se conservent plus longtemps. Après tout, les gens sont libres de ne plus les acheter.
J’ai vécu toute mon existence sous un régime communiste et je peux vous dire qu’une société sans référent légal objectif est une chose particulièrement terrible. Mais une société qui ne connaît rien d’autre que la référence légale n’est pas non plus digne de l’Homme. Une société qui n’est fondée que sur la lettre de la loi et qui ne cherche pas à viser plus haut ne tire pas le meilleur parti des immenses capacités humaines. La lettre de la loi est trop formelle et trop détachée pour avoir une influence bénéfique sur la société. Partout où la toile de l’existence est tissée par le fil de relations légales, il y règne une atmosphère de médiocrité morale qui paralyse les instincts les plus nobles de l’être humain.
La logique
de la liberté
Dans la société occidentale actuelle, il existe une inégalité entre la liberté d’accomplir des bonnes actions et la liberté d’en accomplir de mauvaises. Un homme d’État qui souhaite accomplir quelque chose d’important et de hautement constructif pour son pays doit avancer de façon prudente et même timide, il se trouve en effet très vite assailli par une myriade de critiques hâtives et irresponsables tandis que le parlement et la presse ne cessent de le critiquer. A chaque pas, il doit prouver que sa décision est la meilleure et qu’elle ne comporte absolument aucun défaut. En réalité, un homme exceptionnel et de grande valeur, qui aurait en tête des projets inhabituels et inattendus, n’a aucune chance de s’imposer : d’emblée mille pièges lui seront tendus. Ainsi, la médiocrité triomphe sous le masque des contraintes démocratiques.
Il est aisé en tout lieu de saper le pouvoir
administratif et de fait, il a été considérablement amoindri dans les pays
occidentaux. La défense des droits individuels a atteint de tels extrêmes
qu’elle rend la société impuissante devant certains individus. Il est temps que l’Ouest cesse de tant
défendre les droits de l’homme pour se concentrer sur ses devoirs.
Une liberté irresponsable et destructrice s’est vue accorder un espace sans limite. La société semble ne plus avoir que des défenses infimes à opposer aux abîmes de la décadence humaine comme par exemple lorsqu’au nom de la liberté, elle inflige une violence morale à la jeunesse en autorisant des films plein de pornographie, de crime et d’horreur. Cela est considéré comme faisant partie de la liberté et se trouve, en théorie, contrebalancé par le droit des jeunes gens à ne pas regarder ou ne pas accepter de tels programmes. La vie, organisée sur une base légale, a ainsi démontré son incapacité à se défendre contre la corruption du Mal.
Et que dire de tout ce qui touche à la criminalité. Les cadres légaux, particulièrement aux États-Unis, sont suffisamment larges pour encourager non seulement la liberté individuelle mais aussi certains crimes individuels. Le coupable peut échapper à son châtiment et même bénéficier d’une clémence indue grâce au soutien de milliers de personnes parmi le public. Dès que le gouvernement commence à combattre de façon vigoureuse le terrorisme, l’opinion publique l’accuse immédiatement de violer les droits des terroristes. Il existe un grand nombre de tels cas.
Le basculement de la liberté au profit du mal s’est fait de façon graduelle et cette évolution est née de toute évidence à partir de l’idée humaniste et bienveillante selon laquelle le mal n’est pas inhérent à la nature humaine. Selon cette doctrine, l’homme serait la mesure de toute chose et les défauts de l’existence trouveraient leur cause dans le mauvais fonctionnement de systèmes sociaux qu’il faudrait réparer. Étrangement, bien que ce soit à l’Ouest que l’on trouve les meilleurs systèmes sociaux, la criminalité y existe toujours et elle est même plus importante que dans le système soviétique où règne aussi bien la misère que l’arbitraire (il y a dans nos camps un grand nombre de gens considérés comme des criminels mais qui n’ont en réalité commis aucun crime, ils ont simplement essayé de se défendre contre l’arbitraire de l’État en utilisant des moyens situés hors du cadre légal).
La logique
de la presse
La presse, bien entendu, jouit également de la plus
grande liberté. (J’utiliserai le mot « presse » pour désigner
l’ensemble des médias). Mais quel usage en fait-elle ?
Une fois de plus, la principale préoccupation est
de rester fidèle à la lettre de loi.
Aucune responsabilité morale n’est engagée en cas
de déformation ou de disproportion.
Quelle est la responsabilité du journaliste envers ses lecteurs ou envers l’Histoire ?
Au cas où il aurait trompé l’opinion publique ou le
gouvernement en publiant des informations incorrectes ou de fausses
conclusions, avons-nous été témoins de la reconnaissance et de la rectification
de ces erreurs par le journaliste ou son journal ?
Non, cela n’arrive pas parce que cela serait
mauvais pour les ventes. Une nation peut être victime de telles erreurs mais le
journaliste s’en sort toujours. On peut d’ailleurs être assuré qu’il écrira le
contraire de ce qu’il disait auparavant sans pour autant perdre de son
assurance.
Parce qu’il faut fournir une information crédible et immédiate, il est nécessaire de faire appel aux extrapolations, à la rumeur et aux suppositions pour combler les vides et aucune de ces informations partielles ne sera jamais rectifiée, elles resteront imprimées dans l’esprit du lecteur. Combien de jugements hâtifs, immatures, superficiels et trompeurs sont ainsi publiés chaque jour, entraînant la confusion du lecteur sans jamais être rectifiés ?
La presse peut à la fois stimuler l’opinion
publique et mal l’éduquer.
Nous pouvons voir ainsi des terroristes traités comme des héros ou des secrets liés à la défense du pays étalés sur la place publique. Nous pouvons également être les témoins d’intrusions scandaleuses dans l’intimité de gens connus sous le prétexte que « tout le monde a le droit de tout savoir ». Mais c’est un slogan mensonger, caractéristique d’une époque mensongère. Les gens ont aussi le droit de ne pas savoir, de ne pas avoir leur âme divine remplie de ragots, d’absurdités et de propos superficiels. Voilà un slogan d’une plus grande valeur.
Quelqu’un qui travaille et mène une vie pleine de sens n’a pas besoin de s’encombrer l’esprit avec ce flux d’information.
La précipitation et la superficialité sont les maladies psychiques du XXe siècle et c’est dans la presse plus qu’ailleurs que cette maladie se manifeste. L’analyse de fond est anathème à la presse. Elle s’arrête au sensationnalisme et aux petites phrases.
Dans les
faits, la presse est devenue le plus grand pouvoir au sein des nations
occidentales, plus puissante que les pouvoirs législatifs, exécutifs et
judiciaires.
Nous demandons alors : au nom de quelle loi ce pouvoir a-t-il été élu et devant qui est-il responsable ? Dans les pays communistes, au moins les choses sont claires : le journaliste est un agent officiel de l’État. Mais de qui les journalistes occidentaux ont-ils reçu leur pouvoir, pour combien de temps et avec quelles prérogatives ?
L’Occident a encore une surprise en réserve pour un
habitant de l’Est habitué à une presse sous contrôle : ce dernier découvre
peu à peu une uniformité de pensée dans la presse occidentale prise dans son
ensemble. Les choses se passent ainsi : il existe des façons de penser
acceptables et des intérêts économiques et commerciaux qui concourent non pas à
susciter la concurrence mais l’uniformité. Il
existe une immense liberté pour la presse mais non pour ses lecteurs car les
journaux ne sélectionnent et ne promeuvent que les opinions qui ne vont pas
trop à l’encontre de leur ligne ou de l’opinion générale.
Une
idéologie à l’œuvre
En Occident, sans la moindre censure officielle, les pensées et les idées acceptables sont soigneusement séparées de celles qui ne le sont pas : rien n’est interdit mais tout ce qui n’est pas considéré comme acceptable ne sera jamais diffusé dans les revues, les livres ou enseigné dans les universités. D’un point de vue légal, vos chercheurs sont libres mais ils sont conditionnés par l’idéologie en vigueur.
Contrairement à l’Est, la violence à l’Ouest
n’est pas explicite.
Cependant, l’idéologie fixe un programme et l’information de masse standardisée empêche les esprits libres et indépendants de contribuer à la vie publique. Il se développe un esprit grégaire qui rend impossible tout développement. Aux États-Unis, j’ai reçu des lettres de gens très intelligents, par exemple de la part d’un enseignant d’une université de province qui pourrait contribuer à sauver et à renouveler spirituellement cette nation mais son pays ne peut pas l’entendre car les médias ne s’intéressent pas à lui. Cela conduit à d’importants préjugés et à un aveuglement très dangereux en cette époque de grandes mutations.
[…]
Socialisme
Il est presque universellement reconnu que l’Occident représente un
modèle de développement économique réussi, même si les dernières années ont été
marquées par les ravages de l’inflation. Néanmoins, un grand nombre de gens
vivant à l’Ouest sont mécontents de la société dans laquelle ils vivent. Ils la
méprisent et l’accusent de ne pas être à la hauteur du niveau de maturité
atteint par l’Humanité. Un grand nombre de ses critiques se tournent vers le
socialisme, ce qui est une mauvaise et dangereuse solution.
[…]
Ayant fait personnellement l’expérience du socialisme dans un pays où
il a été mis en œuvre, je n’ai absolument rien de bon à dire à ce sujet.
Un contre-modèle
Mais si quelqu’un me demandait si je présenterais l’Occident tel qu’il est aujourd’hui comme un modèle pour la Russie, en toute franchise, je répondrais par la négative. Non, je ne pourrais pas recommander votre société dans son état actuel comme un modèle auquel la mienne pourrait aspirer. Grâce à d’intenses souffrances, mon pays a atteint un niveau de développement spirituel d’une telle intensité que le système occidental dans son état de délabrement spirituel n’est absolument pas attirant. Tous les caractéristiques de votre existence que je viens d’évoquer sont extrêmement déprimantes.
Il est impossible de nier que les habitants de l’Ouest deviennent de plus en plus faibles alors que ceux de l’Est deviennent de plus en plus forts. Six décennies pour la Russie et trois décennies pour les pays de l’Est : durant tout ce temps, nous avons reçu un entraînement spirituel bien plus avancé que celui reçu par l’Ouest. La complexité de la vie et le poids de la mort ont produit des personnalités bien plus fortes, profondes et intéressantes que celles produites par le bien-être standardisé européen. Par conséquent, si notre société se transformait pour devenir la vôtre cela signifierait que certains aspects se trouveraient améliorés mais aussi que les choses évolueraient en pire sur des points absolument cruciaux.
Il est vrai, comme c’est le cas dans mon pays,
qu’une société ne peut pas demeurer trop longtemps soumise au cauchemar de l’arbitraire
mais ce serait tout autant un abaissement que d’opter pour le même système
légaliste et bien rôdé en vigueur chez vous. Après des décennies de souffrance,
de violence et d’oppression, l’âme humaine aspire à des choses plus hautes,
plus belles et plus pures que celles offertes par la consommation de masse
introduite par la dégoûtante invasion de la publicité, l’abrutissement
télévisuel et cette intolérable musique.
Tout cela apparaît comme une évidence à un grand nombre d’observateurs sur cette planète : le mode de vie occidental s’impose de moins en moins comme une référence.
L’Histoire envoie toujours aux sociétés en péril des signaux d’alerte qu’il faut savoir décoder comme par exemple la décadence de l’art ou l’absence de véritables hommes d’État. Certains signes sont encore plus évidents à interpréter : il suffit que le cœur de votre démocratie et de votre culture soit privé d’électricité pendant seulement quelques heures et voilà que des hordes de citoyens américains commencent à se livrer au pillage et à semer le chaos. Cela signifie que le vernis social doit être bien fin et que la société est en réalité instable et malade.
Mais le combat pour notre
planète, physique et spirituel, un combat aux proportions cosmiques, n’est pas
pour un futur lointain ; il a déjà commencé. Les forces du Mal ont commencé
leur offensive décisive. Vous sentez déjà la pression qu’elles exercent, et
pourtant, vos écrans et vos écrits sont pleins de sourires sur commande et de
verres levés. Pourquoi toute cette joie?
[…]
La pensée occidentale est devenue conservatrice: le monde doit rester tel qu’il est, rien ne doit changer. Ce rêve lénifiant du statu quo est le symptôme d’une société qui est arrivé au bout de son développement.
[…]
Face à un tel danger, forts d’un tel héritage, avec une telle liberté et une telle célébration permanente de la liberté, comment est-il possible de perdre à un tel point la volonté de se défendre ?
L’Humanisme et ses conséquences
Comment cette évolution défavorable a-t-elle pu avoir lieu? Comment l’Occident a-t-il connu un tel déclin, passant d’une marche triomphale à sa déliquescence actuelle ? Y a-t-il eu des virages manqués, un cap perdu durant son évolution ? Cela ne semble pas être le cas.
L’Occident a poursuivi sa progression sociale en accord avec ses
premières intentions et aidé par un progrès technologique remarquable. Et tout
à coup, le voilà qui se retrouve dans son état actuel de faiblesse.
Cela signifie que l’erreur doit se trouver à la racine, aux fondements
mêmes de la pensée qui gouverne l’Occident depuis des siècles. Je veux faire
référence à la vision occidentale dominante
née durant la Renaissance et qui trouva son expression politique durant
la période des Lumières. Cette vision, que l’on peut qualifier d’humanisme
rationaliste et qui proclame l’autonomie de l’Homme vis-à-vis de toute
puissance supérieure, elle pourrait également être appelée anthropocentrisme car
elle place l’Homme au centre de tout ce qui existe, devint la base de toute
conception politique et sociale.
[…]
Nous devons désormais assumer les conséquences d’erreurs que nous n’avions pas remarquées au moment où nous nous sommes engagés sur ce chemin. De la Renaissance jusqu’à aujourd’hui, nous avons enrichi notre expérience mais nous perdu l’idée d’une Entité Suprême et Absolue qui posait une limite à nos passions et à notre irresponsabilité.
Nous avons placé trop d’espoirs dans les réformes
politiques et sociales pour découvrir que nous nous étions privés de notre bien
le plus précieux : notre vie spirituelle.
A l’Est, elle est détruite par les actions et les
machinations du parti unique. A l’Ouest, elle est étouffée par les intérêts
commerciaux. Voilà la véritable crise. Ce fossé qui sépare le monde est en
réalité moins terrible que la similarité des maux qui affligent chacun de ses
pôles.
Si l’humanisme avait raison d’affirmer que l’Homme est né pour être heureux, celui-ci ne viendrait pas au monde pour y mourir. Puisque son corps est condamné à disparaître sa mission sur terre est de toute évidence d’une nature plus spirituelle.
Cette mission ne peut pas être la poursuite illimitée des plaisirs de la vie. Elle ne peut pas être la recherche des meilleurs moyens d’obtenir des biens matériels et de profiter au maximum de ces derniers. Cela doit être l’accomplissement permanent, sincère et honnête de son devoir de façon à ce que la vie de chacun soit un chemin vers le progrès moral et que chacun quitte cette vie en étant un meilleur être humain qu’il ne l’était en la commençant.
Il est impératif de réévaluer l’échelle de nos
valeurs humaines. Son déséquilibre actuel est effarant. Il n’est pas possible
que l’évaluation de la performance du Président soit réduite à combien nous
gagnons par mois ou à notre capacité à pouvoir faire sans problème le plein de
notre voiture. Seule la modération volontaire et inspirée peut permettre à
l’homme de s’élever au-dessus du flot mondial du matérialisme.
Cela serait
une régression que de nous attacher aujourd’hui aux principes fossilisés des
Lumières.
Le
dogmatisme social nous laisse impuissant face aux défis de l’époque.
Si la destruction par la guerre nous est épargnée, nos vies devront changer si nous voulons les sauver de l’autodestruction. Nous ne pouvons plus faire l’économie d’une remise en cause des principes fondamentaux de la vie et de la société humaine.
Est-il vrai que l’Homme est au-dessus de
tout ? N’y a-t-il aucune force supérieure au-dessus de lui ? Est-il
bon que la vie de l’homme et les activités de la société soient déterminées en
premier lieu par l’expansion matérielle ? Est-il acceptable de promouvoir
une telle expansion au détriment de notre intégrité spirituelle ?
Si le monde ne touche pas à sa fin, il est en train d’approcher une phase de transition aussi importante que celle qui marqua le passage du Moyen-Age à la Renaissance. Elle exigera de nous un sursaut spirituel : nous devons nous élever à une nouvelle hauteur, à un niveau d’existence où notre nature physique ne sera pas aussi maudite que durant le Moyen-Age mais surtout, où notre être spirituel ne sera pas aussi piétiné que durant la période Moderne.
Cette ascension équivaut à franchir une nouvelle
étape de l’évolution humaine.
Nous qui sommes sur cette terre n’avons plus d’autre chemin à prendre que celui qui nous élève.”
Extraits d’un texte publié par Alexandre Soljenitsyne le jour de son arrestation, le 12 février 1974. Le lendemain, il fut condamné à l’exil à l’Ouest où il fut reçu en héros.La traduction anglaise officielle, « Live not by lies », de cet texte originellement écrit en russe est disponible ici.
Traduit de l’anglais par Stanislas Berton
Il fut un temps où nous n’aurions pas osé faire bruire le moindre murmure. Mais maintenant nous écrivons et nous lisons des journaux clandestins et nous nous rassemblons dans les salles enfumées des instituts de recherche et nous nous plaignons les uns aux autres de leur gestion hasardeuse, du cirque dans lequel ils nous ont entraînés !
[…]
Nous approchons du précipice ; un effondrement spirituel universel est déjà sur nous ; un effondrement physique est sur le point de se déclencher et de nous emporter ainsi que nos enfants tandis que nous continuons de sourire béatement et de débiter des banalités.
« Mais que pouvons-nous faire pour l’arrêter. Nous n’en avons pas la force. »
Nous avons si désespérément troqué notre humanité contre la plus modeste des pitances que nous sommes prêts à abandonner tous nos principes, notre âme, l’œuvre de nos ancêtres et l’avenir de nos enfants, nous sommes prêts à renoncer à tout si cela nous permet de ne pas déranger notre pauvre existence. Nous avons perdu notre force, notre fierté, notre passion. Nous ne craignons même pas une mort nucléaire collective, nous ne craignons pas une troisième guerre mondiale (peut être irons-nous nous cacher dans quelque crevasse), nous craignons simplement une prise de position civique ! Nous espérons seulement ne pas nous éloigner du troupeau, d’entreprendre par nous-même et de risquer soudainement de devoir nous passer de notre pain blanc, de notre chauffe-eau et de notre permis de résidence à Moscou. Nous avons si bien internalisé les leçons gravées en nous par l’État que nous sommes parfaitement heureux et à l’aise avec ses postulats : nous ne pouvons pas échapper à l’environnement, aux conditions sociales, tout cela nous façonne, « l’être détermine la conscience ».
En réalité, nous pouvons agir, même si nous essayons de nous mentir et de nous réconforter nous-mêmes en prétendant que ce n’est pas le cas. Ce ne sont pas eux qui sont coupables de tout mais nous seuls, nous seulement !
Certains rétorqueront : « Non vraiment, il n’y a rien à faire. Nos bouches sont bâillonnées, personne ne nous écoute, personne ne nous demande notre avis. Comment pouvons-nous faire en sorte qu’ils nous écoutent ?”
Les faire changer d’avis est impossible.
La chose la plus naturelle serait de ne pas de les réélire mais il n’y a pas de réélections dans notre pays. À l’Ouest, ils ont des grèves, des manifestations mais nous sommes trop domestiqués, trop apeurés. Est-il possible de simplement abandonner son travail et d’aller marcher dans la rue ?
[…]
Alors la boucle est-elle bouclée ? N’y a-t-il vraiment aucune échappatoire ? La seule chose qu’il nous reste à faire est d’attendre passivement : et si le problème se résolvait de lui-même ? Mais le problème ne se résoudra jamais de lui-même, si nous tous continuons, jour après jour, de l’accepter, de le glorifier, de le renforcer, si, au minimum, nous ne rejetons pas avec dégoût son aspect le plus vulnérable :
le mensonge.
Quand la violence fait irruption dans la paisible condition humaine, son visage est plein d’assurance, sa bannière proclame en grandes lettres : « Je suis la Violence ! Écartez-vous, faites place ou je vais vous écraser. » Mais la violence vieillit vite, quelques années passent et elle n’est plus aussi sûre d’elle-même. Pour se maintenir debout, pour garder l’air présentable, elle ne manquera jamais d’appeler son allié : le mensonge. Car la violence n’a rien d’autre pour se couvrir que les mensonges et les mensonges ne peuvent persister qu’à travers la violence. Et ce n’est pas chaque jour, ni sur chaque épaule que s’abat la main lourde de la violence. Elle n’exige de nous qu’une soumission au mensonge, une participation quotidienne à la tromperie, et cela suffit pour que nous lui prêtions allégeance.
Et c’est ainsi que nous négligeons la plus simple et la plus accessible des clés de notre libération : un refus de participer personnellement au mensonge!
Même si tout est recouvert par le mensonge, même si tout est gouverné par lui, résistons de la façon la plus modeste : que le mensonge ne passe pas par moi !
Et voilà la voie qui nous permet de sortir de l’encerclement imaginaire de notre passivité, la façon la plus simple pour nous et la plus destructrice pour le mensonge. Car quand les gens renoncent aux mensonges, les mensonges cessent simplement d’exister. Comme les parasites ils ne peuvent survivre que s’ils sont attachés à un hôte.
Nous ne sommes pas appelés à aller sur la place publique et à crier la vérité, à dire à voix haute ce que nous pensons, cela est effrayant et nous ne sommes pas prêts. Mais au moins, refusons de dire ce que nous ne pensons pas.
[…]
Notre credo doit être : ne jamais consciemment accepter le mensonge.
Ayant vu où commence le mensonge (et beaucoup auront une perception différente de ce point), éloignons-nous de son influence corruptrice ! Ne cherchons pas à recoller les écailles de l’Idéologie, à rassembler ses os délabrés ou à rapiécer son vêtement en décomposition et nous serons étonnés de voir à quelle vitesse et avec si peu d’effort le mensonge va disparaître et tout ce qui est destiné à être mis à nu sera révélé comme tel au monde.
Ainsi, surmontant notre témérité, laissons chaque homme faire un choix : demeurera-t-il un serviteur volontaire du mensonge (non pas du fait d’une prédisposition naturelle mais pour nourrir sa famille ou éduquer ses enfants dans l’esprit du mensonge) ou le moment est-il venu pour lui de se lever comme un homme intègre digne du respect de ses enfants et de ses contemporains ? Et à partir de ce jour, cet homme :
-n’écrira, ne signera ou ne publiera pas en aucune façon, une seule ligne visant à déformer, autant qu’il puisse le savoir, la vérité;
-ne prononcera ou n’écrira jamais, en public ou en privé, en tant qu’éducateur, professeur, acteur, une ligne qu’il saura être fausse;
-dans la peinture, la sculpture, la photographie, la technologie, la musique, il ne dépeindra, soutiendra ou ne diffusera jamais une seule pensée fausse ou une seule distorsion de la réalité telle qu’il la discerne;
-ne citera pas à l’écrit ou à l’oral un « élément de langage » visant à assurer sa gratification, ses perspectives de carrière ou son statut, à moins qu’il partage pleinement l’élément cité et que celui-ci corresponde au contexte dans lequel il est employé;
-ne participera pas à une manifestation ou à un rassemblement si cela va à l’encontre de son désir ou de sa volonté ; il ne brandira pas une bannière ou criera un slogan auquel il n’adhère pas complètement;
-il ne lèvera pas sa main pour voter pour une proposition qu’il ne soutient pas sincèrement et ne votera pas à bulletin secret pour un candidat qu’il considère suspect ou indigne de confiance;
-ne sera pas contraint d’assister à une réunion où il s’attend à devoir faire face à une présentation biaisée et mensongère;
-quittera une session, une réunion, une conférence, une pièce, un film au moment où il entendra un participant prononcer un mensonge ou diffuser de la propagande manifeste;
-ne s’abonnera pas ou n’achètera pas un journal qui déforme les faits ou les cache.
Il ne s’agit pas là d’une liste exhaustive de tous les moyens possibles et nécessaires d’échapper au mensonge. Mais celui qui s’est purifié pourra, avec un œil neuf, discerner facilement les autres opportunités.
Oui, au début, cela ne sera pas juste. Certains devront temporairement perdre leur travail. Dans un premier temps, cela compliquera sérieusement la vie des jeunes gens qui essayent de vivre dans la vérité car leurs tests et leurs examens sont aussi remplis de mensonges et il faudra faire des choix. Mais il n’y a pas d’échappatoire pour celui qui cherche à être intègre. Pas pour un seul jour, pas même dans les métiers les plus techniques, il n’est possible d’éviter de faire face aux choix listés ci-dessus : choisir la vérité ou le mensonge, l’indépendance ou la servilité spirituelle. Et pour celui qui n’a pas le courage de défendre sa propre âme : ne le laissons pas se vanter de ses vues « progressistes », de son statut d’universitaire ou d’artiste reconnu, de citoyen distingué ou de général. Laissons-le se dire clairement à lui-même : je suis du bétail, un lâche, je cherche seulement à être au chaud et à me remplir la panse.
Pour nous qui, au fil des années, avons mené une existence banale, même ce chemin de résistance modérée ne sera pas facile à emprunter. Mais ô combien plus facile est-il que de s’immoler soi-même ou de faire la grève de la faim.
[..]
Ce ne sera peut-être pas un chemin facile mais c’est le plus facile parmi ceux qui se trouvent devant nous. Ce chemin n’est pas facile pour le corps mais c’est le seul qui existe pour l’esprit. Non, ce n’est pas un chemin facile mais il existe déjà parmi nous des gens, des dizaines, qui obéissent à ces règles depuis des années et qui vivent dans la vérité.
Ainsi, nous n’avons pas être les premiers à nous engager sur chemin, à nous de rejoindre ceux qui s’y trouvent déjà ! Plus nombreux sommes-nous à l’emprunter, plus compacts sont nos rangs, plus facile et plus court ce chemin sera pour nous tous. Si nous sommes des milliers, ils ne pourront pas faire face, ils ne pourront rien contre nous. Si nous devenons des dizaines de milliers, nous ne reconnaîtrons plus notre pays !
Mais si nous nous dérobons, arrêtons de nous plaindre que quelqu’un nous empêche de respirer, nous le faisons nous-mêmes ! Recroquevillons-nous et faisons profil bas tandis que nos camarades biologistes continuent de travailler en vue du jour où ils pourront lire nos pensées et modifier nos gènes.
Et si nous nous dérobons aussi face à ce défi alors nous sommes indignes, perdus et c’est de nous dont Pouchkine parle quand il demande avec mépris :
Discours prononcé par Alexandre Soljenitsyne le 25 septembre 1993 à Lucs-sur-Boulogne lors de l’inauguration du Mémorial de Vendée sous le titre “A Reflection on the Vendee uprising“.
Traduit de l’anglais par Stanislas Berton
“M. le président du Conseil Général de Vendée, estimés vendéens,
Il y a deux tiers de siècle, l’enfant que j’étais lisait déjà avec admiration dans les livres les récits évoquant le soulèvement si courageux et si désespéré de la Vendée. Mais jamais je n’aurais pu imaginer, fût-ce en rêve, que sur mes vieux jours, j’aurais l’honneur d’inaugurer le monument en l’honneur des héros et des victimes de ce soulèvement.
Vingt décennies se sont écoulées et durant ce laps de temps, en France mais aussi ailleurs, le soulèvement vendéen et sa répression sanglante ont reçu des éclairages constamment renouvelés. Car les événements historiques ne sont jamais compris pleinement dans l’incandescence des passions qui les accompagnent, mais à bonne distance, une fois refroidis par le temps. Longtemps, on a refusé d’entendre et d’accepter ce qui avait été crié par la bouche de ceux qui périssaient, de ceux que l’on brûlait vifs, les paysans d’une contrée laborieuse pour lesquels la Révolution semblait avoir été faite et que cette même révolution opprima et humilia jusqu’à la dernière extrémité, ces paysans qui se révoltèrent contre la Révolution !
Que toute révolution déchaîne chez les homme les instincts de la barbarie la plus primaire, les forces malfaisantes de l’envie, de la rapacité et de la haine, cela même ses contemporains l’avaient parfaitement perçu. Ils payèrent d’ailleurs un lourd tribut à la psychose générale lorsque le fait de se comporter en homme politiquement modéré — ou même seulement de le paraître — passait déjà pour un crime. Mais c’est le XXe siècle qui a largement contribué à ternir l’aura romantique qui entourait encore la révolution au XVIIIe.
De demi-siècles en siècles, les hommes ont fini par se convaincre, à partir de leur propre malheur, que les révolutions détruisent le caractère organique de la société, qu’elles ruinent le cours naturel de la vie, qu’elles annihilent les meilleurs éléments de la population en donnant libre champ aux pires. Aucune révolution ne peut enrichir un pays, tout juste quelques opportunistes sans scrupules et elles se font toujours au prix de morts innombrables, d’un appauvrissement généralisé et d’une dégradation durable de la population.
Le mot révolution lui-même, du latin revolvo, signifie rouler en arrière, revenir, ressentir à nouveau, rallumer, dans le meilleur des cas, mettre sens dessus dessous. Bref, une kyrielle de significations peu enviables. De nos jours, si de par le monde on accole au mot révolution l’épithète de «grande», on ne le fait plus qu’avec circonspection et, bien souvent, avec beaucoup d’amertume. Désormais, il est de mieux en mieux compris que le progrès social que nous désirons si ardemment peut être obtenu par le biais d’un développement évolutif normal, avec infiniment moins de pertes et, sans cette corruption généralisée. Nous devons être capables d’améliorer patiemment ce que nous offre chaque jour que Dieu fait. Il serait bien vain d’espérer que la révolution puisse améliorer la nature humaine et pourtant c’est ce que votre révolution, et plus particulièrement la nôtre, la révolution russe, avaient particulièrement espéré.
La Révolution française s’est déroulée au nom d’un slogan intrinsèquement contradictoire et irréalisable : liberté, égalité, fraternité. Dans la vie sociale, la liberté et l’égalité tendent à s’exclure mutuellement et sont même des concepts antagonistes! La liberté détruit l’égalité sociale, c’est même là un de ses rôles, tandis que l’égalité restreint la liberté car, autrement, on ne saurait l’atteindre. Quant à la fraternité, elle appartient à un tout autre domaine. Dans ce cas précis, il ne s’agit que d’un ajout accrocheur au slogan. La véritable fraternité ne s’accomplit qu’à travers des moyens spirituels et non sociaux. Pour couronner le tout, les mots menaçants “ou la mort” furent ajoutés à ce slogan ternaire, ce qui en détruisait toute la signification.
Je ne souhaite à aucun pays de faire l’expérience d’une “grande révolution”. Seul l’avènement de Thermidor empêcha la révolution du XVIIIe siècle de détruire la France. La révolution russe, elle, n’a pas connu de Thermidor qui ait su l’arrêter. Elle a entraîné notre peuple jusqu’au bout, jusqu’au gouffre, jusqu’à l’abîme de la perdition. Je regrette qu’il n’y ait pas ici d’orateurs qui puissent ajouter ce que l’expérience leur a appris, au fin fond de la Chine, du Cambodge, du Vietnam, nous dire quel prix ils ont payé, eux, pour la révolution. L’expérience de la révolution française aurait dû suffire pour que nos organisateurs rationalistes du bonheur du peuple en tirent les leçons. Mais non ! En Russie, tout s’est déroulé d’une façon pire encore et à une échelle incomparable. De nombreux procédés cruels de la Révolution française furent studieusement appliqués sur le corps de la Russie par les communistes léninistes et par les socialistes internationalistes, à la différence que ces derniers possédaient un degré de contrôle organisationnel encore plus important et systématique que celui exercé par les Jacobins.
Nous n’avons pas eu de Thermidor, mais — et nous pouvons en être fiers, en notre âme et conscience — nous avons eu notre Vendée. Et même plus d’une. Ce sont les grands soulèvements paysans de 1920-21. J’évoquerai seulement l’épisode suivant : ces foules de paysans, armés de bâtons et de fourches, qui marchèrent sur Tanbow, au son des cloches des églises avoisinantes, pour finir fauchées par des mitrailleuses. Le soulèvement de Tanbow dura pendant onze mois malgré l’emploi par les communistes de chars d’assaut, de trains blindés, d’avions, de la prise d’otages parmi les familles des révoltés et le fait que les communistes aient été à deux doigts d’utiliser des gaz toxiques. Nous avons connu aussi une résistance farouche au bolchevisme chez les Cosaques de l’Oural, du Don, de Kuban, de Terek, étouffés dans les torrents de sang d’un véritable génocide.
En inaugurant aujourd’hui le mémorial de votre héroïque Vendée, mon esprit se dédouble. Je vois en pensée les monuments qui vont être érigés un jour en Russie, témoins de notre résistance russe aux déferlements de la horde communiste et de ses atrocités. Nous avons survécu au XXe siècle, un siècle de terreur, l’effroyable couronnement de ce Progrès qui faisaient tant rêver les hommes du XVIIIe siècle. Aujourd’hui, je pense que les Français seront de plus en plus nombreux à mieux comprendre, à mieux apprécier et à mieux conserver avec fierté dans leur mémoire la résistance et le sacrifice de la Vendée.”