Des boucs émissaires

Dans ses livres « La violence et le sacré » ou « Achever Clausewitz », le philosophe René Girard a parfaitement analysé les ressorts psychologiques et anthropologiques secrets qui gouvernent la violence mimétique.

Ce travail nous permet de comprendre deux choses très importantes :

1-Dans un conflit, le phénomène mimétique nous conduit toujours à devenir notre ennemi.

Par conséquent, s’il veut triompher du monde islamique, le monde occidental va devoir devenir comme lui, c’est-à-dire renoncer à la modernité et revenir à ses fondamentaux.  

C’est justement cette éventualité, confusément pressentie, qui est insupportable pour les sociétés européennes car accepter cette nécessité reviendrait à admettre qu’elles se sont trompées sur tout et que le sacrifice sur l’autel du “progrès”, de la religiosité, de la force, de l’honneur, des modèles familiaux traditionnels, de l’autorité, de la hiérarchie et du sacré, les a en réalité conduit dans une impasse.

2-Tout groupe humain se débarrasse de sa violence en la transférant sur un bouc émissaire qu’il finit par sacrifier. Or, aujourd’hui, confrontée à une agression sans précédent, la civilisation occidentale ne peut pas riposter de façon proportionnelle car en vertu de la loi de la violence mimétique et de la montée aux extrêmes, cela signifierait ouvrir un conflit avec le monde islamique et déclencher ainsi une nouvelle guerre mondiale qui, à ce stade, risquerait de faire disparaitre l’ensemble de l’Humanité.

Fidèles à leur héritage chrétien, les Occidentaux ont donc décidé de se sacrifier pour sauver le monde. L’apathie de l’Occident face à la conquête islamique, la haine de soi, le refus de faire des enfants au nom de l’écologie ne peuvent s’expliquer de façon satisfaisante que par le fait que  les Occidentaux ont choisi de canaliser la violence du monde en devenant eux-mêmes le bouc émissaire offert en sacrifice. Dans le même temps, le refus par les pays d’Europe de l’Est de jouer ce rôle s’explique  par leur expérience préalable d’un demi-siècle de souffrance sous le joug communiste et que par conséquent, ces peuples considèrent qu’ils furent autrefois offerts en sacrifice pour éviter à l’Occident un conflit ouvert avec l’URSS.

Cette brève analyse permet de comprendre pourquoi compte tenu des enjeux et des facteurs psychologiques et anthropologiques à l’œuvre, quiconque souhaite sauver la civilisation européenne doit aller au-delà de la politique pour mobiliser les forces puissantes et primitives du sacré.

Pour sauver les peuples européens, il faut donc les aider à rejeter la modernité et les accompagner dans cette démarche, une vérité déjà comprise par un grand nombre de patriotes, mais aussi, et il s’agit là d’une entreprise bien plus difficile, les faire sortir du rôle du bouc émissaire en leur rappelant que le génie européen justifie que l’Europe soit sauvée et qu’il est donc à ce titre criminel de s’offrir aussi bêtement en sacrifice.

Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve.

Leave a Reply