Monthly Archives: October 2019

De l’IA et du Big Data

“People, ideas, machines- in that order”

John Boyd

La guerre du Vietnam fut la première guerre conçue et menée par des technologies et des méthodes issues du monde de la grande entreprise. Président du constructeur automobile Ford, le secrétaire d’état à la défense, Robert McNamara mit un point d’honneur à « moderniser » et à « rationaliser » le Pentagone ainsi que la conduite de la guerre.

La légende raconte que McNamara fit entrer dans un supercalculateur toutes les données du conflit : hommes, matériel, forces ennemies, munitions, litres de carburant, pertes civiles puis il demanda à l’ordinateur de calculer l’issue de la guerre. Pendant plusieurs semaines, l’ordinateur moulina les données et un soir, un militaire informa McNamara que l’ordinateur était prêt à donner sa réponse.

«Alors, quel est le résultat » ?, demanda le secrétaire d’Etat à la défense.

« Selon mes calculs, vous avez gagné la guerre il y a deux ans », répondit l’ordinateur…

Aujourd’hui, les entreprises et les gouvernements ne jurent plus que par l’IA et le Big Data.

Pour eux, ces technologies sont les clés de la future suprématie économique, technologie et militaire.

Passons sur le fait que personne n’explique  jamais comment, dans un contexte d’épuisement des terres rares nécessaires à la construction de leurs composants  électroniques, ces technologies peuvent être pérennes. Au-delà des limites physiques qui finiront par ramener tout le monde à la raison,  il faut rappeler que cette croyance en la panacée technologique procède du même aveuglement qui conduisit les Etats-Unis à la défaite au Vietnam en dépit d’une suprématie technologique et militaire écrasante.

En effet, tout système d’information, d’aide à la décision ou de collecte de données repose toujours sur les limites suivantes :

1-Aussi perfectionné soit-il, un système informatique ne sait pour l’instant que répondre aux questions qui lui ont été posées et traiter les données  qui lui ont été communiquées. Si les questions sont mal posées ou les data sets de qualité médiocre ou incomplets, les résultats ne seront jamais pertinents. Dans de nombreux cas, ceux qui utilisent de tels systèmes, dans le monde de l’entreprise ou en politique,  possèdent une connaissance très insuffisante, voire inexistante des systèmes d’information, de la statistique et de l’exploitation de données, sans parler de la confiance aveugle dans des modèles “prédictifs” qui n’ont souvent de scientifique que le nom car ils ignorent les processus non-linéaires ainsi que les effets de second et troisième ordre.

2- Comme je l’ai expliqué dans un précédent article, la variable clé n’est pas la quantité de données mais la qualité et la pertinence de ces dernières, ce que j’ai appelé la « densité informationnelle ».  Avec le Big Data, il existe un grand risque de noyer l’information critique au milieu d’un océan de données parasites, conduisant  le plus souvent à créer une couche supplémentaire  de systèmes d’information  pour faire le tri. Sur ce point, il a d’ailleurs été prouvé à de nombreuses reprises, par exemple par Paul Slovic ou Stuart Oskamp que l’augmentation de la quantité de données disponibles ne conduit pas à augmenter la qualité de la prise de décision mais plutôt à la diminuer. Enfin, l’accès rapide  à une telle masse de donnée peut conduire à de l’arrogance et à une baisse de vigilance, l’utilisateur pensant avoir toutes les cartes en main alors qu’il lui manque en réalité l’information critique.

3- Le Big data et l’IA demeurent avant tout des outils d’aide à la prise de décision. Si les êtres humains en bout de chaîne ne sont pas formés pour exploiter l’information recueillie  ou si les organisations auxquels ils appartiennent ne peuvent pas agir sur les résultats de l’analyse pour des raisons politiques ou autres, toute cette collecte sophistiquée d’information se trouve réalisée en pure perte.

La lutte contre le terrorisme islamique offre un parfait exemple des limites du Big Data. Il est indéniable, qu’au-delà des questions politiques sur la protection de la vie privée et le pouvoir donné au gouvernement, ces technologies ont permis d’éviter des attentats et d’arrêter des criminels. Ceci étant dit, malgré la débauche de moyens déployés, il faudra aux Etats-Unis plus d’une dizaine d’années pour mettre la main sur Ben-Laden et sa localisation sera due à une information donnée par une source humaine et à l’opiniâtreté d’un agent de la CIA. Récemment, en France, l’attentat de la préfecture de Paris a mis en évidence des dysfonctionnements, comble du comble, au sein d’un service de renseignement : non-traités par la hiérarchie, les signaux d’alerte n’avaient pas été entrés dans le système. De la même manière, le mouvement des Gilets Jaunes de 2018 prit totalement de court les services de renseignement français en dépit de signes avant-coureurs identifiés de longue date par des journalistes, des écrivains ou des sociologues. 

En réalité, il serait beaucoup plus sain de développer un profond scepticisme à l’égard du Big Data et de l’IA. Au lieu d’être des accélérateurs de connaissance, ces technologies contribuent souvent à la baisse de la qualité de la prise de décision. Elles permettent en effet de dissimuler le faible niveau de compétences des décideurs derrière le paravent de la technologie et de camoufler les limites de ces outils  sous un vernis mathématique et statistique censé être le garant de leur scientificité.

Plutôt que d’investir dans la technologie, il est en réalité toujours plus payant d’investir dans l’humain et dans sa formation car au final, c’est toujours lui qui se trouve en bout de chaîne.

Au lieu de décupler les capacités des hommes, la technologie rend souvent ces derniers paresseux et diminue leurs seuils d’exigence ainsi que leurs compétences pratiques. Plutôt qu’apprendre  à lire une carte, de mémoriser le nom des rues ou de planifier  un itinéraire, on s’en remet à un GPS. Plutôt que de mémoriser des informations importantes, on s’en remet à Wikipédia ou à une base de données. Et quand l’outil n’est plus disponible ou dysfonctionne, c’est la catastrophe car les connaissances et les compétences ne se trouvent plus dans le cerveau humain, elles ont été externalisées chez la machine.

Notre époque a oublié que le cerveau humain est le plus puissant supercalculateur jamais inventé et que ces capacités ont été affinées et perfectionnées par de milliards d’années d’évolution, le plus éprouvant et rigoureux  stress test qui soit. Quand il est bien entraîné, le cerveau humain sait établir des connexions, détecter des patterns, faire le tri entre différents sources et niveaux d’information, bien plus rapidement que n’importe quelle machine. Ce qu’il perd en capacité brute de traitement, il le rattrape largement avec ses heuristiques, ces raccourcis mentaux qui nous frappent parfois comme des fulgurances. De plus, les systèmes d’information sont souvent rigides et ce d’autant plus quand ils se trouvent intégrés dans des organisations hiérarchiques. Dans de telles structures, l’accès rapide à l’information n’est pas toujours possible où se retrouve bloqué par les niveaux d’accès, les procédures et les rivalités internes.

De  plus, ces systèmes d’information,  très coûteux à mettre en place et dont la question de la vulnérabilité se trouve toujours posée, peuvent être difficilement modifiés ou adaptés selon les circonstances et les besoins. Plutôt que rendre une organisation agile, souvent ils la figent et génèrent ce que les économistes appellent des externalités négatives dont les coûts sont rarement évalués et intégrés au calcul d’ensemble. Il ne s’agit pas de rejeter l’IA et le Big Data mais de les considérer non pas comme la pierre angulaire des systèmes d’information modernes mais plutôt comme des outils annexes devant être utilisés de façon limitée et ponctuelle.

Malheureusement, faute de formation et de compréhension des limites de l’outil, il est aujourd’hui toujours plus porteur d’affirmer que l’on prépare l’avenir en investissant X milliards dans l’IA et le Big data plutôt que d’annoncer que l’on va recruter des hommes et les former correctement.  Récemment, une connaissance me raconta comment dans les années 80, un ami à lui, passant le concours pour devenir douanier, fut interpellé par deux officiers des RG à la sortie de l’épreuve sportive. Ces derniers lui montrèrent des polaroids pris dix ans plus tôt lors d’une manifestation  de soutien au président chilien Allende. François Mitterrand étant au pouvoir, les agents indiquèrent au candidat qu’il ne serait pas inquiété. Mais le message était passé.

Avec  les moyens de l’époque, les RG parvinrent à identifier un homme sur la base de polaroids pris dans une manifestation comptant des dizaines de milliers de personnes et faire le lien avec un candidat passant le concours des douanes plus de dix ans plus tard. Aujourd’hui, malgré les technologies à leur disposition, les services de renseignement ont du mal à suivre les djihadistes potentiels faute d’effectifs, de contacts sur le terrain et surtout de décisions politiques permettant d’en réduire la masse.

En 2008, le président Nicolas Sarkozy supprima de fait les renseignements généraux pour les faire fusionner avec la DST donnant ainsi naissance à la  DCRI. Selon un grand nombre de spécialistes, cette réforme conduisit à une perte d’information, de capacité d’action et de savoir-faire au sein du renseignement français que la France paie encore aujourd’hui.

En 2016, la DGSI fit appel à la société américaine « Palantir », spécialisée dans le Big data, confiant ainsi l’accès aux données les plus sensibles du renseignement français  à une entreprise américaine proche de la CIA et des services américains.

En réalité, le Big data et l’IA, au-delà des opportunités lucratives qu’elles offrent à certaines entreprises, participent à cette croyance moderne irraisonnée dans le progrès technologique et à la confusion entre la science (la connaissance réelle, la capacité à agir efficacement sur le monde) et le scientisme ( la profusion de données et de “modèles” qui intègrent rarement la possibilité d’un Black Swan).

Au delà de ces questions épistémiques, ces technologies viennent en réalité apporter une réponse technique à un problème économique et social. Dans un contexte de raréfaction énergétique et de contraction économique, les entreprises et les organisations cherchent à réduire la masse des travailleurs humains au maximum et à remplacer les employés par des machines. Cette tendance qui concernait dans un premier temps les travailleurs les moins qualifiés est en train d’affecter peu à peu les emplois intermédiaires ainsi que certaines professions spécialisées.

Quel avenir  et quel projet politique pour des sociétés  où le travail et la richesse risquent de finir  concentrées entre les mains d’une “élite” ultra-qualifiée assistée par de plus en plus nombreuses machines ? A coup sûr, certains intellectuels-mais-idiots suggéreront de se tourner vers l’ IA pour obtenir une réponse à cette épineuse question.

De la religion

Article original publié par Nassim Nicholas Taleb sur Medium en 2016 sous le titre « Nous ne savons pas de quoi nous parlons quand nous parlons de religion ». Le texte est tiré du livre « Jouer sa peau » (Les Belles Lettres) – « Skin in the Game » (Random House)

Traduit de l’anglais par Stanislas Berton

Le problème avec tout ce qui est verbal (et journalistique) se trouve exprimé dans un aphorisme de l’Incerto (l’œuvre de Taleb) : les mathématiciens pensent avec des objets clairement identifiés et définis, les philosophes avec des concepts, les juristes avec des constructions, les logiciens avec des opérateurs logiques […] et les imbéciles avec des mots.  Deux personnes peuvent utiliser le même mot alors qu’il signifie pour chacun une chose différente et malgré cela poursuivre leur conservation, ce qui ne pose pas de problème à la pause-café mais qui est plus problématique lorsqu’il s’agit de décisions politiques affectant de nombreuses autres personnes. Par conséquent, il est très facile de déstabiliser les gens, comme le faisait Socrate, simplement en leur demandant ce que signifie précisément ce qu’ils viennent de dire, c’est ainsi que la philosophie vit le jour, comme rigueur dans le discours et clarté des notions, en parfaite opposition avec l’approche rhétorique promue par les sophistes. Depuis Socrate, nous avons eu une longue tradition de science mathématique et de droit des contrats gouvernés par l’importance de la précision des termes. Mais nous avons eu également beaucoup d’affirmations formulées par des imbéciles ayant recours à des étiquettes.

Lorsqu’ils utilisent le mot « religion », les gens veulent rarement dire la même chose et ils ne se rendent pas compte que c’est le cas pour tout le monde. Pour les anciens juifs et musulmans, la religion était la loi. Din signifie la loi en hébreu et la religion en arabe. Pour les anciens juifs, la religion était également tribale ; pour les anciens musulmans, elle était universelle. Pour les romains, la religion était des événements sociaux, des rituels et des festivals, le mot religio était l’opposé de superstitio et bien que présent dans la pensée romaine, il n’avait aucun équivalent dans l’Orient gréco-byzantin. La loi était procéduralement et mécaniquement une chose en soi et les premiers chrétiens, grâce à Saint Augustin, s’en occupèrent peu et plus tard, se souvenant de ses origines, eurent une relation inconfortable avec elle. Par exemple, même durant l’Inquisition, une cour laïque était chargée de délivrer les sentences. Le code de Théodose fut « christianisé » par une courte introduction, une sorte de bénédiction, le reste demeura identique et suivit le raisonnement légal du code romain païen tel qu’il était soutenu à Constantinople et en partie à Béryte.

La principale différence est que l’araméen chrétien utilise un mot différent : din pour la religion et nomous (du grec) pour la loi. Jésus, avec son commandement de « rendre à César ce qui est à César », sépara le sacré et le profane. Le christianisme appartenait à une autre dimension, « le Royaume du Ciel » et ce n’est que le jour du jugement dernier que celui-ci viendrait fusionner avec notre monde.  Ni l’islam ni le judaïsme ne possèdent une séparation marquée entre le sacré et le profane. Et bien entendu, le christianisme s’éloigna du plan purement spirituel pour devenir ritualiste et cérémoniel, adoptant un grand nombre de rites païens du Levant et de l’Asie Mineure.

Pour les juifs actuels, la religion est devenue ethnoculturelle, sans la loi, et, pour beaucoup, une nation. Il en fut de même pour les syriaques, les chaldéens, les arméniens, les coptes et les maronites. Pour les chrétiens orthodoxes et catholiques, la religion chrétienne est une esthétique, de la pompe et des rituels avec plus ou moins de croyances, le plus souvent décoratives. Pour la plupart des protestants, la religion est une croyance sans l’esthétique, la pompe ou la loi. Plus à l’Est, pour les bouddhistes, les shintoïstes ou les hindouistes, la religion est une philosophie pratique et spirituelle avec une éthique, et pour certains, incluant une cosmogonie. Par conséquent, quand un Hindou parle de la « religion » hindouiste, cela ne signifie pas la même chose pour un Pakistanais que pour un Hindou et c’est encore autre chose pour un Perse.

Les choses devinrent encore plus compliquées avec l’avènement de l’idée d’état-nation.

Quand un arabe d’aujourd’hui dit « juif », il veut principalement parler d’une croyance ; pour un arabe, un juif converti n’est plus un juif. Mais pour un juif, un juif est quelqu’un dont la mère est juive (cela n’a pas toujours été le cas, les juifs étaient très prosélytes au début de l’empire romain). Mais le judaïsme, grâce à la modernité, a fusionné avec l’état-nation et être juif peut désormais également signifier appartenir à une nation.

En Croatie-Serbie et au Liban, la religion peut avoir un sens en temps de paix et un tout autre sens en temps de guerre.

Quand quelqu’un parle des intérêts de la « minorité chrétienne » au Levant, cela ne signifie pas (comme tendent à le croire les Arabes) qu’il souhaite l’instauration d’une théocratie chrétienne mais tout simplement qu’il défend une conception « laïque » ou demande la séparation marquée de l’Église et de l’État (comme je l’ai dit auparavant, l’Église a toujours eu une relation difficile avec le profane ; on compte très peu de théocraties dans l’histoire chrétienne, à l’exception de Byzance,  de la tentative de Calvin et quelques autres épisodes). Il en va de même pour les gnostiques (Druides, Druzes, Mandéens, Alawis)

Non, au nom de Baal, arrêtez de dire que le salafisme est une « religion »

Le problème avec l’Union Européenne, c’est que les bureaucrates naïfs intellectuels-mais-idiots et les représentants des « élites » (ces imbéciles qui ne pourraient pas trouver leur derrière avec leurs deux mains) se font avoir par l’étiquette verbale. Ils traitent le salafisme comme une religion, avec ses lieux de « prière », alors qu’il s’agit juste d’un système politique intolérant qui encourage (ou tolère) la violence et refuse les institutions de l’Ouest, celles-là même qui lui permettent d’opérer.

Contrairement à l’islam chiite et aux ottomans sunnites, les salafistes refusent d’accepter la notion même de minorité : les infidèles polluent leur environnement. Comme nous l’avons vu avec la règle minoritaire, les intolérants écrasent toujours les tolérants ; le cancer doit être stoppé avant qu’il ne produise des métastases.

Étant naïfs et ne fonctionnant que par étiquette,  les IMI auraient une attitude différente envers les salafistes si leur mouvement se présentait sous un jour politique, similaire au nazisme, avec un code vestimentaire considéré comme l’expression d’une croyance. Interdire les burkinis serait acceptable pour les IMI si cela revenait à la même chose que de bannir les croix gammées : jeune intellectuel-mais-idiot, ces gens que tu défends, s’ils devaient arriver au pouvoir, te priveront de ces droits que tu leur donnes et ils forceront ton épouse à porter un burkini.

Nous verrons dans le prochain chapitre que la « croyance » peut être épistémique ou simplement procédurale (pistéique) ce qui peut conduire à confondre les croyances religieuses et celles qui ne le sont pas, une distinction qu’il est possible de faire via ce qu’elles signalent. Car en plus du problème « religieux », il y a un problème avec la croyance. Certains croyances sont purement décoratives, d’autres sont fonctionnelles (elles aident à survivre), d’autres sont littérales. Et pour revenir à notre problème des métastases salafistes : quand un de ces fondamentalistes parle à un chrétien, il est convaincu que le chrétien est littéral tandis que le chrétien est convaincu que le salafiste possède la même approche métaphorique qui doit être considérée sérieusement et non littéralement et souvent même pas si sérieusement que ça. Les religions comme le christianisme, le judaïsme et l’islam chiite ont évolué (ou ont laissé leurs membres évoluer en développant des sociétés sophistiquées)  précisément en s’éloignant du littéral car, en plus de l’aspect fonctionnel du métaphorique, le littéral ne laisse pas beaucoup de place à l’interprétation.

Pour conclure, non seulement le salafisme n’est pas une religion mais ce n’est même pas un système politique viable, ce n’est rien de plus qu’une excuse inventée par quelqu’un pour emprisonner les gens au 7ème siècle dans la péninsule arabique.

Pour aller plus loin:

Religion, Tolérance et Progrès: rien à voir avec la théologie (Taleb)

De l’islam

De la Rationalité

Des conflits religieux

Article original publié par Nassim Nicholas Taleb sur Medium en 2020 sous le titre « Religion, violence, tolérance et progrès : rien à voir avec la théologie »  

Traduit de l’anglais par Stanislas Berton

« Cette cité » [Constantinople » dit-il [Grégoire de Nysse] « est remplie de mécaniciens et d’esclaves qui sont tous de profonds théologiens et qui prêchent dans les boutiques et dans les rues. Si vous désirez qu’un homme vous change une pièce d’argent, il vous informe conséquemment que le Fils est différent du Père, si vous demandez le prix d’une miche de pain, il vous est répondu que le Fils est inférieur au Père et si vous voulez savoir si le bain est prêt, la réponse est que le Fils a été créé à partir de rien » d’après Gibbon, Histoire de la Chute et du Déclin de l’Empire Romain.

Les attitudes historiques collectives des catholiques ne découlent pas nécessairement des théologies du catholicisme ; celles des musulmans sunnites, pas nécessairement de la théologie de l’islam sunnite, il s’avère tout simplement que :

1-soit la religion crée un groupe distinct et polarisé et les gens commencent à s’imiter les uns les autres au sein de ce groupe.

2-soit les groupes trouvent de petites divergences théologiques (la plupart du temps sans véritable substance) pour se séparer des autres (par exemple l’Europe du Nord de l’Europe du Sud avec la Réforme, ou les égyptiens coptes des byzantins parlant le grec avec le monophysisme) pendant que ceux qui analysent l’histoire prennent le problème à l’envers en attribuant la différenciation entre les groupes à des divergences théologiques.

Ma thèse ici est que le récit wébérien reposant sur l’idée que les transformations religieuses (par exemple la Réforme) déterminent l’attitude et la culture ne suit pas la logique historique. Et essayer de changer la théologie et les doctrines n’a absolument aucun sens. Il faut changer les mentalités et les normes culturelles, si cela est possible.

L’alternative robuste selon laquelle les gens imitent les mœurs (contagieuses) des membres de leur groupe, définies de façon traditionnelle par la religion, est beaucoup plus logique. De façon générale, les gens préfèrent s’habiller, agir et même penser selon les critères en vigueur au sein de leur groupe, les gens avec lesquels ils s’identifient, ce que nous appelons « l’identité » au sens large. Nous verrons plus loin que les schismes et les hérésies semblent être de nature théologique mais typiquement, c’est plutôt l’inverse : des groupes inventent des différences théologiques pour se séparer, les hérésies possèdent les attributs de mouvements séparatistes ethniques ou culturels.

Weber introduisit ou popularisa l’idée que les protestants possédaient une certaine éthique de travail grâce aux valeurs transmises par leur religion. Cette idée, comme la majorité de la sociologie, a la solidité d’un marshmallow.  Prenez le problème à l’envers : les protestants de l’époque avaient une certaine culture et les autres protestants étaient plus susceptibles d’adopter la culture de leurs pairs car la religion agissait comme un aimant pour ces identités. Grâce à la narration fallacieuse, il est toujours possible de trouver dans une religion des éléments qui confirment une théorie donnée. Weber et les wébériens ratèrent le fait que la Révolution Industrielle débuta de façon précoce dans le Nord de la France et la Belgique (deux régions extrêmement catholiques) tandis que le Sud catholique demeurait une région agricole et socialement conservatrice. Ainsi, chacun peut voir à l’œil nu que le facteur décisif n’a rien à voir avec les théologies. C’est tout simplement que les normes culturelles sont contagieuses au sein des identités et cela dans une très large mesure. Au passage, ces normes culturelles n’ont pas encore atteint la Méditerranée car elle a sauté la Révolution Industrielle. Pour n’importe quel statisticien, « l’éthique protestante » est un marqueur Nord-Sud et non Protestant-Catholique.

Contrairement aux autres réseaux et croyances païennes, les trois religions abrahamiques sont mutuellement exclusives, du fait de la règle minoritaire, même si elles sont rétroactivement compatibles (l’islam accepte théologiquement le christianisme et le judaïsme mais l’inverse n’est pas possible, le christianisme intègre de façon pleine et entière l’Ancien Testament).  Vous pouvez adorer à la fois Jupiter et Baal, tout comme vous pouvez avoir de la cuisine franco-japonaise mais vous devez être soit chrétien, soit musulman. La différenciation et la perte du syncrétisme qui a débuté dans le judaïsme lors de la période rabbinique s’est accélérée à l’époque moderne : au Maroc, les juifs et les musulmans avaient des sanctuaires en commun ; à un moment, ce fut la même chose pour les shiites et les maronites au Liban. L’absence de médias et de télévision permit aux coutumes locales d’ignorer des édits religieux lointains. Au 6ème siècle, à Doura Europos, la même salle faisait office de synagogue, de temple païen et d’église. Et au Liban, pendant longtemps, la différence se trouvait entre Qaysites and Yamanites (habitants du Nord et du Sud), une distinction sans doute héritée des Verts et des Bleus Byzantins et qui coupait au travers des appartenances confessionnelles (les Druzes Qaysites combattirent sans pitié les Yamanites et la plus grande bataille,  Ayn Dara, conduisit à la relocation des Druze Yamanites sur le plateau du Golan).

Amine Maalouf, un autre chrétien libanais, comprit le problème de façon intuitive et vit la contradiction dans les récits historiques.  Comment se fait-il que l’islam est actuellement la religion associée à l’intolérance alors que ce fut le rôle traditionnellement joué par l’Église catholique ? Il suffit de regarder les preuves manifestes : on trouve beaucoup plus de minorités chrétiennes en terre d’islam que le contraire. Ce sont des groupes catholiques qui ont mené la croisade contre les albigeois, l’Inquisition, la Saint Barthélemy et tant d’autres. Le catholicisme n’a pas changé, ce qui a changé ce sont  les gens et leur culture. A ce que je sache, les textes sacrés n’ont pas été modifiés : ils étaient les mêmes durant l’inquisition, avant l’inquisition et maintenant.

Et bien sûr, l’attitude de l’islam sunnite envers le christianisme a changé avec le temps : une poussée d’intolérance depuis la fin du 18ème siècle comme en témoigne la chute continue du nombre de Chrétiens au Levant.

Comparer les théologies n’a pas plus de sens à moins d’avoir subi un lavage de cerveau par des textes de sociologie et d’être devenu incapable de penser avec un minimum de clarté. Les Puritains (Protestants) qui habitaient la Nouvelle-Angleterre et les Salafis de l’Arabie Saoudite et du Golfe Persique ont des théologies pratiquement identiques, fondées sur un communautarisme partagé (refus d’une autorité centrale), l’iconoclasme (absence de représentation, de saints ou de toute esthétique élaborée), absence d’une « église » organisée et une pratique très rigoriste de la religion. Et n’oubliez pas qu’ils vénèrent exactement le même Dieu.

Cette histoire d’identité-mentalité est responsable de bien d’autres choses. Les attentats suicides à la bombe dans l’est méditerranéen et au Moyen-Orient n’étaient pas à l’origine le fait des musulmans salafistes ; c’est dans la dernière partie du 20ème siècle que la pratique (réintroduite près de deux millénaires après les sicaires) commença à se répandre avec les disciples grecs-orthodoxes pan-levantins d’Antun Saadesh. Rien à voir avec les vierges que l’on retrouve au paradis, le genre d’explication ex-post que l’on entend aujourd’hui.

Par conséquent, en matière de développement économique, le groupe auquel vous vous identifiez a son importance. Vous adoptez leur appétit pour des tâches ennuyeuses et répétitives, vous vous concentrez sur la croissance industrielle et le travail dans des organisations hiérarchiques, l’extraction de l’individu de sa famille, la capacité à faire la queue pendant des heures sans tabasser quelqu’un, des vertus (ou des défauts) qui permirent à l’Occident de faire sa Révolution Industrielle.

Début 1900, les sunnites du Levant s’identifiaient à la classe supérieure de l’empire Ottoman et par conséquent, les ottomans s’occidentalisant, ils s’occidentalisèrent tout autant mais à la façon est-méditerranéenne /Europe de l’est : la classe bourgeoise ottomane chercha davantage, d’un point de vue identitaire, à ressembler aux chrétiens bulgares ou grecs qu’aux allemands ou aux autres européens du Nord. Plus tard, les Sunnites libanais, après que la Turquie soit devenue la Turquie, s’identifièrent avec le Moyen-Orient du fait du mouvement appelé « Arabisme » et changèrent leurs mentalités ainsi que leurs habitudes. Aujourd’hui, les chiites libanais s’identifient de plus en plus avec les iraniens (le peuple, pas le régime) et adoptent un comportement social similaire à celui des iraniens avec un intérêt pour l’étude, l’industrie etc…, qui, ironiquement, malgré le régime théocratique sous lequel ils vivent, est bien plus occidental. Amine Maalouf détecta (comme me l’expliqua le généticien Pierre Zalloua) que les chrétiens du Liban s’identifiaient avec l’Occident et que la différence entre eux et les musulmans ne faisait que s’accroître. Les religions, elles, demeurèrent identiques.

Votre façon de penser change avec votre identité et cela inclut votre approche de la résolution de problème. Même des choses comme le test de QI (qui mesure pour l’essentiel la capacité à obtenir de bons résultats sur ce test en particulier) a conduit à une altération de la hiérarchie des résultats au fur et à mesure que les populations commençaient à s’identifier à des groupes différents de leur groupe d’origine: l’Union Européenne a conduit les résultats des irlandais et des slaves du Sud à converger vers la moyenne.

Dans « Jouer sa Peau », j’ai expliqué que les règles diététiques agissent comme des barrières sociales : ceux qui mangent ensemble s’associent. Les strictes règles diététiques juives ont permis de créer des diasporas séparées ce qui en retour rendit possible la survie et évita la dissolution sociale. Maintenant considérez le point suivant : il n’y a rien de particulièrement strict dans le texte sacré de l’islam contre le fait de boire de l’alcool, juste une vague recommandation d’éviter d’être ivre lorsque l’on fait face au créateur. Mais cela était logique du point de vue des habitudes sociales d’interpréter une telle loi comme un interdit strict afin d’éviter de socialiser avec les Chrétiens et les Zoroastriens quand Bagdad était la capitale du Califat et les que les Arabes étaient en minorité. La mentalité trouva un appui théologique et non le contraire.

Pour finir, nous avons tendance à attribuer les conflits à la religion plutôt qu’à des cultures qui veulent vivre entre elles et séparées les unes des autres. Les « érudits » continuent de débattre des différences théologiques qui séparent les maronites, les nestoriens et les coptes des chalcédoniens orthodoxes gréco-byzantins. Peu comprennent que ces hérésies étaient liées à la haine des gréco-romain des gens de la campagne qui ne partageaient pas l’hellénisme des habitants des villes, ici encore,  pour un statisticien, le marqueur est linguistique : araméen/syriaque ou copte d’un côté, grec de l’autre (ou Rum urbain méditerranéen versus les paysans de l’intérieur ou des montagnes parlant une langue sémitique). Il suffit de trouver un désaccord théologique que peu de non-initiés peuvent comprendre et les foules trouveront un moyen de se séparer selon une ligne de fracture hautement polarisée (considérons l’absurdité de la querelle du filioque ou cette grande séparation entre ὁμοιούσιος et ὁμοούσιος qui divise les identités orientales et occidentales). Même chose avec la fracture irlando-anglaise. Et la séparation entre chiites et sunnites concerne moins la succession du calife que le fait que certains groupes ne voulaient pas faire partie de la Sunna au sens large. Pour mémoire, il y a encore cinquante ans les chiites possédaient la taquiya, une forme de dissimulation gnostique comme les Alévis, les Alawites et les Druzes et l’exotérique doit nécessairement être différent de l’ésotérique afin que personne en vie ne soit en mesure de comprendre quoi que ce soit à la véritable nature du conflit.

Notes

En réponse à cet article, Amin Maalouf m’a écrit pour me dire la chose suivante à partir d’un extrait de son livre Le dérèglement du monde:

« Ma conviction profonde, c’est que l’on accorde trop de poids à l’influence des religions sur les peuples, et pas assez à l’influence des peuples sur les religions. A partir du moment où, au IVe siècle, l’Empire romain s’est christianisé, le christianisme s’est romanisé — abondamment. C’est d’abord cette circonstance historique qui explique l’émergence d’une papauté souveraine. Dans une perspective plus ample, si le christianisme a contribué à faire de l’Europe ce qu’elle est devenue, l’Europe a également contribué à faire du christianisme ce qu’il est devenu. Les deux piliers de la civilisation occidentale que sont le droit romain et la démocratie athénienne sont tous deux antérieurs au christianisme.

On pourrait faire des observations similaires concernant l’islam, et aussi à propos des doctrines non religieuses. Si le communisme a influencé l’histoire de la Russie ou de la Chine, ces deux pays ont également déterminé l’histoire du communisme, dont le destin aurait été fort différent s’il avait triomphé plutôt en Allemagne ou en Angleterre. Les textes fondateurs, qu’ils soient sacrés ou profanes, se prêtent aux lectures les plus contradictoires. On a pu sourire en entendant Deng Xiaoping affirmer que les privatisations étaient dans la droite ligne de la pensée de Marx, et que les succès de sa réforme économique démontraient la supériorité du socialisme sur le capitalisme. Cette interprétation n’est pas plus risible qu’une autre ; elle est même certainement plus conforme aux rêves de l’auteur du Capital que les délires d’un Staline, d’un Kim Il Sung, d’un Pol Pot, ou d’un Mao Zedong.

Nul ne peut nier, en tout cas, au vu de l’expérience chinoise qui se déroule devant nos yeux, que l’un des succès les plus étonnants dans l’histoire mondiale du capitalisme se sera produit sous l’égide d’un parti communiste. N’est-ce pas là une puissante illustration de la malléabilité des doctrines, et de l’infinie capacité des hommes à les interpréter comme bon leur semble ?

Pour en revenir au monde musulman, si l’on cherche à comprendre le comportement politique de ceux qui s’y réclament de la religion, et si l’on souhaite le modifier, ce n’est pas en fouillant dans les textes sacrés qu’on pourra identifier le problème, et ce n’est pas non plus dans ces textes qu’on pourra trouver la solution. »

De l’obscurantisme

« Il n’y a aucune bonne raison que les sociétés humaines ne soient pas décrites et expliquées avec la même précision et le même succès que le reste de la nature », écrit l’anthropologue Pascal Boyer dans l’introduction de son dernier livre « Minds make societies ».

Depuis une vingtaine d’années, des sciences comme l’éthologie, la sociobiologie ou encore la psychologie évolutionniste ambitionnent de faire de l’Homme et de ses comportements une véritable science naturelle.  Largement enseignées dans les plus grandes universités américaines, ces nouvelles approches restent quasiment inconnues en France où elles suscitent un violent rejet de la part du monde universitaire. Récemment, un séminaire organisé sur le sujet à l’ENS prenait bien soin de préciser dans sa présentation qu’il entendait « réfuter les arguments selon lesquels naturaliser les sciences sociales reviendrait à justifier l’ordre social et les inégalités, et mènerait donc au conservatisme politique ».

Tout le nœud du problème est là.

En mettant l’accent sur les déterminants biologiques, l’hérédité et les diverses pressions évolutives ayant conduit à l’émergence des comportements, ces nouvelles sciences battent en brèche l’idée si chère  au milieu académique français que tout ne serait que « construction sociale ».

Malheureusement, en ce XXIème siècle de « progrès », la question n’est plus de savoir si une théorie ou un modèle scientifique permettent de décrire  fidèlement le fonctionnement du réel afin d’agir efficacement sur lui mais de savoir si ces connaissances ne menacent pas les dogmes en vigueur. Dans les années 30, l’URSS condamnait la génétique comme une science « juive et bourgeoise » pour lui préférer le lyssenkisme ; la France de 2019 préfère la religion de l’égalité et de la « table rase » plutôt qu’une science susceptible de mener au conservatisme politique.

Tout cela pourrait être risible si les conséquences de cette prééminence du dogme sur la science n’étaient pas catastrophiques. En effet, une large part  des problèmes auxquels la France doit faire face sur le plan sécuritaire, politique, éducatif et social découlent en dernière analyse d’une ignorance complète des lois fondamentales de l’éthologie et des sciences comportementales. Ceux qui ne comprennent pas pourquoi les pompiers se font attaquer dans les quartiers pudiquement appelés « difficiles » ne comprennent pas que la logique territoriale et tribale prime désormais sur une quelconque appartenance nationale  et que l’établissement d’une  nouvelle hiérarchie de dominance passe toujours par la destruction des symboles de l’ancienne autorité et l’occupation visible de l’espace public. Les mêmes qui s’étonnent que les policiers se suicident en masse ne comprennent  pas que dans une situation d’agression, l’inhibition de la réaction de défense conduit inévitablement le sujet  à retourner cette violence contre lui-même via le suicide ou la somatisation.

Enfin, ceux qui prônent le « vivre-ensemble » et le « multiculturalisme » témoignent d’une ignorance profonde des travaux de Robert Putnam sur la destruction du lien social par la diversité ainsi  des puissants mécanismes  de discrimination sélectionnés par l’évolution qui régissent la constitution des groupes humains, leur conflictualité  et les manifestations d’appartenance à ces derniers.

Ignorant les modèles et les concepts développés par ces nouvelles sciences, le logiciel qui oriente la décision politique  repose le plus souvent  sur des postulats comportementaux totalement incorrects qui ne peuvent que conduire au désastre. En la matière, nos dirigeants ressemblent à des médecins espérant combattre les maladies en pensant que ces dernières sont causées par des « esprits malins » plutôt que par des virus ou des bactéries.

De la même manière qu’étudier l’économie revient à toucher à la question sensible de la production des richesses et de leur répartition, étudier la politique à l’aune des sciences de l’évolution conduit à juger les décisions politiques et les comportements d’un groupe humain à l’aune de leur adaptation à l’environnement et  de leur capacité à assurer la survie du groupe.

Malheureusement, autant une erreur dans l’appréciation de la bienveillance d’un lion affamé a des conséquences rapides sur la survie de son auteur, autant l’adoption d’un comportement ou d’une idéologie mettant en danger la survie d’un peuple fait souvent sentir ses effets sur une échelle de temps relativement longue, le délai et la multitude des facteurs à l’œuvre empêchant le plus souvent ses membres d’établir un lien  direct entre leur déchéance et  leur ignorance des lois naturelles fondamentales qui gouvernent les corps politiques.

Tout comme le lyssenkisme a conduit l’URSS à la famine et a ainsi contribué à terme à son effondrement, l’ignorance et le rejet de l’éthologie, de la biologie et des sciences de l’évolution au profit de superstitions modernes comme celles de l’égalité, du vivre-ensemble ou du multiculturalisme conduisent notre civilisation au désastre. Peu importent les données, les modèles, les démonstrations, ceux qui présentent de tels arguments ne seront jamais considérés comme des scientifiques mais avant tout comme des conservateurs, voire des militants d’extrême-droite.

Au-delà des immenses crimes dont il est responsable, le nazisme aura eu pour terrible conséquence d’empêcher pendant plus d’un demi-siècle l’apparition d’une véritable science humaine et sociale intégrant les concepts fondamentaux de la biologie et de l’évolution ainsi que d’offrir une parade facile à tous les grands prêtres qu’une telle science menace.

En réalité, il n’y a de plus grand crime que celui contre la pensée et la connaissance. Ceux qui cherchent à interdire ou à ignorer une science parce qu’elle menace leurs dogmes feraient bien de méditer sur cette citation du grand  physicien Richard Feynman : « La nature se fiche pas mal de la façon dont nous nommons les choses, elle continue juste de faire ce qu’elle a à faire ».

De la “Red Queen”

En biologie évolutive, le concept de la « Red Queen » désigne la course à l’armement permanente du vivant dans sa lutte pour la survie. Par exemple, une plante développe une toxine pour repousser les chenilles. Quelques générations plus tard, les chenilles survivantes  ont développé une immunité à la toxine et parviennent à nouveau à grignoter la plante.

Cette notion permet d’aborder l’histoire politique mais aussi celle des luttes sociales avec une toute autre grille de lecture. Appliquons celle-ci à l’histoire de l’Europe.

Rome parvient à conquérir le monde et le confort des citoyens romains repose sur l’exploitation d’une large population d’esclaves. Cette population adopte le christianisme qui abolit les barrières entre les hommes pour en faire tous des frères. L’empire romain s’effondre mais trouve le moyen de se réincarner dans l’Eglise. Pour légitimer leur pouvoir, les rois inventent la monarchie de droit divin mais le pouvoir de l’Eglise les dérange. La France invente alors le gallicanisme et ce qui ne s’appelle pas encore l’Allemagne, la Réforme, afin de contrer l’influence du Pape et de Rome.

Prenant l’ascendant sur la noblesse, la bourgeoisie prend le pouvoir et s’appuie sur la philosophie des Lumières pour remettre en cause un ordre existant qui lui est défavorable. L’ancien régime est emporté par les révolutions et la bourgeoisie devient la classe dominante.  Force motrice de la Révolution Industrielle, elle exploite le peuple dans ses usines. A la fin du XIXème, le peuple développe une contre-mesure en adoptant le socialisme et en créant les premiers syndicats.

Grand perdant de la colonisation mais néanmoins  déterminé à dominer l’Europe, le peuple allemand déclenche deux guerres mondiales qui affaiblissent ses deux rivaux que sont la France et l’Angleterre. La défaite de l’Allemagne en 1945 permet aux chrétiens-démocrates de prendre le pouvoir et l’après-guerre devient l’âge d’or de la classe moyenne. Pour faire pression sur les salaires, le patronat ouvre grand les vannes de l’immigration dès les années 70 puis profite ensuite de la mondialisation financière et économique pour s’affranchir du cadre national. Les classes moyennes voient leur niveau de vie baisser et le peuple se retrouve chassé en zone périphérique par les populations des banlieues. La riposte prend la forme des partis dits « populistes » et des mouvements identitaires.

A l’échelle internationale, l’Occident utilise le christianisme pour soumettre et coloniser les peuples du Nouveau-Monde. Plus tard, il fera de même avec la « civilisation » et les « droits de l’homme » en Afrique et en Asie. Confronté à la menace occidentale, le Japon riposte en 1868 avec l’ère Meiji et l’impérialisme. Partie avec un temps de retard, la Chine reprend la main avec la création du parti communiste chinois, nouvelle forme de l’administration impériale et le sacre de Mao comme nouvel empereur. Suite à l’effondrement de l’URSS, version communiste et laïque de l’empire russe, la Russie retrouve son rang sur la scène internationale en renouant avec le nationalisme et l’orthodoxie sous la direction du  nouveau tsar de toutes les Russies  Vladimir Poutine.  Conquis et vaincus pendant deux siècles, l’Afrique et le monde arabo-musulman ont trouvé avec le pétrole un levier d’influence et avec l’islam et la démographie, un moyen de soumettre l’Europe et de prendre leur revanche sur leurs anciens colonisateurs.

Ce rapide survol de l’histoire du monde permet de noter que contrairement aux espèces animales où la « Red Queen » prend pour l’essentiel la forme d’une évolution physiologique, chez l’espèce humaine, cette course à l’armement se déroule toujours sur le plan de la technique, des idées et des formes d’organisation. Le biologiste Richard Dawkins a proposé le terme de « mèmes », en opposition à « gènes »  pour désigner cette information transmise par la culture et soumise, au même titre que la biologie, aux forces de l’évolution. Dans un précédent article, j’ai  justement montré comment la « densité informationnelle » constituait la variable clé pour expliquer l’efficacité d’un système culturel, organisationnel ou économique. La « Red Queen » et son cortège de mèmes, c’est la densité informationnelle en action.

Cette grille de lecture nous permet de comprendre que les corps politiques et sociaux sont eux aussi des organismes engagés dans la lutte pour la survie. Génération après génération, des ensembles de  mèmes se transmettent ou évoluent pour assurer la domination et la pérennité du groupe.

Dans certains cas, des  mèmes  particulièrement efficaces permettent à un groupe donné d’établir une domination temporaire sur les autres groupes, le temps que ces derniers développent une parade via des contre-mèmes. A l’inverse, l’adoption de mèmes inadéquats ou de mauvaise qualité peut compromettre durablement la survie du groupe et parfois même conduire à sa disparition.

Dans tous les cas, le repos et la paix demeurent de dangereuses illusions pour peuples fatigués.

Soumis à l’impitoyable tyrannie de la « Red Queen », nous sommes condamnés  à nous battre jusqu’à notre dernier souffle ou à disparaître si nous refusons le combat.  Comme Alice, pour échapper à la « Reine Rouge », nous devons sans cesse courir, ne serait-ce que pour rester sur place.

Du racisme

En France, le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit.

Fidèle à cette logique, l’Assemblée Nationale a voté en 2018 la suppression de toute mention de race dans la Constitution. Or dans le même temps, les « racisés », le plus souvent issus des minorités visibles, revendiquent une appartenance et une culture raciales et exigent un traitement de faveur au nom de ces dernières.  Alors, race ou pas race ?

A cause de la lourde charge historique, morale et politique dont il est porteur, ce débat a pris pour l’essentiel la forme d’un jeu sur les mots. D’un côté, l’étude de plus en plus fine du génome humain a révélé que les différences génétiques entre les populations humaines sont relativement faibles et le plus souvent dues à des adaptations locales liées à des pressions environnementales spécifiques. Mais d’un autre côté, les différences entre « groupes humains » ou « populations » n’en sont pas moins réelles et se manifestent par des caractéristiques physiologiques précises. Par exemple, les noirs africains possèdent une meilleure densité musculaire qui en fait d’excellents coureurs mais également  une forte densité osseuse qui en fait en revanche de piètres nageurs.  Sur le plan des pathologies, alors que les populations noires et moyen-orientales sont touchées par la drépanocytose, les populations occidentales sont plus susceptibles d’être atteintes par la sclérose en plaques.

Les différences physiologiques entre les groupes humains vont au-delà des caractéristiques physiques pour atteindre parfois  le domaine de l’incompatibilité biologique. Il est par exemple impossible de réaliser une greffe de moelle osseuse entre un blanc et un noir et beaucoup plus difficile de réussir une greffe de foie entre ces deux ethnies. Récemment, l’Allemagne s’alarmait de ne pas avoir assez de stocks de sang d’origine extra-européenne car les transfusions entre européens de souche et les nouveaux venus posent des problèmes de rejet et de compatibilité. 

Ces faits sur lesquels la communauté scientifique rechigne à s’exprimer peuvent choquer mais certains considèrent qu’il est temps de faire entrer cette réalité dans le débat public. En 2018, le généticien de Harvard, David Reich, juif et démocrate de surcroît, publia dans le New York Times une tribune qui fit grand bruit. Dans ce texte, Reich affirmait que les différences génétiques entre les populations allaient au-delà de la simple couleur de peau et pouvaient concerner des éléments plus complexes comme la taille, la susceptibilité à certains types de maladie mais aussi le comportement et les capacités cognitives. Pour Reich, il est dangereux et antiscientifique de nier les différences  génétiques parfois significatives entre les différents groupes humains de peur d’encourager le racisme.

En France, cette information fut très peu reprise. Dans le Monde, l’entrepreneur Laurent Alexandre réagit à cette information en affirmant que «  la science doit parfois s’effacer devant le principe d’égalité fondamentale entre les hommes» préférant ainsi défendre le dogme plutôt que de faire avancer la science et oubliant au passage qu’un scientifique doit, comme l’enseignait le physicien Richard Feynman, être habité par une honnêteté foncière et d’accepter tous les résultats, même ceux qui vont à l’encontre de sa thèse.

S’il existe bel et bien des différences génétiques entre les différents groupes humains contribuant, dans une certaine mesure, à déterminer leurs capacités et leurs comportements, il ne faut pas oublier, comme l’a démontré Joseph Henrich, que l’évolution humaine a été façonnée par une coévolution gène-culture ayant rendu l’être humain extrêmement sensible à la notion de culture partagée ainsi qu’aux différences comportementales et culturelles. Dans les sociétés occidentales dans lesquelles, depuis les années soixante-dix, le multiculturalisme a été imposé et présenté comme un souverain bien, c’est en réalité,  au-delà de la question raciale et ethnique, la question de la cohabitation entre peuples de différentes cultures qui se pose.

Dans une étude qui fit grand bruit, le grand sociologue américain Robert Putnam démontra qu’au sein d’un quartier, l’augmentation de la diversité ethnique et culturelle conduisait à l’effondrement de la confiance entre les communautés mais  également au sein des communautés elles-mêmes. Dans le même registre, le sociologue et philosophe finlandais Tatu Vanhanen démontra que les sociétés multiethniques et multiculturelles sont multiconflictuelles et qu’il existe chez l’être humain une tendance naturelle au “népotisme ethnique”. Pour être convaincu de la conflictualité apporté par le multiculturalisme, il suffit de comparer les États-Unis, toujours marqués par la ségrégation et la violence malgré l’avancée des droits civiques, ou le Brésil, autre creuset multiethnique et culturel, à des nations ethniquement et culturellement homogènes comme le Japon, la Nouvelle-Zélande ou la Corée.  

Enfin, sur le plan culturel, le chercheur hollandais Geert Hofstede a démontré et modélisé les différences culturelles fondamentales entre les peuples et les conséquences de ces différences sur leurs formes d’organisation, leur rapport à l’autorité et leur gestion du risque.

Au-delà de ses considérations savantes, comment imaginer une cohabitation harmonieuse entre des peuples dont les postulats philosophiques se trouvent en tous points opposés ? Comment imaginer une cohabitation entre la philosophie de l’émancipation propre à l’Occident et celle de la soumission propre à l’islam ? Entre une civilisation où la religion est avant tout une loi et une autre marquée depuis des siècles par la séparation des pouvoirs temporels et spirituels?

Nier la différence entre les populations humaines et les cultures, c’est nier la véritable diversité du monde et s’interdire de penser les problèmes que celle-ci peut poser.

Soucieux d’assurer la cohésion de son groupe d’appartenance et menacé par des groupes culturellement et physiologiquement distincts, l’être humain n’a pu que devenir « raciste », c’est-à-dire capable d’identifier rapidement les différences ethniques et culturelles et capable de ne faire société qu’avec des individus partageant avec lui, sur ces deux points, des caractéristiques communes. Parfois cruels, injustes et imprécis, les préjugés raciaux ne sont rien de moins que ce que les psychologues comportementaux appellent des heuristiques : des raccourcis mentaux développés au cours de l’évolution pour permettre un jugement rapide sur une situation.

Plutôt que de refuser d’admettre la réalité des différences aussi bien physiologiques que culturelles entre les groupes humains et les problèmes posés par leur cohabitation imposée, certains préfèrent s’accrocher au dogme du vivre-ensemble et continuent à affirmer que « nous sommes tous du même sang ». A ce stade, il ne s’agit plus de science ou de politique mais d’ignorance, voire d’une forme pathologique de dissonance cognitive.

Le refus de reconnaître les différences entre les groupes humains ne pose pas seulement la question de la censure d’une vérité scientifique au nom d’un dogme politico-religieux. Il met aujourd’hui en péril l’ensemble de la civilisation occidentale. Dans les années 30, l’Union Soviétique dénonça la génétique comme science contre-révolutionnaire pour lui préférer le lyssenkisme, science inventée par un paysan, Trofim Lyssenko, décidé à appliquer « la dialectique marxiste aux lois de la nature ».

Condamnés par le régime, des milliers de biologistes et de généticiens furent persécutés et emprisonnés. Les conséquences de ce choix pour l’URSS furent dramatiques. Aujourd’hui, en refusant de reconnaître les différences entre les groupes humains et les conséquences désastreuses de leur cohabitation imposée, l’Occident est en train de mourir d’un lyssenkisme politique.

De l’islam

A en juger par le traitement réservé à l’islam en France, un grand nombre de politiques, de journalistes et de français n’ont jamais eu la curiosité  de lire le Coran ou de s’intéresser à la pensée ainsi qu’à la théologie islamique.

Sur le sujet, il est bon de rappeler quelques notions de base :

1-Pour les musulmans, l’islam représente la révélation ultime, celle qui rend caduque toutes les précédentes (judaïsme et christianisme). Chrétiens et juifs sont dans l’erreur. Pour ne plus l’être, ils devraient se convertir à l’islam. L’athéisme, lui, est considéré comme une abomination absolue.

2-Le Coran est incréé. C’est la parole de Dieu en direct, contrairement aux Évangiles où la parole de Dieu passe par la médiation de l’homme.  Le Coran étant incréé, il s’agit pour les musulmans  d’une perfection absolue.  A ce titre, il ne saurait être soumis à  aucune modification, ni réforme. Dans l’histoire, toute les tentatives de réformer le Coran n’ont jamais abouti ou ont été sauvagement réprimées.

3-Cette loi de Dieu étant une perfection révélée dans le cadre de l’ultime révélation, elle a vocation à s’appliquer à la terre entière.  La paix promise par l’islam, c’est la paix d’un monde entièrement régi par la loi de Dieu, la charia. Quand un musulman dit : «que la paix soit avec toi », c’est une invitation à se convertir à l’islam.

4-Pour l’islam, le monde est divisé en deux domaines. D’un côté, le Dar Al Islam, la demeure de l’islam où la charia est appliquée et où vivent les croyants. De l’autre côté, le Dar El Arb, la demeure de la guerre, que les musulmans doivent conquérir et où vivent les mécréants. Aujourd’hui, l’Europe est considérée comme le Dar El Arb par excellence

5-La conquête et l’agression sont des éléments fondamentaux de l’islam car ils sont encouragés par Allah et le prophète. L’islam s’est diffusée dans le monde via la conquête militaire et dans le Coran, un grand nombre de versets sont sans aucune ambiguïté sur le sort qui doit être réservé aux non-musulmans :

Le Coran, sourate 60, verset 4 « Entre vous et nous, l’inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu’à ce que vous croyiez en Allah. »

Le Coran, sourate 2 verset 193 : « Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association et que la religion soit entièrement à Allah seul. S’ils cessent, donc plus d’hostilités, sauf contre les injustes. »

Le Coran, sourate 4 verset  56-57 : « Certes, ceux qui ne croient pas à nos versets  nous les brûlerons bientôt dans le feu. Chaque fois que leurs peaux auront été consumées, Nous leur donnerons d’autres peaux en échange afin qu’ils goûtent au châtiment. Allah est certes Puissant et Sage ! »

6-Les terroristes ne sont en aucun cas des croyants dévoyés  non représentatifs de l’islam. Au contraire, ils appliquent le Coran à la lettre et respectent scrupuleusement la volonté d’Allah.

Le Coran sourate 47 verset 4 : « Lorsque vous rencontrez les mécréants, frappez-les au cou. Puis quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. »

Le Coran sourate 95, verset 4: « Allah accorde sa préférence à ceux qui se battent plutôt qu’à ceux qui restent à la maison. Il a  distingué ses combattants en leur accordant une immense récompense. »

7-La laïcité ainsi que les droits de l’homme sont  incompatibles avec l’islam. L’islam ne reconnaît  en effet ni la liberté de conscience (l’apostasie y est punie de mort), ni l’égalité hommes/femmes, ni l’égalité tout court (les mécréants ont le statut de dhimmi), sans parler du sort qu’il réserve aux homosexuels et autres « déviants ». L’islam est la religion de la soumission (islam) alors que la civilisation européenne et le christianisme promeuvent l’émancipation.

8-Pour le musulman, les lois de dieu (la charia) priment sur la loi des hommes (la res publica). En islam, il n’existe aucune séparation entre le religieux et le politique, entre le temporel et le spirituel. Le chef politique étant également commandeur des croyants, la laïcité y est impossible. A la lecture du Coran, véritable code civil,  il apparaît clairement que l’islam est un projet politico-juridique sous couvert de religion. Parler d’islam politique est un pléonasme. Par essence, l’islam est politique.

9-Avant même d’être un projet politico-juridique, l’islam est une nation. La nation de l’islam, c’est l’oumma, la communauté des croyants. Même si de fortes dissensions existent au sein de l’oumma, entre shiites et sunnites par exemple, les musulmans sont solidaires contre les mécréants. Comment peut-il y avoir d’appartenance à une communauté nationale si les musulmans se définissent avant tout par leur pratique religieuse?

10 – Qui sont les musulmans “modérés” ? Croient-ils-ou non qu’« il n’y a pas d’autres dieux qu’Allah et que Mahomet est son prophète ». S’ils le croient, ils placent alors  la loi de leur dieu au-dessus de la loi des hommes.  S’ils ne le croient pas, ils ne sont pas musulmans. De plus, le jour où les « radicaux » voudront imposer l’islam en France, les « modérés » seront-ils  majoritairement du côté des mécréants ou de leurs frères musulmans ?

11-L ’ « islam des lumières » vanté par certains a toujours été ultra-minoritaire. Toute les tentatives de réformer l’islam ou d’en sortir (Ataturk en Turquie, Nasser en Egypte) ont échoué. L’islam qui s’impose est toujours le “vrai” islam, le plus fidèle à la lettre comme à l’esprit du Coran. C’est d’ailleurs cette version qui est diffusée avec des moyens considérables par les monarchies pétrolières comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar.

12- En France, les musulmans se sont déjà vus offrir l’occasion de pleinement s’assimiler. En 1870, les décrets Crémieux proposèrent aux algériens l’obtention de la nationalité française en échange du rejet de l’islam. Contrairement aux juifs, les musulmans algériens préfèrent conserver le « statut personnel », la charia, plutôt que de devenir pleinement français. Si les musulmans ont refusé de s’assimiler en 1870 pourquoi le feraient ils en 2019?

13- En France, l’assimilation ne progresse pas. Selon un récent sondage, 27% des musulmans  pensent que la charia devrait primer sur les lois de la République. Ce chiffre monte à près de 50% pour les jeunes générations.  Notons également qu’entre 1989 et aujourd’hui,  la proportion de musulmans allant prier le vendredi à la mosquée a doublé s’établissant aujourd’hui à près de 40%. Toutes les études confirment que les jeunes générations sont bien plus religieuses et radicales que celles de leurs parents.

14-Dès son origine, l’islam a su avancer masqué à chaque fois qu’il était trop faible pour s’imposer. Pour ce faire, il a développé un principe dissimulation stratégique: la taquiya. La taquiya permet aux musulmans de prétendre respecter les règles de la société d’accueil jusqu’au moment où ils se trouvent assez forts et nombreux pour prendre le pouvoir et imposer la loi islamique. Le mouvement des frères musulmans est passé maître dans cet art. 

15-En réalité, il existe deux Coran: le Coran de la Mecque et le Coran de Médine. Le premier a été rédigé à l’époque où Mahomet et ses disciples se trouvaient en position minoritaire. Il est celui qui contient tous les versets appelant à la tolérance et à la concorde sur lesquels s’appuient ceux qui présentent l’islam comme une religion de paix et d’amour (sourate 2 verset 256 par exemple). Ceux ci oublient de dire que ces verset ont été abrogés par le Coran de Médine, “coran de combat” rédigé après l’Hégire alors que Mahomet, désormais en exil, devient un véritable chef de guerre et appelle sans ambiguïté à la soumission et aux massacres des mécréants (versets 5 et 29 dits “de l’épée” de la sourate 9). La règle de l’abrogation (Nâskh oua Mansûkh) permet de prendre uniquement en considération le dernier verset révélé, celui de Médine, et donc d’entretenir en permanence un double discours visant à duper les mécréants.

16-l’islamisation de l’Europe est un projet prévu de longue date, à la fois par le mouvement des Frères Musulmans mais aussi par les nations islamiques elles-mêmes . Réunie à Doha en 2000, l’organisation de la coopération islamique a publié un document dans laquelle elle détaille les actions à mener pour islamiser l’Europe : construction de mosquées, lobbying, voile dans l’espace publique, enseignement de l’arabe à l’école etc…

17-Incapable de l’emporter dans le cadre d’un affrontement direct, l’islam a développé une double stratégie pour conquérir l’Europe vieillissante : la démographie et les droits de l’homme. Comme l’a dit le président algérien Boumedienne en 1974 “le ventre de nos femmes nous donnera la victoire” et comme l’a dit le prédicateur Youssef Al Quaradawi “Avec vos lois démocratiques nous vous coloniserons ; avec nos lois coraniques, nous vous dominerons.”

Si la France ne veut pas devenir une république islamique, il va falloir qu’elle ouvre les yeux et qu’elle comprenne que face à l’islam, seules deux attitudes sont possibles: se soumettre ou se battre.

Pour aller plus loin:

Le Projet, Alexandre del Valle (L’Artilleur)

Islam et judéo-christianisme, Jacques Ellul (PUF)

Stratégie de l’action islamique culturelle à l’extérieur du monde islamique

De la bienveillance

C’est un ajout récent à la novlangue de l’époque que l’on retrouve à toutes les sauces et sur toutes les langues.

Aujourd’hui, rien ne semble plus important que de cultiver sa bienveillance. Pas un politique, un journaliste, un psychologue, un manager ne manque à l’appel pour nous rappeler l’importance d’être bienveillant.

La bienveillance : un mot bonbon pour une époque guimauve qui ne sait plus que mâcher mou.

En réalité, cette injonction permanente à la bienveillance devrait nous inquiéter.

En psychologie, plus un mot est employé, plus il cache en réalité son contraire.

Les métropoles dites apaisées sont celles où la criminalité est la plus grande et les parangons de vertu affichée sont souvent ceux qui, en privé, succombent aux plus grands vices.

L’appel à la bienveillance, c’est la réponse à la véritable dureté de l’époque, à sa violence, à son hypocrisie. Cet appel désespéré à la bienveillance, c’est demander un cocon, un refuge, un répit.

Arrêtez le massacre s’il vous plaît ; soyez bienveillant, je vous en prie.

Naïveté de l’époque qui croit qu’il suffira d’appeler à la bienveillance pour être épargné.

Si l’époque est mauvaise, les valeurs dévoyées et les chefs incapables, alors il faut reformer tout cela, par la force si nécessaire. Ce n’est pas en appelant à la pitié, autre nom de la bienveillance, que les choses risquent de changer.

Car cette bienveillance est un poison qui nous affaiblit et nous tue à petit feu.

Tous les systèmes vivants sont régis par des boucles de renforcement positives ou négatives.

Confronté à un choc ou à une agression, un système peut durcir la zone attaquée ou faire comme ce ver de terre décrit par Nietzsche qui se recroqueville davantage pour réduire ses chances de se faire à nouveau piétiner.   La bienveillance, c’est la deuxième option.

Notre corps est plus sage que nous. Attaqué par des virus ou des bactéries,  il développe des défenses immunitaires et fait monter notre température pour tuer l’envahisseur.

Promouvoir la bienveillance, c’est à l’inverse devenir comme ces américains obsédés par les germes qui cherchent à vivre dans les environnements les plus aseptisés possibles et qui finissent par ne plus avoir la moindre défense immunitaire. C’est aussi devenir comme cette nouvelle génération d’étudiants désormais incapables de supporter un débat un peu vif ou un remontage de bretelles en règle et qui se réfugient dans des safe space sur les campus ou se sentent agressés par la moindre critique.

« Tout ce qui ne te tue pas, te rend plus fort » disait Nietzsche.

Ou comme le disait mon arrière-grand père, boulanger de son état : « Si tu ne supportes pas la chaleur, ne rentre pas dans le fournil ».

Ce n’est pas la bienveillance qu’il faut demander mais l’estime et le respect.

Ces derniers ne sont pas dus, ils se méritent et ils se gagnent.

Au lieu de nous affaiblir, ils nous renforcent.

Au lieu de nous ramollir, ils nous endurcissent.

Etre contre la bienveillance, c’est en réalité rendre un immense service à notre époque.

Les temps qui viennent vont être durs, très durs.

Le monde qui vient n’est pas celui de la bienveillance mais de la guerre et de la lutte.

Alors au lieu d’appliquer la pommade dérisoire de la bienveillance sur les petits bobos de nos esprits fragiles, nous ferions mieux d’apprendre à prendre des coups et à en donner.

De l’information de la matière

A en croire, les « experts » l’économie serait avant tout une question de taille.

Nous vivons dans un monde où les fusions et acquisitions d’entreprise sont saluées par les marchés, où l’Union Européenne est présentée comme un moyen de « peser » face à la Chine et où les décideurs politiques répètent à l’envi qu’une « puissance moyenne » comme la France ne peut plus prétendre exercer une influence décisive sur les affaires du monde.

Ce type de raisonnement, malheureusement fort répandu, témoigne d’une méconnaissance complète des mécanismes qui régissent la création de la valeur et de l’influence.

Dans ses livres « La Nouvelle Grille » et « Eloge de la Fuite », le neuropsychiatre Henri Laborit a proposé une théorie remarquable de l’action humaine ainsi qu’une explication de la « préférence pour l’abstraction » dans la constitution des hiérarchies. Selon Laborit, la seule chose qui compte dans toute activité humaine, c’est la façon dont nous « informons la matière », c’est-à-dire la quantité mais aussi la qualité d’information que nous injectons dans une action donnée.

Pour être bien comprise, cette notion très abstraite  mérite quelques exemples concrets.

Les journées ont 24h pour tout le monde. Or, en 24h, certains se contenteront de manger et de dormir tandis que d’autres construiront des machines ou écriront des pages de poésie qui traverseront les siècles. A un niveau fondamental, explique Laborit, la différence entre ces différentes formes d’utilisation de l’énergie réside dans la façon dont la matière aura été informée.

Celui qui se contente de manger et de dormir suit simplement l’information contenue dans ses gènes laquelle vient ensuite informer son système cérébral et hormonal.  A l’inverse, celui qui construit une machine rajoute des couches d’information supplémentaire : il doit posséder la dextérité suffisante née de la pratique ou de l’exemple d’un maître (transmission de l’information), il doit posséder des outils (matière dans laquelle de l’information a été injectée pour les façonner), il doit posséder une connaissance des propriétés des matériaux qu’il travaille et enfin, à un niveau d’abstraction ultime, il connaît les lois de la physique et de la chimie qui régissent l’univers ce qui lui permet d’informer de façon encore plus précise son action.

Pour Laborit, plus la matière est « chargée » d’information de qualité plus l’action est efficace et l’influence grande.

Prenons un autre exemple : le choix d’un divertissement de deux heures.

Un spectateur A  va regarder une émission de divertissement classique à la télévision.

Un spectateur B va jouer à un jeu vidéo de résolution de puzzle.

Dans le même laps de temps, le spectateur B se divertira mais fera travailler ses réflexes, sa coordination œil-main, sa capacité de résolution de problème, son orientation visuelle et spatiale et s’il a choisi de jouer en anglais, il pratiquera un apprentissage passif de la langue.  Sur la même durée de divertissement, l’expérience du spectateur B sera beaucoup plus riche en informations.

Pour toutes les actions et les destinées humaines, la différence se joue sur la façon dont nous informons la matière. Plus, la matière est « chargée » en information de qualité, plus nous en retirons des bénéfices.  Pour Laborit, ceci explique pourquoi toutes les hiérarchies humaines pratiquent la « prime à l’abstraction »: plus nous allons vers l’abstraction et les lois générales, plus nos actions reposent sur des couches et des couches d’information accumulées.

A cette théorie, j’ajouterai le commentaire suivant :

Plus nous sommes proches des lois de la Nature, plus nous informons avec succès la matière.

Si nous connaissons les lois d’anatomie humaine, nous pouvons soigner plus efficacement. Si nous connaissons les lois de la physique et de la chimie, nous pouvons construire des outils plus efficaces.  Si nous connaissons les grandes lois anthropologiques et psychologiques, nous pouvons mieux diriger les hommes. Si nous connaissons les lois de la Nature, nous pouvons vivre comme des sages. Confucius, de même que les présocratiques, avait compris cela de façon intuitive :

« A soixante dix ans, j’agissais en toute liberté sans jamais transgresser aucune règle ».

Pour informer efficacement la matière, il faut observer le monde et déterminer les lois qui le régissent. C’est l’essence même de la méthode scientifique, qui reste à ce jour la meilleure méthode pour extraire de l’information de qualité et la transmettre. Notons cependant que certaines lois, comme celles de la physique quantique ou de la psychologie, ne peuvent pas être saisies par une conception trop étroite de la logique. Comme l’a très bien expliqué Nicholas Taleb, certaines choses sont logiques, même si, en apparence, elles ne semblent pas être rationnelles. Le Zen par exemple, nous enseigne que pour agir efficacement, il faut justement ne pas chercher à agir, paradoxe apparent qui cache en réalité une compréhension fine et empirique des automatismes cérébraux et de ce qu’on appelle aujourd’hui l’état de « flow ».

Cette recherche permanente de l’information de qualité suppose d’établir des hiérarchies et de faire le tri  entre la camelote qui contient de l’information de faible qualité et la pépite qui en contient de grandes quantités. Pour dire les choses autrement, il vaut mieux  lire Balzac ou Dostoïevski que le dernier roman de gare à succès. Cette recherche implique  également de se défier des systèmes politiques ou culturels qui produisent de l’information de mauvaise qualité ou empêchent d’en acquérir de la bonne.  Les croyances religieuses peuvent par exemple se révéler très intéressantes sur le plan de la psychologie et de la cohésion du groupe mais peuvent aussi empêcher la compréhension des lois de la  nature et bloquer l’acquisition d’informations nouvelles sur le monde.

Par conséquent, il est absurde de réfléchir en termes de taille. La mesure clé devrait toujours être celle de la « densité informationnelle ».

Sur le plan politique et culturel, le peuple juif constitue la preuve vivante de la validité de cette théorie. Petit par la taille, quelques dizaines de millions de personnes, ce peuple de survivants exerce depuis des millénaires une influence décisive sur les affaires du monde : fondateur de deux grands  monothéismes (n’oublions pas que Jésus était un juif qui s’est rebellé contre la loi juive), banquier des rois (Fugger, Rothschild), maître des arts (Kubrick, Spielberg), des sciences (Einstein, Kahneman) et du commerce. Malgré sa petite taille, le peuple juif a joué un rôle considérable dans l’histoire de l’Humanité. Comment ? En informant correctement la matière.

En effet, il est remarquable de constater que le peuple juif a su, au cours des millénaires de son histoire, injecter de l’information de qualité dans son ADN culturel :   exposition volontaire à une pression évolutive forte en se déclarant « peuple élu », solidarité communautaire forte via des rituels excluant les goyim,  identité spécifique et fierté vis-à-vis de cette dernière , culture qui valorise la connaissance et l’esprit critique plutôt que l’obéissance aveugle.  A tous les niveaux, la culture juive a su accumuler un ensemble de mèmes particulièrement adaptés ce qui explique à la fois sa survie mais aussi sa prééminence.

De leur côté, l’Europe et notamment la France, exercèrent également une influence décisive sur l’Histoire du monde en dépit de leur faible taille.

Le monde doit à la France la première université, la première faculté de médecine, l’invention du vaccin, du moteur à explosion, du cinéma et de la photographie pour ne citer que les inventions les plus connues et les plus spectaculaires. Pendant des siècles, ce petit coin de terre située au bout de l’Europe fut un concentré de génie capable d’influencer durablement la marche du monde. Recevant les jésuites envoyés par Louis XIV à sa cour, l’empereur de Chine fut tellement impressionné qu’il désigna la France comme « le pays du Lys et de la Méthode ».

Si les choses ont bien changé, ce n’est pas parce que la France est devenue un  « petit pays » ou une « puissance moyenne », c’est parce que fonctionnant désormais sur un mauvais logiciel culturel transmettant de mauvais mèmes et privée d’un chef capable d’en changer, elle n’arrive plus à “informer correctement la matière”.

Du leadership

We herd sheep, we drive cattle, we lead people.

Lead me, follow me, or get out of my way.

George S. Patton

Dans une langue, les mots représentent toujours la partie émergée de la pensée.

Pour ce qui concerne l’autorité ou la direction, le français part toujours de la tête (capita) qui nous donne le mot « chef ». Le chef commande, dirige ou encadre. Placé à la tête du corps social, il ordonne et les membres obéissent. Pour la langue et la pensée française, l’autorité est verticale et s’inscrit dans un ordre « naturel » ainsi que dans une logique géométrique qui se retrouve également dans l’architecture classique et les jardins à la française.

L’approche anglaise est toute autre.

En anglais, le chef est un « leader » et « to lead » signifie conduire, guider, mener.

Le leader n’est pas une tête placée  « en haut » mais un guide placé  « devant ». Posté en première ligne, non seulement le leader s’expose davantage mais pour que les autres le suivent, il doit être capable de les entraîner à sa suite. Pour la langue et la pensée anglaise, l’autorité est horizontale, dynamique mais surtout, elle n’est jamais totalement acquise car elle ne procède pas d’un ordre « naturel ».

Ces différences radicales  dans l’approche et la conception du leadership expliquent en grande partie pourquoi les managers français sont, années après années, systématiquement classées parmi les plus mauvais au monde et pourquoi le monde anglophone est parvenu à imposer son modèle et sa domination économique à l’ensemble de la planète.

Tout le paradoxe de la culture française, comme l’a démontré Geert Hofstede,  est d’être à la fois individualiste mais en même temps marquée par la distance hiérarchique et le concept d’honneur.

Ces traits étaient parfaitement adaptés à un peuple de paysans, de petits commerçants, d’artisans et surtout de soldats dirigés par un roi, institution prenant en charge de façon quasi-exclusive les questions de leadership. Mais aujourd’hui, dans une république et dans un monde où l’économie et l’entreprise occupent un rôle central, cette absence de véritable culture du leadership  en France contribue grandement à son affaiblissement et à sa perte d’influence.

 Les Français ne seront jamais des anglais et des américains et c’est une véritable absurdité de croire qu’il soit possible ou même souhaitable de chercher à modifier l’ADN culturel des peuples.

 Le leadership est-il donc incompatible avec cette anthropologie française ?

Napoléon Bonaparte apporte sur ce point le plus brillant des contre-exemples.

Ennemi juré des anglais, Napoléon sut  appliquer, parfois même bien mieux qu’eux, des principes de leadership qui sont encore enseignés aujourd’hui dans les meilleures écoles de management.

Quelles sont les caractéristiques qui distinguent le leader d’un bon chef ?  

En premier lieu, un leader comprend que le leadership est bien plus qu’une formule creuse de séminaire pour cadre dirigeants. C’est une façon de vivre, un filtre avec lequel on regarde le réel.

Comme le dit John Maxwell, les leaders abordent tous les sujets avec un regard de leader.

Que cela signifie t’il concrètement ?

Tout d’abord, les leaders voient ce que les autres ne voient pas.

Pensant toujours à long terme, ils détectent l’opportunité et devinent le véritable potentiel d’une personne ou d’une idée. Brillant officier d’artillerie, Napoléon vit comment utiliser le siège de Toulon puis la campagne d’Italie pour se forger une réputation nationale et surtout comment profiter des troubles nés de la révolution française pour prendre le pouvoir et faire de la France un nouvel empire romain.

Surtout, le véritable trait distinctif du leader se trouve dans son rapport aux autres.

Un vrai leader comprend et applique les règles suivantes :

1-Le potentiel d’un leader est déterminé par les gens dont il s’entoure

Un leader est toujours à l’affut des talents. Dès qu’il en repère un, il cherche à l’intégrer le plus rapidement possible à son organisation. Combien de jeunes et brillants soldats furent sortis du rang par Napoléon pour devenir maréchaux, ducs et même rois dans le cas de Murat ou Bernadotte ? Même si ces derniers représentaient une menace pour lui, Napoléon préférât travailler avec des esprits brillants comme Talleyrand et Fouché  car il savait qu’un leader entouré de médiocres devient lui-même médiocre.  

2-Un leader assuré n’a pas peur de donner du pouvoir aux autres

Une fois la confiance acquise, le leader n’a pas peur de déléguer et de laisser une large autonomie à ses collaborateurs  tout en fixant un cadre clair et des objectifs précis. Napoléon développa une doctrine militaire laissant une grande autonomie à ses corps d’armées et à ses généraux leur permettant ainsi de prendre de vitesse des adversaires beaucoup moins agiles et plus lourds à manœuvrer.

3-Un leader sait qu’il faut un leader pour faire naître un leader

Au début de son parcours, le leader cherche des mentors qui vont l’aider à devenir  un leader en lui confiant des responsabilités.  Par la suite, il deviendra lui-même un mentor pour une nouvelle génération de leaders. Au début de sa carrière, Napoléon se plaça sous la protection de Barras qui lui confia ses premières responsabilités. Devenu général puis  premier consul, il n’aura de cesse d’essayer de faire émerger des leaders, que ce soit parmi ses généraux ou dans sa propre famille.

4-Un leader comprend que pour progresser, il faut être capable de sacrifier.

Un leader doit être capable de se détacher des notions de statut, de carrière et même parfois même faire des sacrifices financiers pour atteindre par la suite une position d’influence et de leadership plus importante. Qu’il soit général ou empereur, Napoléon alla toujours risquer sa vie sur les champs de bataille pour être au plus près de ses troupes. Un autre leader, De Gaulle, général et sous-secrétaire d’Etat à la défense, prit le risque de tout perdre, il fut même condamné à mort par Vichy, pour devenir  leader de la résistance. Un grand leader a toujours du « skin in the game ».

5-Un leader n’a réussi que dans la mesure où il a trouvé quelqu’un pour lui succéder.

Véritable mentor, il cultive en permanence un vivier de jeunes leaders afin que l’organisation qu’il a créée ne connaisse jamais une crise de leadership et survive à son départ ou à sa mort. Même s’il échoua sur ce point, Napoléon  fit tout ce qui était en son pouvoir pour assurer la pérennité de sa dynastie. Il créa une noblesse d’empire, plaça sa famille et ses maréchaux sur les trônes d’Europe et épousa la fille de l’empereur d’Autriche qui lui donna un fils : le roi de Rome.

Napoléon, comme tous les grands leaders, avait compris une chose essentielle.

« Un chef additionne ses forces en s’entourant de disciples ; un leader multiplie les siennes en s’entourant de leaders. »

Aujourd’hui, l’absence de véritable culture du leadership fait des ravages en France,  aggravés par l’incompétence des élites et la vision court-termiste de l’époque.

De nombreuses entreprises pourtant performantes doivent fermer ou sont reprises par des investisseurs étrangers car leurs dirigeants n’ont pas correctement prévu leur succession. Peu valorisés et mal soutenus, les Français les plus brillants partent à l’étranger où une véritable culture du leadership les identifie et leur confie des responsabilités. Sur le plan politique, les anciens partis désormais moribonds vont d’échecs en échecs incapables de faire émerger un nouveau leadership tandis que l’opposition reste prisonnière  d’un milieu, d’une famille ou d’un clan.  Enfin, au lieu de confier des responsabilités aux leaders de demain, la génération du baby-boom s’accroche à ses postes, à ses prébendes et à ses privilèges.

Un pays sans leaders est un pays sans avenir et la France attend désespérément le vrai leader qui viendra redresser la barre et la sauver du naufrage.