De la pathocratie

Ignota, nulla curatio morbi

(Nul ne peut traiter une maladie qu’il ne comprend pas)

Confrontés aux problèmes ainsi qu’aux aberrations de nos sociétés contemporaines, la plupart des citoyens attribuent les mauvaises décisions et les comportements néfastes de leurs dirigeants à l’incompétence, à l’ignorance ou à la bêtise. Malheureusement, la nature réelle des problèmes est toute autre et sans possibilité de comprendre leur cause, comment espérer pouvoir les résoudre ?   

Pour comprendre la nature de ce mal qui frappe nos sociétés, il est nécessaire de faire appel à une discipline très peu connue développée par un collectif de psychologues et psychiatres soviétiques durant l’occupation de leurs pays : la ponérologie, c’est-à-dire l’étude du mal d’un point de vue biologique et psychopathologique.

Pour simplifier, l’idée maîtresse de cette discipline est qu’il est possible de comprendre le mal en étudiant les facteurs cliniques et psychopathologiques rendant possible son émergence. Selon les études menées par les ponérologues, il existerait au sein de chaque groupe humain, une catégorie de personnes, de l’ordre de 0.6% à 1% de la population totale, marquées, soit par l’effet de lésions cérébrales, soit par un facteur héréditaire et génétique qui reste à identifier, par des troubles de la personnalités graves, notamment la psychopathie, au sens clinique et non commun du terme.

Le trait le plus saillant de la psychopathie et des caractéropathies associées est l’absence totale d’empathie, l’incapacité à éprouver des remords et plus généralement un monde de fonctionnement émotionnel totalement déviant et anormal. Pour reprendre une analogie souvent utilisée par les ponérologues, tout comme un daltonien est incapable de distinguer le rouge du vert, un psychopathe est incapable de faire la distinction entre ce qui est moral et ce qui ne l’est pas. Au mieux, il pourra comprendre, par l’expérience et l’observation, que certains comportements ne sont pas acceptables socialement et comprendra bien vite la nécessité de cacher sa nature « réelle » au gens normaux derrière ce que des psychologues ont appelé le « masque de santé mentale » (mask of sanity).

Dans une société saine, les psychopathes sont obligés de faire « profil bas » et concentrent l’essentiel de leurs efforts à ne pas être détectés par les gens normaux. Néanmoins, il arrive que dans l’histoire d’une société ou d’un groupe social, des événements particuliers, une crise grave, par exemple, ouvrent une fenêtre d’opportunité dans laquelle cette minorité de psychopathes va s’engouffrer. S’appuyant le plus souvent sur une idéologie révolutionnaire, les psychopathes vont utiliser cette dernière, à la fois comme prétexte pour laisser libre cours à leur véritable nature, mais également comme moyen de prendre progressivement le contrôle de la société et d’exercer sur celle-ci une influence de plus en plus grande.

Historiquement, il est possible d’identifier à la fois la ponérogénèse et sa dynamique : une minorité de psychopathes (1% de la population) gagne en influence et attire à elle des individus (6 à 10% de la population) qui ne sont pas des psychopathes essentiels mais qui souffrent d’autres formes de troubles de la personnalité et qui, pour des raisons qui restent à déterminer, s’avèrent, particulièrement sensibles à l’influence et à la fascination exercées par les psychopathes. Ce groupe, composé des psychopathes et de leurs « disciples », va voir son influence sociale et politique grandir jusqu’à agréger à lui, dans la première phase du processus, des gens normaux séduits par l’idéologie utilisée comme prétexte par le groupe de déviants pour exprimer sa pathologie. Dans la majorité des cas, ces groupes de gens sains finiront, à terme, par prendre conscience de la trahison des psychopathes et estimeront que la cause originelle pour laquelle ils se battaient a été trahie ou pervertie par ces derniers.

En attendant d’arriver à ce stade, le processus de prise de contrôle de la société par la minorité de psychopathes se poursuit et une fois celui-ci terminé, la société s’est transformée en ce que la ponérologie appelle une pathocratie, c’est-à-dire une société dans laquelle tous les leviers de l’influence et du pouvoir sont contrôlés par une minorité de caractéropathes souffrant de psychopathologies graves dont l’influence va se faire sentir sur l’ensemble du corps social et menacer à terme sa survie.

Sous le régime d’une pathocratie, les gens restés sains et normaux vont progressivement sentir, de façon confuse, que « quelque chose ne va pas », que la situation n’est pas « normale » sans pour autant être capable de le mettre le doigt sur la nature exacte du problème. Cette prise de conscience est rendue d’autant plus difficile par le fait que les psychopathes ont parfaitement conscience de la nécessité absolue de cacher leur nature réelle à une population majoritairement composée de gens normaux, population dont la coopération est de surcroît nécessaire pour faire « tourner la boutique » car compte tenu de leurs pathologies, les caractéropathes sont totalement incapables de créer ou de gérer correctement quoi que ce soit.

Malheureusement, l’action de la pathocratie ne se limite pas à un rôle de « parasite » sur le corps social. Peu à peu, les idées et les comportements déviants de « l’élite » pathocrate  vont être diffusés et absorbés par le corps social qui va, à son insu, modifier sa vision du monde pour adopter celle des psychopathes qui le dirige. Ainsi, les citoyens normaux vont progressivement modifier leur perception du monde et leur sens des valeurs pour s’adapter à la vision déviante des pathocrates  tout en ressentant plus ou moins consciemment une tension entre la nouvelle hiérarchie de valeurs et un héritage moral et culturel demeuré sain, une tension psychologique conduisant le plus souvent au développement de névroses au sein de la population.

Tout en modifiant  l’état d’esprit et les valeurs de la société qu’ils parasitent, les pathocrates vont, dans le même temps, utiliser tous les moyens à leur disposition pour neutraliser les gens sains d’esprit qui seraient en mesure de déchirer le voile du mensonge  et de révéler à la majorité de la population l’influence délétère et destructrice de ses nouveaux maîtres. En pathocratie, tout ce qui est sain doit être détruit ou neutralisé et les pathocrates utilisent systématiquement des techniques de manipulation psychologique comme l’inversion ou la projection pour faire passer comme dangereuses ou immorales les idées des individus restés sains. Comme ont pu le constater les pionniers de la ponérologie eux-mêmes, la psychologie et la psychiatrie font l’objet d’un contrôle étroit  par les pathocrates, à la fois pour neutraliser les opposants au régime (hospitalisation forcée)  mais aussi pour empêcher la diffusion de travaux susceptibles de révéler le caractère pathologique de la minorité dirigeante.

D’après les études menées par les ponérologues, dans un système pathocratique, plus un individu est talentueux et équilibré sur le plan psychique, plus sa participation à la société va devenir  progressivement difficile, voire totalement impossible. Passé un certain seuil, les individus les plus sensibles à la dérive pathocratique n’ont plus d’autre choix que de s’exiler ou de rompre tous les liens qui les unissent à la société pour entrer dans la marginalité, des choix et des attitudes adoptés aussi bien par les dissidents de l’époque soviétique que par les occidentaux fuyant les États où se met en place le totalitarisme progressiste.

Une fois que la société a terminé sa transition vers un régime pathocratique complet, elle se trouve structurellement confrontée aux problèmes suivants : d’une part, l’incapacité des psychopathes à gérer efficacement le système social et politique dont ils ont pris le contrôle, compte tenu des traits psychologiques qui les caractérisent, conduit mécaniquement celui-ci à l’effondrement. D’autre part, la majorité des gens normaux prend peu à peu conscience de la nature de la pathocratie, apprend à décrypter ses mensonges et son double langage et prend conscience de la nature parasitaire de la classe dirigeante des pathocrates.

Cette dynamique peut conduire certains à penser que pour se débarrasser d’une pathocratie, il suffit de laisser les choses suivre leur cours et d’attendre l’effondrement du système pour chasser les pathocrates du pouvoir et les remplacer par une nouvelle élite de gens normaux. Cette analyse méconnait le fait que compte tenu de leur nature déviante et de leur incapacité à vivre et à prospérer dans une société normale, la conservation de leur pouvoir constitue pour les pathocrates une question de vie ou de mort et qu’en cas d’incapacité à atteindre cet objectif, ils peuvent être prêts à emporter toute la société avec eux dans la tombe. Il est donc nécessaire de comprendre que la lutte contre la pathocratie est une lutte à mort contre un ennemi déterminé à conserver coûte que coûte un pouvoir qui constitue la seule et unique garantie de son existence et de sa survie.

Développés à l’origine dans le cadre de l’ancienne URSS, les concepts de pathocratie et de ponérologie peuvent être parfaitement appliqués à nos sociétés occidentales contemporaines. Aujourd’hui, l’idéologie remplaciste ou  progressiste a remplacé le communisme mais le mode de fonctionnement et les méthodes sont restées les mêmes : négation de la réalité du grand remplacement des peuples historiques, minimisation de l’explosion de l’insécurité et des violences, destruction des héritages culturels et historiques nationaux, manipulation des masses par les médias, normalisation des comportements déviants, promotion d’une conception sociale pathologique fondée sur l’individualisme, l’égoïsme et la violence, persécution de tous les résistants et plus généralement, processus de destruction systématique des nations occidentales ne pouvant à terme que conduire à leur effondrement.

Trop souvent, notre condamnation des comportements et des dérives pathocratiques se place sur un plan uniquement moral.  Bien que justifiée, cette tendance empêche de comprendre les facteurs, notamment psychopathologiques, qui conduisent à l’éclosion du mal dans une société. L’immense mérite de la ponérologie est d’avoir développé une grille d’analyse conceptuelle permettant de comprendre scientifiquement comment une psychopathologie peut « infecter » politiquement, socialement et psychologiquement  une société et la conduire sur le chemin de la destruction. Elle permet également d’aider les individus normaux, notamment les plus jeunes, à identifier rapidement les psychopathes et à se garder des immenses capacités de séduction et de fascination que ceux-ci peuvent déployer, notamment sur les plans de la politique et des idées. Combien de psychopathes sont encore aujourd’hui admirés et vénérés aussi bien par le grand public que les intellectuels alors que leurs comportements et leurs productions les révèlent à l’œil du ponérologue averti comme tels ?

Les pays d’Europe de l’Est ont été libérés de la pathocratie par un événement géopolitique majeur : la chute de l’URSS. Plutôt que d’attendre le grand  événement qui libérera le monde occidental de la pathocratie progressiste, ne vaudrait-il mieux pas révéler le plus largement la nature du régime pathocratique au plus grand nombre et mobiliser un maximum de forces en vue de sa neutralisation ?

Pour aller plus loin :

La ponérologie politique, Andrew M. Lobaczewski

Ponerology.com

Des psychopathes

Du déni des complots

Psychopathy and the Origins of Totalitarianism

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