Monthly Archives: October 2019

De la croissance

Il est toujours utile de rappeler qu’à l’échelle de l’histoire économique, la croissance des deux derniers siècles représente l’exception plutôt que la règle. Jusqu’au XIXème siècle, la croissance économique de toutes les sociétés préindustrielles était  en effet proche de zéro. Pour ces dernières, l’augmentation de la population ou l’accaparement de richesses extérieures, donc la guerre, constituaient  en réalité le seul moyen de « croissance ».

Tout cela changea avec la Révolution Industrielle et l’exploitation des énergies fossiles, pétrole et charbon. J’ai déjà expliqué comment la croissance économique est en réalité une fonction linéaire de l’énergie consommée et comment l’effondrement du taux de rendement énergétique va mécaniquement contribuer à un ralentissement de la croissance au XXIème siècle.

Aujourd’hui, je voudrais revenir sur l’idée même de croissance et expliquer pourquoi cette dernière et à plus forte raison, la construction de tout système économique et social sur le postulat d’une croissance infinie constitue une idée aussi absurde  que dangereuse.

Pour la pensée économique actuelle, une croissance de 1% par an est considérée comme faible, la valeur souhaitable se situant autour de 3 à 5% pour les économies « matures ». Rappelons  tout d’abord qu’une croissance de 1% signifie le doublement de l’unité de valeur à l’échelle d’un siècle.  Les économistes et les dirigeants politiques devraient être troublés par le fait qu’il est quasiment impossible de trouver un phénomène naturel capable de croître ne serait-ce que de 1% de façon continue et infinie.  La Nature est en effet marquée par cycles d’expansion puis de contraction (cycle des saisons), par une stabilisation une fois un certain seuil atteint suivi d’un déclin (corps humain) ou par une croissance importante suivie d’un effondrement tout aussi brutal (étoiles).

Pour mieux comprendre, l’absurdité du postulat, imaginons un instant que le corps humain connaisse une croissance continue de 1% par an.  Ce corps mesurerait  environ 1,80m à la fin de l’adolescence et continuerait à croître, passant à 2.20m puis 2,50 m  et ainsi  de suite jusqu’à sa mort, consommant au fur et à mesure du temps  une quantité de plus en plus importantes de ressources pour se maintenir.

En poussant le raisonnement jusqu’au bout, une entité qui connaitrait une croissance infinie finirait par mourir après avoir consommé toute l’énergie présente dans l’univers.

Si aucun système ne connaît une croissance continue, c’est  donc tout simplement parce qu’une telle croissance  n’est absolument pas soutenable. Malgré cette évidence, la quasi-totalité des habitants de pays dits « développés » continue de penser que leurs économies  et leur niveau de vie vont continuer de croître indéfiniment.  Plus grave encore, l’idée de croissance se trouve tellement ancrée dans la psychologie moderne  qu’il est très difficile de faire admettre que ce que nous considérons depuis deux siècles comme la règle représente  en réalité, à l’échelle de l’histoire économique humaine, une exception née de l’exploitation massive de stock d’énergies fossiles et de matière premières  pour l’essentiel non-renouvelables.

Le refus de remettre en cause l’idée même de croissance menace doublement nos sociétés,  sans parler des conséquences désastreuses de ce paradigme sur l’environnement.

En premier lieu, le postulat de la croissance  a rendu nos systèmes économiques et sociaux extrêmement vulnérables et fragiles. Aujourd’hui,  non seulement tous nos systèmes économiques doivent croître pour se maintenir et ne sont absolument plus calibrés pour gérer des cycles marqués par de longues périodes de contraction mais ils ont également détruits toutes les structures et les organisations traditionnelles qui, elles, s’étaient perfectionnées durant  des milliers d’années dans la gestion des phases de creux.

Mais surtout, ce postulat de croissance a ancré dans les esprits que « plus » était toujours « mieux », qu’il était raisonnable de s’attendre à avoir un peu plus chaque année que l’année précédente et que tout accroissement d’une unité de valeur constituait un « progrès ».  Les « progressistes » devraient toujours se rappeler que leur idéologie trouve son origine au fond d’un puits de pétrole ou d’une mine de charbon.

Pour leur plus grand malheur, les hommes du XXIème siècle ne sont absolument pas préparés mentalement à la contraction qui vient et les idées de limite, de contrôle et de décroissance restent considérées comme de véritables hérésies sur le plan politique et social,  jugées bonnes à n’intéresser que les militants écologiques les plus radicaux. 

Pour amortir le choc qui vient, il est urgent de réintégrer l’idée de cycle et de limite dans la pensée politico-économique et constituer autant d’amortisseurs (buffers) et de réserves que possible pour surmonter les contractions à venir. Un des grands défis politique et organisationnel du  XXIème siècle sera  la reconstruction de systèmes socio-économiques  flexibles, antifragiles  et capables de résister à de longues périodes de croissance faible ou nulle sans être fragilisés, ni s’effondrer.  Autrement dit : tout reste encore à faire.

Du “skin in the game”

La légende raconte que les romains faisaient dormir l’architecte et toute sa famille sous le pont qu’il venait de construire. Cette pratique limitait le risque de défaillance en sanctionnant potentiellement de manière drastique le responsable.

Dans beaucoup de domaines, il est toujours profitable de s’inspirer de l’exemple des romains.

En effet, le succès de toute organisation repose en grande partie sur sa capacité à récompenser les comportements qui la favorisent et à sanctionner ceux qui lui nuisent.  Pendant des siècles, les dirigeants durent assumer leur risque et les conséquences leur actions, une loi d’airain que le philosophe et mathématicien Nassim Nicholas Taleb  a appelé le « skin in the game ».

Autrefois, un mauvais roi ou un piètre général finissait tué sur le champ de bataille, capturé par ses ennemis et parfois même assassiné par ses propres hommes. Jusqu’à la seconde moitié du XXème siècle, les chefs d’entreprise risquaient de tout perdre en faisant faillite. La légende raconte que même les hommes politiques avaient un sens de l’honneur et démissionnaient lorsque des soupçons de corruption pesaient sur eux.

 Aujourd’hui, plus personne n’a de « skin in the game » et les erreurs, principalement celle des classes dirigeantes, ne sont absolument plus sanctionnées.   Il s’agit là d’un bouleversement  dont notre époque n’a pas encore saisi ni la mesure, ni les conséquences.

Les banques font faillite : elles sont renflouées par de l’argent public et leurs responsables restent en poste. Une entreprise perd de l’argent et doit licencier des milliers de salariés ; ses dirigeants partent avec des parachutes dorés. Les journaux publient des fausses nouvelles, des approximations et parfois même de véritables mensonges ; aucun journal ne fait faillite, aucun rédacteur en chef ne perd son poste, aucun journaliste ne se retrouve à la rue. Les délinquants commettent des crimes et des délits ;  ils sont relâchés par la justice au grand désarroi des victimes et des policiers.  Cerise sur le gâteau : des politiques ou des administrateurs  condamnés par la justice  accèdent de nouveau aux responsabilités et s’étonnent que le peuple s’en offusque.

En France, une génération de décideurs a mené le pays à la ruine en détruisant l’industrie au profit des services, abdiqué la souveraineté économique et monétaire, financé la dépense publique par un recours sans précédent à l’endettement, détruit le lien social et la nation en important massivement des populations étrangères et poussé le peuple, les pompiers, les policiers, les enseignants et les médecins à la révolte.

Sont-ils pour autant sanctionnés ?

Ont-ils été chassés du pouvoir et des plateaux de télévision ?

Ont-ils été jetés en prison  et leurs biens saisis ?

Ont-ils  personnellement souffert des conséquences de leurs mauvaises décisions ?

Non, ils continuent à bien vivre, à prodiguer leurs mauvais conseils et à détruire leur pays dans l’impunité la plus totale.

Pourquoi ? Parce qu’il n’y a  plus ni sanction, ni de« skin in the game ».

Ce mauvais exemple venu d’en haut se répercute sur l’ensemble de la société.

Dans les entreprises, les administrations, les associations, l’initiative, la prise de risque, le talent ne sont pas récompensés tandis que la médiocrité, la faute grave et l’incompétence ne sont pas durement sanctionnés.  Cette situation est d’autant plus insupportable que le peuple, lui, continue de subir la sanction  et paie souvent  au prix fort les erreurs commises par ceux qui sont censés le diriger.

Le pouvoir et les privilèges ne sont tolérés que parce que ceux qui en jouissent assument pleinement leur part de risque. Si ce risque n’est plus assumé, le contrat est social est rompu.

Par conséquent, la réhabilitation de la sanction et la fin du transfert sur le peuple de la part de risque qui n’est plus assumé par les élites doit être une des mesures prioritaires de tout projet politique.

Le règne de l’impunité doit cesser et les élites doivent à nouveau jouer leur peau.

Et pour que la sanction soit rétablie, il faut commencer par rétablir l’autorité.

De l’anthropologie culturelle

Les erreurs des « élites » françaises actuelles s’expliquent en grande partie par leur ignorance totale des réalités anthropologiques.

Dans une émission de débat, un représentant de cette « élite », expliquait que pour résoudre leurs problèmes, les pays scandinaves n’avaient qu’à importer le modèle républicain français et que pour résoudre les nôtres, nous n’avions  qu’à importer le modèle social scandinave.

Cette idée complètement délirante sur le plan anthropologique n’est pas neuve. Dans « Le Mal Français », Alain Peyrefitte se lamentait déjà que les français soient  trop catholiques et trop latins et pas assez protestants. Ah si seulement la France était comme l’Allemagne, quelle grande nation industrielle elle serait !

Ce que ne comprennent pas nos têtes bien pleines  formées à l’ENA ou à Sciences Po, c’est que les systèmes politiques, économiques et sociaux sont toujours le fruit d’une anthropologie spécifique.

Le système économique allemand ne peut exister que parce qu’il repose sur un type de relations sociales et un système éducatif qui reposent eux-mêmes sur le protestantisme, qui repose lui-même sur un modèle anthropologique familial de type souche-inégalitaire, qui repose lui-même, en partie, sur le fait que la Germanie n’ait pas été colonisée par les romains dans l’Antiquité.

De la même façon, le système social scandinave repose sur une homogénéité ethnique qui était, jusqu’il y a peu, une des plus fortes du monde mais aussi sur un pilier de la culture scandinave, le Janteloven, qui décourage l’individualisme et invite chacun à trouver sa place au sein du collectif.

L’ironie qui échappe à nos «élites » françaises, c’est que leur absence de vision anthropologique s’explique en grande partie par l’anthropologie française !

En effet, comme l’a brillamment démontré Emmanuel Todd, cet universalisme français qui se concentre sur des êtres abstraits et des valeurs universelles provient en grande partie du système familial nucléaire égalitaire caractéristique du  bassin parisien et de l’île de France. La république française est le fruit de ce système.  De plus, seuls des principes abstraits pouvaient rassembler en nation cette mosaïque de peuples européens qu’est la France. Ce fut le long travail des rois de France, achevé par Napoléon. L’universalisme français est donc paradoxalement  le fruit d’une histoire et d’une identité spécifique En niant l’anthropologie, les « élites » françaises ne font  en réalité que succomber à leurs propres déterminants anthropologiques !

Déjà problématique en lui-même, cet aveuglement se révèle aujourd’hui absolument catastrophique.

Confronté  à l’islam et à la civilisation arabo-musulmane, il s’obstine à penser que pour peu que la République investisse suffisamment dans l’éducation, l’égalité et l’emploi, il serait possible d’intégrer à la France un système anthropologique et religieux radicalement exogène.

Les têtes pensantes de la République oublient que Napoléon, malgré tous ses efforts, s’est  cassé les dents sur la civilisation arabo-musulmane lors de sa campagne d’Égypte et qu’en Algérie, en 1870, les musulmans ont préféré conserver leur statut personnel, c’est-à-dire la charia plutôt que de s’assimiler à la République.

Dans un entretien avec le Roi Hassan 2 du Maroc, la journaliste Anne-Saint Clair demandait à ce dernier s’il était possible que la France intégrât ses sujets marocains. Celui-ci répondait : « Quand bien même exprimeraient-ils la volonté d’être intégrés, ils ne le pourront pas.  C’est possible entre européens. Vous n’en avez que faire, ce seront de mauvais français. »

Malheureusement, nos dirigeants ont refusé d’écouter les sages conseils du roi du Maroc.

Aveuglés par l’universalisme à la française et non formés à l’anthropologie, ils ne se rendent pas compte que tout oppose les systèmes anthropologiques européens et  arabo-musulmans : modèles familiaux, rapport au sacré et au temps, relations hommes/femmes, pratique religieuse, organisation politique, philosophie. Avec un orgueil démesuré, ils pensent être capables d’aller contre les lois fondamentales de l’anthropologie et de réussir là où des milliers d’années d’histoire ont échoué : faire cohabiter et assimiler des peuples que tout oppose sur les plans anthropologiques et culturels.

Cette ignorance et cet orgueil sont en train de conduire à la France au désastre.

UERSS

Le terrible secret de tout conflit est que le vainqueur finit souvent par devenir l’ennemi qu’il a combattu.

En 1989, les démocraties libérales triomphaient du communisme.

Vingt ans plus tard, elles sont devenues le totalitarisme qu’elles ont vaincu.

Excessif ? Caricatural ?

Faisons l’inventaire:

-Pouvoir exercé par une nomenklatura incompétente et corrompue apparaissant aux yeux du peuple comme de plus en plus illégitime

-Organisations de plus en plus bureaucratiques et tentaculaires cherchant à réglementer chaque aspect de la vie du citoyen sans que ce dernier ne puisse avoir de véritables prises sur elles

-Médias aux ordres du pouvoir, défendant systématiquement, parfois au mépris de l’évidence ou de la logique, la ligne du parti

-Sélection et accès aux responsabilités fondés non pas sur la compétence ou le sens l’intérêt général mais sur la loyauté et la pureté idéologique, le « progressisme » ayant remplacé le marxisme-léninisme

-Intelligentsia subventionnée par le système qui a remplacé l’éloge du prolétariat par celui du métissage et du vivre-ensemble et la dénonciation de la « bourgeoisie » par celle du  « populisme »

-Chasse aux dissidents menée par les pouvoirs politiques, médiatiques et judiciaires allant jusqu’à une violente répression policière dans le cas des gilets jaunes

-Pouvoir qui plutôt que de reconnaître ses erreurs et de se remettre en cause, renforce la répression, pratique le déni et accélère la tendance

Illégitimes, inefficaces et construits sur des fondations branlantes, de tels régimes finissent toujours par s’effondrer. Le mur du « progressisme » tombera comme est tombé celui de Berlin.

Cracked (livre)

James Davies est un psychologue et un anthropologue anglais diplômé d’Oxford.

Après plusieurs années de pratique de la psychologie, il s’est mis à se poser un grand nombre de questions dérangeantes sur son métier et sur la psychiatrie.

Existe-t-il des bases scientifiques solides sur les nombreux troubles mentaux recensés par les manuels ?

Les antidépresseurs prescrits en masse sont-ils vraiment efficaces ?

Comment expliquer cette inflation massive des troubles mentaux au point que près d’un quart de la population américaine ou anglaise en soit aujourd’hui affecté ?

Pour répondre à ces questions, James Davies s’est lancé dans une grande enquête, consultant des milliers d’études et interrogeant les sommités mondiales de la psychiatrie.

 Ses résultats sont sidérants.

On y apprend que le DSM, la bible de la psychiatrie mondiale, a été rédigé pour l’essentiel avec des critères d’exigence scientifiques faibles, voire inexistants.

On y apprend également que la plupart des troubles mentaux qui y sont recensés n’ont d’une part aucune réalité biologique mesurable et d’autre part que leur inclusion repose sur un consensus social plutôt que sur une véritable base scientifique

On y voit ensuite que l’effet des antidépresseurs sur la grande majorité des patients se distingue très difficilement du placebo mais qu’en revanche ces derniers possèdent des effets secondaires néfastes qui peuvent aller jusqu’à l’altération de la personnalité.

Pour terminer, Davies montre que les grands gagnants de toute cette affaire sont les grands laboratoires pharmaceutiques qui ont noués des liens incestueux avec le monde de la psychiatrie.

Pour dire les choses clairement, ce livre constitue une remise en cause complète des fondations de la psychologie et de la psychiatrie moderne.

Dans un monde où de plus en plus de comportements sont médicalisés et psychiatrisés et où les systèmes de santé publiques doivent faire face aux coûts faramineux de ces traitements, la lecture de ce livre devrait être considérée de salut public. « Cracked » devrait être lu par tous les psychologues et les psychiatres mais aussi par les hommes politiques, les magistrats, les travailleurs sociaux et tous ceux qui sont concernés de près ou de loin par la question des troubles mentaux.

Paru en 2013, Cracked n’a toujours pas été traduit en français. Il serait temps qu’un éditeur se penche sur la question.

Cracked, James Davies

De la science économique

Keynes disait qu’un économiste devait être un mathématicien, un historien un homme d’état et un philosophe. A partir des années 70,  cette approche globale fut supplantée par un recours massif à la statistique et à la mathématisation. Aujourd’hui, l’attribution du prix « Nobel » d’économie à Esther Duflo pour son utilisation des random controlled trials (RCT) dans le cadre de programmes de lutte contre la pauvreté confirme que désormais pour être salué comme économiste, il faut  savoir coder et mener des RCT.

Dans le cadre de la démarche scientifique, la seule question valable devrait toujours être : les outils et les concepts utilisés permettent-ils de décrire précisément le réel et d’identifier les grandes lois qui régissent, dans le cas de l’économie, les comportements et les systèmes économiques humains.

Le problème avec ces modèles micro et macroéconomiques reposant sur l’approche classique et néo-classique, c’est qu’aussi élégants et sérieux qu’ils puissent sembler, ils ne décrivent pas comment les agents économiques se comportent dans le monde réel.

Même si les mathématiques et les statistiques sont des outils très utiles, la place centrale qu’ils occupent empêche les économistes d’étudier et de maîtriser des concepts fondamentaux nécessaires à la compréhension du fonctionnement réel de l’économie.

Pour étudier et modéliser un système économique, il est en effet nécessaire maîtriser :

-La physique et plus particulièrement la thermodynamique. En effet, toute activité économique est une activité de transformation de la matière et ce processus demande de l’énergie. Dire que l’activité économique provient du capital et du travail, c’est construire la science économique sur des notions purement verbales qui n’ont aucune réalité physique. Les trois grandes lois de la thermodynamique, le concept d’entropie et d’EROI devraient être maîtrisés par tous les économistes. La production économique, mesurée par le PIB, devrait être au premier ordre une fonction linéaire de la quantité d’énergie consommée.

-l’anthropologie : toute activité économique s’inscrit dans un contexte culturel fait de rituels, de valeurs et de croyances. A titre d’exemple, Max Weber a montré comment l’éthique protestante a influencé le capitalisme et Geert Hofstede  a détaillé comment l’éthique confucéenne explique en grande partie le décollage des pays du Sud-est asiatique et de la Chine. Dans son travail sur la pauvreté, Esther Duflo prend-elle en compte l’anthropologie et la façon dont les systèmes culturels et les représentations peuvent freiner le développement économique dans les pays pauvres ?

-la psychologie : les agents économiques sont  avant tout des êtres humains et leurs décisions économiques reposent en grande partie sur leur psychologie, elle-même influencée par leur anthropologie. En économie, la psychologie reste le plus souvent abordée par le biais de la rationalité des agents mais cette approche ne prend pas compte comment certains comportements perçus par l’économie classique comme « irrationnels » possèdent en réalité  une véritable rationalité comme l’a brillamment expliqué Nicholas Taleb.

En matière de psychologie, il est également important de s’intéresser aux biais cognitifs, à la neurobiologie et à la différence entre la psychologie de l’individu et celle des foules. L’éthologie et la psychologie évolutive apportent un éclairage important sur ce point.

-l’histoire : l’étude historique permet d’avoir une vue d’ensemble sur l’histoire économique, ses cycles ainsi que l’évolution des idées et des techniques. Par exemple, il est impossible de comprendre la réalité économique dans laquelle nous vivons sans comprendre l’histoire de la pensée occidentale ou celle de la révolution industrielle. De la même manière, pour comprendre l’économie japonaise et ses conglomérats, il faut remonter à l’histoire de la féodalité japonaise.

Une approche complète de l’économie fait  donc appel aussi bien à la physique et à ses modélisations mathématiques qu’à la biologie et aux sciences du vivant sans oublier bien sûr les sciences humaines et comportementales.  Malheureusement, il est aujourd’hui quasiment impossible  d’enseigner l’économie de cette façon. L’approche classique domine le monde universitaire et les futurs économistes, comme leurs professeurs, sont recrutés et sélectionnés en premier lieu  sur leurs compétences statistiques et mathématiques. Comme en psychologie et en sciences politiques, la solution réside dans l’émergence d’un système d’enseignement supérieur alternatif, solution qui pose néanmoins la question de la reconnaissance, de l’employabilité et du financement.

Aujourd’hui, la plupart économistes ressemblent à ces médecins du XVIIème siècle  moqués par Molière qui parlent en latin et prescrivent de savants remèdes sans comprendre les lois fondamentales de la médecine ou de l’anatomie humaine. Cette situation est d’autant plus ridicule que tous les concepts et les connaissances nécessaires à une compréhension réelle de l’économie sont là. Encore faut-il qu’ils puissent être expliqués et transmis.

De l’Antifragilité

Nassim Nicolas Taleb, auteur du « Cygne Noir », d’ »Antifragile » et de « Jouer sa peau » développait récemment sur Twitter son concept d’ « effet Lindy » (traduction par l’auteur):

« Vous voulez écrire un livre capable de survivre deux ou trois décennies ? Le premier réflexe est d’écrire quelque chose tourné vers le futur. Non. Assurez-vous que le contenu du livre est pertinent à la fois aujourd’hui mais aussi à un moment déterminé du passé, par exemple il y a 30 ans.

Inversement, si vous voulez qu’un livre meure, assurez-vous qu’il n’ait aucun intérêt pour un homme du passé.

Cette astuce s’applique aux institutions, aux idées, aux théories, aux technologies, et toutes ces autres choses non-périssables : la vieille technologie survit en grande partie parce qui est nouveau se trouve remplacé par ce qui est encore plus nouveau.

Le temps est à la fois un détecteur et une cause de fragilité : ce qui a survécu possède une résistance aux événements aléatoires.

Cette petite astuce nous permet de nous livrer à de la prédiction négative. L’Histoire n’a pas de sens ou plutôt, elle a un sens qui ne nous est pas accessible. En revanche, tout ce qui est fragile finira par rompre sous le poids du temps. Par conséquent l’effondrement est plus facile à prévoir que l’émergence : l’innovation est plus susceptible d’attaquer ce qui est nouveau et d’épargner ce qui est ancien.

En conséquence, certains éléments modernes seront remplacés- on ne sait pas encore par quoi, tout ce que l’on peut savoir est que ce qui est fragile s’effondrera  et que ce qui a été éprouvé par le passage du temps sera épargné. Voici donc une liste de choses nouvelles et fragiles qui sont susceptibles de disparaître au cours des dix prochaines années. Elles sont très modernes, hautement fragiles et soumises à des pressions donc attendez-vous qu’au moins quatre sur huit disparaissent :

Les huiles végétales (soja, maïs, palme), les statines et les médicaments psychotropes, la monnaie fiduciaire, le régime d’Arabie Saoudite, l’ordinateur de bureau, les compagnies aériennes nationales, le mouvement néo-athéiste, l’économie comportementale et le nudge, CNN, l’architecture non-fractale, les organisations centralisées et kafkaïennes comme Bruxelles ou Whitehall (UK), l’éducation d’ « élite »  au niveau licence, et pour terminer,  les organismes génétiquement modifiés»

A la liste de Taleb, j’ajouterai à titre personnel : l’idéologie égalitaire universaliste et la République Française, en tant que régime.


Des taux d’intérêts négatifs

Un peu comme la mort de dieu prophétisée par Nietzsche, les taux d’intérêts négatifs sont un événement prodigieux qui n’a pas fait son chemin jusqu’aux oreilles des hommes.

Hors de la communauté financière, peu de gens comprennent la gravité et l’ampleur de ce qui est en train de se produire.

Les taux d’intérêt négatifs signifient  à terme la destruction du système financier et bancaire avec des conséquences incalculables sur la protection sociale, notamment les retraites et l’emploi.

Mais surtout,  les taux d’intérêts négatifs signifient  la destruction du concept même d’épargne.

Depuis l’émergence des systèmes économiques, il a toujours été bénéfique d’épargner, c’est-à-dire de différer la consommation pour pouvoir investir ou faire face à une période de creux.  Or, dans un contexte de taux négatifs, l’argent épargné est de l’argent dont la valeur diminue de jour en jour.

Dans un tel système, la préférence pour l’avenir n’a plus aucun sens. Sur le plan philosophique, les taux d’intérêts négatifs sont le symbole et l’aboutissement de notre époque  individualiste qui préfère la satisfaction égoïste du désir immédiat au fait de préparer l’avenir.

La vérité, c’est qu’avec les taux d’intérêts négatifs et les politiques «d’ajustements quantitatifs », l’argent n’a plus aucune valeur, c’est même l’ancien PDG du Crédit Suisse qui le dit.

Avec l’avènement de la monnaie fiduciaire, l’argent n’était plus qu’une convention mais aujourd’hui, même cette convention ne vaut plus rien.  Le système économique et financier est à l’agonie et toutes les politiques mises en œuvre ne sont plus que des soins palliatifs pour  prolonger cette dernière le plus longtemps possible.

Tôt ou tard, l’acharnement thérapeutique va  prendre fin et à ce moment, face à l’effondrement, la valeur ne  pourra que retourner à son refuge historique : l’or et l’argent.

Accrochez-vous au mât, ça va tanguer…

De la diversité

« La diversité est une chance », « La diversité est une force ».

Cette affirmation est devenue un lieu commun du discours politique qui, à force d’être répétée, a fini par s’imposer comme une vérité.

Pourtant, cette affirmation ne repose sur aucune base réelle.

Elle est un dogme, un article de foi dont la fausseté a été démontrée à plusieurs reprises par l’analyse scientifique.

En 2007,  le professeur Robert Putnam, sociologue à Harvard, de surcroît marqué à gauche, a démontré dans une série de brillantes études consacrées au délitement du lien social que  l’augmentation de la diversité entraînait la diminution de la confiance et du lien social au sein des communautés.

Plus récemment, une meta-analyse menée à partir de 87 études par des chercheurs danois de l’université de Copenhague et d’Aarhus a confirmé que la diversité ethnique impactait de façon négative la confiance au sein des groupes.

Dans le même registre  le sociologue finlandais Tatu Vanhanen a démontré  en 1999 comment le multiculturalisme était facteur de multiconflictualité à cause notamment de ce qu’il a appelé le « népotisme ethnique ».

La diversité n’est donc pas une force.

C’est un facteur de destruction des communautés naturelles et ceux qui continuent de la promouvoir témoignent soit d’une profonde ignorance, soit d’une volonté délibérée d’engendrer le chaos.

Dans tous les cas, il est grand temps que la diversité cesse d’être présentée comme un souverain bien et que ceux qui défendent publiquement cette idée soient considérés comme des charlatans et des imposteurs.

Des psychopathes

Des films américains comme « Le Silence des Agneaux » ont dépeint les psychopathes comme des personnalités à la fois retorses et flamboyantes. La réalité est autrement triviale et bien plus terrifiante.

Une des dates marquantes dans l’histoire de l’étude la psychopathie est la publication de « La ponérologie politique : étude la genèse du mal à des fins politiques ». Ce livre, rédigé par un collectif de psychiatres polonais à l’époque communiste révèle comment notre monde est dirigé par une minorité de psychopathes se cachant derrière « un masque de santé mentale ».

Les véritables psychopathes ne sont pas des tueurs en série éructant derrière les barreaux d’une prison de haute sécurité ou tapis dans un bois en attendant le passage d’une innocente victime.

Non, ce sont des chefs d’état, des chefs d’entreprises, des médecins, des stars de la chanson ou du cinéma. Si vous êtes déstabilisé par cette révélation, vous le serez encore plus en apprenant que du point de vue de la biologie évolutive, le fait d’être un psychopathe constitue un véritable avantage.

En effet, l’intelligence largement supérieure à la moyenne et surtout l’incapacité à ressentir  de l’empathie pour ses victimes ou à souffrir des remords causés par le mensonge ou la manipulation font du psychopathe l’être parfait pour s’imposer dans des situations de dominance et accéder aux rangs les plus élevés de la hiérarchie sociale.

S’il y a bien  une chose en revanche qu’Hollywood a dépeint correctement, c’est l’extrême intelligence du psychopathe. Ses capacités hors-normes sont le plus souvent utilisées pour manipuler ses victimes et piéger ses proies. Loin d’être un fou furieux, le couteau entre les dents et la bave aux lèvres, le psychopathe est un grand charmeur. Il séduit, il flatte, il promet. Son sens aigu de l’observation lui permet d’analyse votre psychologie  pour y détecter la faille dans laquelle il va s’engouffrer.

Pour arriver à ses fins, il va mentir, tromper, déformer les faits, refaçonner la réalité à sa guise.

Et il n’en ressentira aucune gêne, ni remords.

Il est quasiment impossible pour un être humain « normal » d’imaginer le fonctionnement d’un psychopathe. Nous pensons naïvement que les gens ont les mêmes limites que nous et ressentent les mêmes émotions désagréables quand ils commettent une injustice ou profèrent un véritable mensonge.  C’est vrai, sauf dans le cas du psychopathe et c’est cela qui le rend si redoutable.

Il fonctionne différemment, il n’est pas « câblé » pareil.

Prenons l’exemple d’un psychopathe engagé en politique.

Avec un électeur de base, il se fera sympathique, bon vivant, proche du peuple.

Avec un syndicaliste, il se dira proche des revendications des ouvriers et pestera contre les patrons.

Avec les patrons, il dira l’inverse et se prétendra libéral.

Quand le peuple demandera des mesures fermes contre l’immigration, il lancera un débat sur le sujet et se déclarera préoccupé par la question.

En coulisse, il agira contre l’extrême-droite et financera des mouvements d’extrême-gauche.

Le pire dans tout ça, c’est que ça marche.

Les gens aimeront le psychopathe et continueront jusqu’à sa mort de penser qu’il était proche d’eux, qu’il était sympathique, à l’écoute, que c’était un bon chef qui avait leurs intérêts à cœur.

Ils ne comprendront jamais que tout cela n’était qu’une ruse de psychopathe, un « masque de santé mentale ». Dans son for intérieur, le psychopathe méprisera ces imbéciles qu’il a si facilement dupés.

Comment détecter les psychopathes ?

1-Les actes et leurs résultats

Le psychopathe fait beaucoup de promesses, prétend entendre, comprendre mais ses annonces sont  souvent peu suivies d’effet. Surtout, il se débrouille toujours pour faire passer son intérêt personnel avant l’intérêt général et évite toujours de faire de vrais sacrifices.  L’entreprise fait faillite, il part avec un parachute doré. Le pays court à la ruine, il continue de mener grand train. Si quelqu’un doit payer, ce sont toujours ses lieutenants, jamais lui.

2-Trop sympathiques et séducteurs

Pour manipuler ses proies, le psychopathe les séduit et les charme en leur disant ce qu’elles veulent entendre. Par conséquent, quelqu’un de trop sympathique, d’absolument charmant et dont absolument tout le monde dit trop de bien et qui, de surcroît, vous dit toujours ce que vous voulez entendre, doit susciter la méfiance. Face à ce genre de profil, l’alerte rouge doit s’enclencher : attention, psychopathe potentiel !

L’ennemi juré du psychopathe, sa Némésis, qui peut aussi être sa proie favorite quand elle n’a pas été avertie, est le surdoué. Ce dernier a le souci authentique du bien commun et les capacités intellectuelles pour voir clair dans le jeu du  psychopathe. A ce sujet, il est intéressant de noter que dans la culture populaire  les grands conflits archétypaux opposent souvent un surdoué à un psychopathe.

Que faire face à un psychopathe ?

En premier lieu, il ne faut en aucun cas tenter de l’attaquer de front car les chances de succès sont quasi nulles. Ensuite, il est tout aussi inutile faire appel à sa compassion, à sa morale ou à son humanité.

Autant supplier un tigre affamé de ne pas vous manger.

Il est tout aussi déconseillé de le designer publiquement un psychopathe comme tel. A moins d’être un psychiatre, l’accusation ne sera pas prise au sérieux et le psychopathe l’a retournera à son avantage.

Pour neutraliser un psychopathe, il faut d’abord commencer par rompre le charme en passant le moins de temps avec lui et en réduisant au maximum le volume  et la fréquence des interactions. Dans le même temps, il faut cesser de lui faire confiance et ne plus croire une seule de ses promesses ou de ses engagements. En cas de collaboration forcée, il faut tout mettre par écrit enregistrer les conversations, bref se barder de preuves objectives.

Quand le moment est venu de neutraliser le psychopathe en passant à l’action, il faut être rapide, brutal et décisif et surtout ne lui laisser aucune chance de réagir.

Dans tous les cas, il est déconseillé d’attaquer frontalement un psychopathe car les chances de succès sont très faibles.

Ceci étant dit, le meilleur moyen de se prémunir contre les psychopathes reste de les identifier à temps pour éviter de se retrouver dans leur environnement proche.

Pour autant, il serait ridicule et excessif de voir un psychopathe derrière chaque personnalité forte ou dominatrice. Au mieux, les psychopathes représentent 0,5% de la population. Manipuler, mentir et tricher sont des comportements humains normaux. Les psychopathes, eux, se distinguent par le fait que le mensonge et la manipulation ne sont pas pour eux des outils tactiques utilisés de façon ponctuelle mais un mode de fonctionnement total et permanent.