Du “skin in the game”

La légende raconte que les romains faisaient dormir l’architecte et toute sa famille sous le pont qu’il venait de construire. Cette pratique limitait le risque de défaillance en sanctionnant potentiellement de manière drastique le responsable.

Dans beaucoup de domaines, il est toujours profitable de s’inspirer de l’exemple des romains.

En effet, le succès de toute organisation repose en grande partie sur sa capacité à récompenser les comportements qui la favorisent et à sanctionner ceux qui lui nuisent.  Pendant des siècles, les dirigeants durent assumer leur risque et les conséquences leur actions, une loi d’airain que le philosophe et mathématicien Nassim Nicholas Taleb  a appelé le « skin in the game ».

Autrefois, un mauvais roi ou un piètre général finissait tué sur le champ de bataille, capturé par ses ennemis et parfois même assassiné par ses propres hommes. Jusqu’à la seconde moitié du XXème siècle, les chefs d’entreprise risquaient de tout perdre en faisant faillite. La légende raconte que même les hommes politiques avaient un sens de l’honneur et démissionnaient lorsque des soupçons de corruption pesaient sur eux.

 Aujourd’hui, plus personne n’a de « skin in the game » et les erreurs, principalement celle des classes dirigeantes, ne sont absolument plus sanctionnées.   Il s’agit là d’un bouleversement  dont notre époque n’a pas encore saisi ni la mesure, ni les conséquences.

Les banques font faillite : elles sont renflouées par de l’argent public et leurs responsables restent en poste. Une entreprise perd de l’argent et doit licencier des milliers de salariés ; ses dirigeants partent avec des parachutes dorés. Les journaux publient des fausses nouvelles, des approximations et parfois même de véritables mensonges ; aucun journal ne fait faillite, aucun rédacteur en chef ne perd son poste, aucun journaliste ne se retrouve à la rue. Les délinquants commettent des crimes et des délits ;  ils sont relâchés par la justice au grand désarroi des victimes et des policiers.  Cerise sur le gâteau : des politiques ou des administrateurs  condamnés par la justice  accèdent de nouveau aux responsabilités et s’étonnent que le peuple s’en offusque.

En France, une génération de décideurs a mené le pays à la ruine en détruisant l’industrie au profit des services, abdiqué la souveraineté économique et monétaire, financé la dépense publique par un recours sans précédent à l’endettement, détruit le lien social et la nation en important massivement des populations étrangères et poussé le peuple, les pompiers, les policiers, les enseignants et les médecins à la révolte.

Sont-ils pour autant sanctionnés ?

Ont-ils été chassés du pouvoir et des plateaux de télévision ?

Ont-ils été jetés en prison  et leurs biens saisis ?

Ont-ils  personnellement souffert des conséquences de leurs mauvaises décisions ?

Non, ils continuent à bien vivre, à prodiguer leurs mauvais conseils et à détruire leur pays dans l’impunité la plus totale.

Pourquoi ? Parce qu’il n’y a  plus ni sanction, ni de« skin in the game ».

Ce mauvais exemple venu d’en haut se répercute sur l’ensemble de la société.

Dans les entreprises, les administrations, les associations, l’initiative, la prise de risque, le talent ne sont pas récompensés tandis que la médiocrité, la faute grave et l’incompétence ne sont pas durement sanctionnés.  Cette situation est d’autant plus insupportable que le peuple, lui, continue de subir la sanction  et paie souvent  au prix fort les erreurs commises par ceux qui sont censés le diriger.

Le pouvoir et les privilèges ne sont tolérés que parce que ceux qui en jouissent assument pleinement leur part de risque. Si ce risque n’est plus assumé, le contrat est social est rompu.

Par conséquent, la réhabilitation de la sanction et la fin du transfert sur le peuple de la part de risque qui n’est plus assumé par les élites doit être une des mesures prioritaires de tout projet politique.

Le règne de l’impunité doit cesser et les élites doivent à nouveau jouer leur peau.

Et pour que la sanction soit rétablie, il faut commencer par rétablir l’autorité.

MAJ: le jugement de Salomon est le meilleur exemple de skin in the game.

Quand le roi Salomon propose de couper l’enfant en deux, la vraie mère pousse un cri et son skin in the game la révèle en tant que telle.

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