De l’anthropologie politique

L’anthropologie est une rivière qui, même détournée, finit toujours par retrouver son lit.

Pour dire les choses plus clairement : l’anthropologie de chaque peuple détermine une forme bien spécifique de gouvernement, d’organisation économique et sociale ainsi que de philosophie politique.

L’histoire récente de la Russie offre la meilleure preuve de la validité de cette thèse.

En 1917, une minorité de bolcheviks, organisés et intransigeants, prend le pouvoir et impose par la force et la terreur un système politique totalitaire et un matérialisme athée à tout un peuple.

Quatre-vingt ans plus tard , le système soviétique s’effondre et voilà la Russie éternelle qui réapparaît et reprend ses droits : le christianisme orthodoxe fait son grand retour, le pays retrouve son tsar sous les traits de Vladimir Poutine et les Romanov sont exhumés de leur fosse commune pour retourner reposer parmi leurs prédécesseurs dans le mausolée de la cathédrale Pierre et Paul de Saint-Pétersbourg, où les jours de fête nationale, comme j’ai pu personnellement le constater, une foule immense et populaire vient leur rendre hommage comme si près d’un siècle de communisme n’avait jamais existé.

Comprendre la puissance des déterminants anthropologiques, c’est comprendre pourquoi l’universalisme est un leurre et pourquoi son application ne peut que déboucher sur le plus absurde et le plus violent des totalitarismes.  C’est aussi comprendre pourquoi il est grotesque de demander aux Chinois de respecter les Droits de l’Homme, au monde arabo-musulman de rejeter l’Islam pour embrasser la laïcité et d’imaginer que la France puisse rester encore longtemps une république.

Comme je l’ai déjà expliqué, la France est le cas typique d’un peuple qui a pris ses vessies anthropologiques pour de lumineuses lanternes. En effet, il se trouve encore dans notre pays un nombre considérable d’intellectuels, d’éditorialistes et d’hommes politiques qui n’ont toujours pas compris que la République Française, qu’ils confondent désormais avec la France, est une forme d’organisation politique née à la fois  d’une anthropologie bien spécifique, le système familial nucléaire égalitaire du bassin parisien mais aussi de la pensée chrétienne universaliste dont la séparation du temporel et du spirituel permet la laïcité. Ainsi, les francs-maçons et les laïcards les plus farouches sont, le plus souvent sans en avoir conscience, de véritables croyants possédés par ces fameuses vertus chrétiennes devenues folles.

Cette analyse nous révèle la situation politique pour ce qu’elle est :

La République Française est à la France ce que le bolchevisme fut à la Russie : un projet d’une minorité imposé à une majorité s’appuyant sur une base anthropologique réelle mais néanmoins minoritaire à l’échelle du pays. Pour plus de détails, lire les travaux d’Emmanuel Todd sur les systèmes familiaux ainsi que la remarquable étude que Claude Quétel a consacré à ce sujet dans son livre “Crois ou meurs! Histoire incorrecte de la Révolution Française“.

Comprendre cela, c’est comprendre pourquoi la République Française est condamnée à terme en tant que régime. Ultime ironie, c’était précisément le maintien d’une religiosité chrétienne forte qui assurait l’équilibre du système. Mais le phénomène de déchristianisation progressive à partir des années 70 a rompu cet équilibre, ce qui, à terme et en vertu des forces anthropologiques à l’œuvre, ne peut que mécaniquement conduire l’effondrement total du système.  Par conséquent, la seule vraie et grande question politique française est : comment gérer l’effondrement et la disparition programmée  de la République sans trop de dégâts pour le pays et sans effusion de sang ?

Une fois ce fait admis, la grande question qui se pose ensuite est la suivante : par quel système politique les Français doivent-ils remplacer la République ?

Là encore, l’apport de l’anthropologie politique et culturelle se révèle décisif.

Comme l’a démontré Geert Hofstede, la France est un système culturel unique combinant des caractéristiques partout ailleurs opposées que sont la distance hiérarchique et l’individualisme forts. De plus, comme je l’ai expliqué, il s’agit d’une nation de surdoués auxquels il est impératif de fournir un cadre social, culturel et philosophique sous peine de voir ces derniers tomber systématiquement dans la division, le désordre et la dissipation de leurs énergies. Enfin, la diversité géographique, anthropologique et culturelle française nécessite une véritable clé de voûte pour faire tenir l’ensemble.

Par ailleurs, la tendance générale à la dépersonnalisation de l’autorité politique a permis à une caste de technocrates et à des réseaux d’influence opaques de jouir de des privilèges du pouvoir sans pour autant être exposés aux risques et aux responsabilités inhérentes à l’exercice de ce dernier, sans parler de l’absurdité institutionnelle de la Vème République qui impose au candidat à la présidentielle d’être d’abord le chef de son camp politique pour ensuite tenter de rassembler derrière lui la majorité des Français.

Par conséquent, la forme de gouvernement la plus adaptée à l’anthropologie française et la réponse aux dysfonctionnements politiques actuels est la concentration du pouvoir politique entre les mains d’un homme porté aux responsabilités par la volonté populaire, placé de façon décisive au-dessus du régime des partis et dont le seul véritable contre-pouvoir serait le peuple.

Les principes fondateurs d’un tel régime pourraient s’inspirer en partie de ceux vigoureusement rappelés et synthétisés par le roi Louis XV le 3 mars 1766 lors de son discours au parlement de Paris.  Pour résumer : « c’est en ma personne seule que réside la puissance souveraine, dont le caractère propre est l’esprit de conseil, de justice et de raison ; que c’est de moi seul que mes cours tiennent leur existence et leur autorité ; que c’est à moi seul qu’appartient le pouvoir législatif, sans dépendance et sans partage ; que l’ordre public tout entier émane de moi : que j’en suis le gardien suprême ; que mon peuple n’est qu’un avec moi ; et que les droits et les intérêts de la nation, dont on ose faire un corps séparé du monarque, sont nécessairement unis avec les miens, et ne reposent qu’en mes mains. […] Enfin, ce spectacle scandaleux d’une contradiction rivale de ma puissance souveraine me réduirait à la triste nécessité d’employer tout le pouvoir que j’ai reçu de Dieu, pour préserver mes peuples des suites funestes de telles entreprises. »

Ceux qu’une conception aussi absolutiste pourrait choquer doivent comprendre que malgré la Révolution Française et en vertu des principes présentés ici, la rivière anthropologique française n’a jamais cessé de retrouver son lit.   A chaque période de crise, le plus souvent ouverte par les défauts structurels de la République et du régime parlementaire, la France a dû faire appel à un monarque pour la sauver, restaurer son unité et faire avancer le pays :

-Napoléon met fin aux troubles révolutionnaires et réalise l’unité administrative du pays

-Napoléon III met un terme à l’instabilité de 1830 et 1848 et industrialise la France tout en y introduisant les premières mesures sociales

-Clémenceau devient dictateur de fait et conduit la France à la victoire en 1918

-De Gaulle sauve la France des occupations allemandes et américaines et la modernise via une politique de grands projets

Aujourd’hui, confrontée aux périls du  Grand Remplacement, de l’islamisation, du déclassement économique et de la trahison des élites, la France attend le nouveau monarque capable de sauver le peuple français de l’anéantissement, de reprendre le pays en main et de lui faire retrouver son rang. Là encore, c’est une erreur de croire que le salut de la France viendra des prétendants historiques au trône de France. C’est par son courage, sa valeur, son engagement et son amour profond pour son pays et pour son peuple que le futur monarque se distinguera et se fera connaître des Français.

En réalité, tous les débats sur la restauration d’une forme d’organisation d’inspiration monarchique sont vains car en vertu du principe de permanence anthropologique présenté ici, la France n’a, dans les faits, jamais cessée de tendre vers une telle forme d’organisation et de pratique du pouvoir.

Aujourd’hui, le peuple élit un monarque au suffrage universel, ce monarque réside dans un palais où il gouverne entouré de conseillers et dont l’autorité s’exerce en France via des préfets nommés par ses soins. Le Parlement n’est plus qu’une chambre d’enregistrement ; la justice n’est pas indépendante ; via l’audiovisuel public, les subventions et les commandes publiques, la presse ne l’est pas davantage et enfin, une nouvelle aristocratie d’état jouit de privilèges inouïs et d’une impunité totale vis-à-vis de ses échecs, de ses dérives et de ses trahisons.

Dans les faits, la France fonctionne déjà comme une monarchie mais elle dépense une énergie et des ressources considérables à tenter de maintenir les apparences républicaines, sans parler du fait que le caractère impersonnel du régime et les dérives inhérentes à la démocratie (électoralisme, clientélisme, court-termisme, influence disproportionnée des minorités) font que la France à tous les inconvénients d’un système monarchique centralisé sans aucun des avantages.

Ce serait par ailleurs une grave erreur de croire que les malheurs et les dysfonctionnements français proviennent justement de cette dérive monarchique et seraient susceptibles d’être corrigés en donnant plus de pouvoir au Parlement ou à d’autres organes de prise de décision, les expériences de la IIIème et de la IVème République sont, sur ce point, particulièrement dissuasives.

Le vrai problème, c’est que la République est une monarchie dévoyée et que depuis plus de cinquante ans, la France est dirigée par de mauvais monarques qui ont trahi le peuple et la nation en servant des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général.

Au vu des crises qui menacent et de la colère qui gronde, l’effondrement de la République n’est désormais qu’une question de temps. Aveuglés par leur idéologie et incapables de prendre du recul vis-à-vis de leur époque, ses défenseurs n’arrivent pas à voir que ce régime ne représentera au final qu’une courte parenthèse dans l’histoire de la France.

De Gaulle disait que la Russie absorberait l’Union Soviétique comme le buvard absorbe l’encre.

La France en fera de même avec la République.

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