De la crise économique

Même les économistes commencent à comprendre que la situation économique est extrêmement grave : la récession guette, les banques sont virtuellement en faillite et les taux d’intérêts négatifs sont en train de détruire le système financier et plus largement le concept d’épargne.

En revanche, ils n’ont toujours pas compris les causes profondes de cette crise et par extension le fait qu’il ne s’agit pas d’une simple phase mais bien de la fin d’un cycle.

Pour comprendre, il faut revenir à la base, c’est-à-dire aux modèles économiques.

Depuis plusieurs siècles, ces derniers violent allégrement les lois fondamentales de la physique, sans que personne ne s’en émeuve. L’absence de véritable formation scientifique empêche les économistes de comprendre que toute activité économique est en réalité une activité de transformation de la matière et que cette activité nécessite de l’énergie. Notre monde moderne est né de la Révolution Industrielle qui fut une révolution scientifique mais surtout une révolution de l’exploitation des énergies fossiles, charbon puis pétrole. La production économique, mesurée par le PIB, devrait donc être au premier ordre une fonction linéaire de la quantité d’énergie consommée.

Pendant plus de deux siècles, une paille à l’échelle de l’histoire économique, nous avons considéré les ressources naturelles, pétrole, charbon mais aussi le bois, l’eau, le cuivre, le sable, le zinc, le phosphate et un grand nombre d’éléments présents dans le tableau de classification de Mendeleïev comme des ressources infinies. Malheureusement, elles ne le sont pas et depuis le début de l’industrialisation, avec un seuil franchi dans les années 70, leurs stocks n’ont cessé de décroître.

Au lieu d’admettre cette réalité et d’accepter qu’à l’horizon du XXIème siècle, la croissance ne pouvait que mécaniquement décroître, les gouvernements ont préféré se lancer dans une véritable fuite en avant économique dont  les conséquences sont en train de nous rattraper. Cette fuite a pris la forme de dette, j’y reviendrai, et de l’exploitation de plus en plus coûteuse de ressources naturelles de plus en plus rares.  A titre d’exemple, l’exploitation des gisements de gaz de schiste a offert aux USA vingt ans de répit mais il s’agit d’une activité non-rentable dont la faillite est évitée par les subventions massives versées par le gouvernement américain.

Dès lors que l’on parle d’énergie, il ne faut regarder ni le volume, ni le prix, mais le taux de rendement énergétique (TRE/EROI). Le TRE, c’est la quantité d’énergie nécessaire pour extraire une quantité d’énergie. Plus le TRE est faible, plus il est coûteux d’aller chercher de l’énergie supplémentaire comme dans le cas du gaz de schiste. Même s’il existe encore des gisements de ressources, si cela vous coûte plus cher de les extraire que ce que cela vous rapporte, énergétiquement parlant, leur exploitation n’a aucun sens. Quand le TRE chute, l’économie se contracte en termes réels et la part discrétionnaire du revenu diminue.

C’est pour cela qu’en réalité, tous les débats sur la réalité de l’épuisement des ressources naturelles sont absurdes. Dans les faits, nous en subissons déjà les conséquences et l’effondrement du TRE est une des clés qui permet d’expliquer l’évolution économique à partir du premier choc pétrolier en 1973.

Si les Etats-Unis ont dû abandonner l’étalon-or le 15 août 1971, c’est à cause de la chute du TRE. Si un employé de bureau pouvait élever toute une famille sur un seul salaire et que ce n’est plus le cas aujourd’hui, c’est à cause de la chute du TRE. De la même manière, l’échec  imprévu des politiques keynésiennes dans les années 70 s’explique clairement par la chute du TRE.

La chute du TRE est une réalité physique indiscutable : l’énergie que nous extrayons de notre environnement pour faire tourner notre machine économique se raréfie en quantité ainsi qu’en qualité et par conséquent, l’économie se contracte en termes réels.

Pour essayer de contrer cette tendance, nos gouvernements ont décidé d’avoir recours à une solution : la dette, c’est-à-dire transférer la nécessité de l’ajustement sur les générations futures. Pendant plusieurs décennies, la création monétaire ex-nihilo a été utilisée pour compenser l’effondrement du TRE, maintenant l’illusion de la prospérité en Occident et accompagnant le décollage dans les pays en développement comme la Chine.  Le problème, c’est que cette ruse économique a fait long feu. Les gouvernements et les institutions financières se trouvent désormais entre le marteau et l’enclume : la création monétaire massive est en train, via les taux d’intérêts négatifs, de détruire le système bancaire et financier mais en même temps, arrêter la création monétaire ne peut que conduire à l’effondrement du système économique mondial.

Les conséquences de l’effondrement du TRE sont inévitables et le rééquilibrage du système va être brutal.

Cet effondrement ne signifie pas la fin de la civilisation ni le retour à l’âge de pierre.

Si vous gagnez 5000€ par mois mais que vous dépensez comme si vous en gagniez encore 10 000, vous n’êtes pas pauvre mais vous vivez largement au-dessus de vos moyens et c’est le décalage entre vos ressources et vos dépenses qui va entraîner votre faillite complète. Il en va de même pour nos économies. Le pire aurait pu être évité si au lieu de nous lancer dans une fuite en avant, nous avions compris les conséquences de l’épuisement des ressources naturelles et diminué année après année notre train de vie en conséquence.  

Tous nos systèmes productifs, nos infrastructures et même nos niveaux de vie sont en réalité surdimensionnés comparés à notre “budget” énergétique et les importantes inégalités générées par la mondialisation et la sécession des élites ne font qu’aggraver la situation.

Nous aurions pu :

-en finir avec le dogme de la croissance économique et démographique et stabiliser nos sociétés à des seuils soutenables

-laisser les économies et les populations occidentales vieillissantes décroître naturellement plutôt que de chercher à les faire croître de façon artificielle  via l’immigration de masse et l’endettement

-Ne pas encourager l’endettement massif des entreprises et la prise de risque excessive des investisseurs via la politique monétaire accommodante menée par les banques centrales et le FMI

-définir un niveau de confort, de services et d’infrastructures essentiels que nous devons conserver et supprimer l’accessoire, réduisant ainsi au passage le gaspillage, la bureaucratie et la dépense publique

-développer une production durable qui recycle, répare et produit localement plutôt que d’encourager la consommation, le renouvellement   et l’import/export.

-préparer véritablement la transition écologique en investissant massivement dans le nucléaire, l’habitat durable et dans les moteurs à très basse consommation

Ces ajustements se produiront inévitablement mais ils se feront dans la douleur et la précipitation plutôt que de façon méthodique et organisée.  Nous allons être les témoins de la plus grande contraction économique de l’histoire et nous sommes dans l’ensemble, économiquement, politiquement et mentalement très peu préparés pour y faire face.

C’est pour cela qu’il faut ridiculiser et traiter de charlatans tous les responsables politiques qui promettent le retour de la croissance et l’augmentation du niveau de vie, tout comme les économistes ou les “experts” qui ne comprennent rien au EROI et à son importance pour les systèmes économiques.

La croissance ne reviendra pas, notre niveau de vie va baisser et aucune solution technologique miracle ne viendra nous sauver. C’est une évidence physique thermodynamique.

L’avenir sera à la frugalité, au local et à la limite. Ca ne sera pas la fin du monde mais ça sera la fin d’un monde.  A nous de  gérer le nouveau mieux que le fut l’ancien.

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