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Des conflits religieux

Article original publié par Nassim Nicholas Taleb sur Medium en 2020 sous le titre « Religion, violence, tolérance et progrès : rien à voir avec la théologie »  

Traduit de l’anglais par Stanislas Berton

« Cette cité » [Constantinople » dit-il [Grégoire de Nysse] « est remplie de mécaniciens et d’esclaves qui sont tous de profonds théologiens et qui prêchent dans les boutiques et dans les rues. Si vous désirez qu’un homme vous change une pièce d’argent, il vous informe conséquemment que le Fils est différent du Père, si vous demandez le prix d’une miche de pain, il vous est répondu que le Fils est inférieur au Père et si vous voulez savoir si le bain est prêt, la réponse est que le Fils a été créé à partir de rien » d’après Gibbon, Histoire de la Chute et du Déclin de l’Empire Romain.

Les attitudes historiques collectives des catholiques ne découlent pas nécessairement des théologies du catholicisme ; celles des musulmans sunnites, pas nécessairement de la théologie de l’islam sunnite, il s’avère tout simplement que :

1-soit la religion crée un groupe distinct et polarisé et les gens commencent à s’imiter les uns les autres au sein de ce groupe.

2-soit les groupes trouvent de petites divergences théologiques (la plupart du temps sans véritable substance) pour se séparer des autres (par exemple l’Europe du Nord de l’Europe du Sud avec la Réforme, ou les égyptiens coptes des byzantins parlant le grec avec le monophysisme) pendant que ceux qui analysent l’histoire prennent le problème à l’envers en attribuant la différenciation entre les groupes à des divergences théologiques.

Ma thèse ici est que le récit wébérien reposant sur l’idée que les transformations religieuses (par exemple la Réforme) déterminent l’attitude et la culture ne suit pas la logique historique. Et essayer de changer la théologie et les doctrines n’a absolument aucun sens. Il faut changer les mentalités et les normes culturelles, si cela est possible.

L’alternative robuste selon laquelle les gens imitent les mœurs (contagieuses) des membres de leur groupe, définies de façon traditionnelle par la religion, est beaucoup plus logique. De façon générale, les gens préfèrent s’habiller, agir et même penser selon les critères en vigueur au sein de leur groupe, les gens avec lesquels ils s’identifient, ce que nous appelons « l’identité » au sens large. Nous verrons plus loin que les schismes et les hérésies semblent être de nature théologique mais habituellement, c’est plutôt l’inverse : des groupes inventent des différences théologiques pour se séparer, les hérésies possèdent les attributs de mouvements séparatistes ethniques ou culturels.

Weber introduisit ou popularisa l’idée que les protestants possédaient une certaine éthique de travail grâce aux valeurs transmises par leur religion. Cette idée, comme la majorité de la sociologie, a la solidité d’un marshmallow. Prenez le problème à l’envers : les protestants de l’époque avaient une certaine culture et les autres protestants étaient plus susceptibles d’adopter la culture de leurs pairs car la religion agissait comme un aimant pour ces identités. Grâce à la narration fallacieuse, il est toujours possible de trouver dans une religion des éléments qui confirment une théorie donnée. Weber et les wébériens ratèrent le fait que la Révolution Industrielle débuta de façon précoce dans le Nord de la France et la Belgique (deux régions extrêmement catholiques) tandis que le Sud catholique demeurait une région agricole et socialement conservatrice. Ainsi, chacun peut voir à l’œil nu que le facteur décisif n’a rien à voir avec les théologies. C’est tout simplement que les normes culturelles sont contagieuses au sein des identités et cela dans une très large mesure. Au passage, ces normes culturelles n’ont pas encore atteint la Méditerranée car elle a sauté la Révolution Industrielle. Pour n’importe quel statisticien, « l’éthique protestante » est un marqueur Nord-Sud et non Protestant-Catholique.

Contrairement aux autres réseaux et croyances païennes, les trois religions abrahamiques sont mutuellement exclusives, du fait de la règle minoritaire, même si elles sont rétroactivement compatibles (l’islam accepte théologiquement le christianisme et le judaïsme mais l’inverse n’est pas possible, le christianisme intègre de façon pleine et entière l’Ancien Testament).  Vous pouvez adorer à la fois Jupiter et Baal, tout comme vous pouvez avoir de la cuisine franco-japonaise mais vous devez être soit chrétien, soit musulman. La différenciation et la perte du syncrétisme qui a débuté dans le judaïsme lors de la période rabbinique s’est accélérée à l’époque moderne : au Maroc, les juifs et les musulmans avaient des sanctuaires en commun ; à un moment, ce fut la même chose pour les chiites et les maronites au Liban. L’absence de médias et de télévision permit aux coutumes locales d’ignorer des édits religieux lointains. Au 6ème siècle, à Doura Europos, la même salle faisait office de synagogue, de temple païen et d’église. Et au Liban, pendant longtemps, la différence se trouvait entre Qaysites and Yamanites (habitants du Nord et du Sud), une distinction sans doute héritée des Verts et des Bleus Byzantins et qui coupait au travers des appartenances confessionnelles (les Druzes Qaysites combattirent sans pitié les Yamanites et la plus grande bataille,  Ayn Dara, conduisit à la relocation des Druze Yamanites sur le plateau du Golan).

Amine Maalouf, un autre chrétien libanais, comprit le problème de façon intuitive et vit la contradiction dans les récits historiques. Comment se fait-il que l’islam est actuellement la religion associée à l’intolérance alors que ce fut le rôle traditionnellement joué par l’Église catholique ? Il suffit de regarder les preuves manifestes : on trouve beaucoup plus de minorités chrétiennes en terre d’islam que le contraire. Ce sont des groupes catholiques qui ont mené la croisade contre les albigeois, l’Inquisition, la Saint Barthélemy et tant d’autres. Le catholicisme n’a pas changé, ce qui a changé ce sont  les gens et leur culture. A ce que je sache, les textes sacrés n’ont pas été modifiés : ils étaient les mêmes durant l’Inquisition, avant l’Inquisition et maintenant.

Et bien sûr, l’attitude de l’islam sunnite envers le christianisme a changé avec le temps : une poussée d’intolérance depuis la fin du 18ème siècle comme en témoigne la chute continue du nombre de Chrétiens au Levant.

Comparer les théologies n’a pas plus de sens à moins d’avoir subi un lavage de cerveau par des textes de sociologie et d’être devenu incapable de penser avec un minimum de clarté. Les Puritains (Protestants) qui habitaient la Nouvelle-Angleterre et les Salafis de l’Arabie Saoudite et du Golfe Persique ont des théologies pratiquement identiques, fondées sur un communautarisme partagé (refus d’une autorité centrale), l’iconoclasme (absence de représentation, de saints ou de toute esthétique élaborée), absence d’une « église » organisée et une pratique très rigoriste de la religion. Et n’oubliez pas qu’ils vénèrent exactement le même Dieu.

Cette histoire d’identité-mentalité est responsable de bien d’autres choses. Les attentats suicides à la bombe dans l’est méditerranéen et au Moyen-Orient n’étaient pas à l’origine le fait des musulmans salafistes ; c’est dans la dernière partie du 20ème siècle que la pratique (réintroduite près de deux millénaires après les sicaires) commença à se répandre avec les disciples grecs-orthodoxes pan-levantins d’Antun Saadesh. Rien à voir avec les vierges que l’on retrouve au paradis, le genre d’explication ex-post que l’on entend aujourd’hui.

Par conséquent, en matière de développement économique, le groupe auquel vous vous identifiez a son importance. Vous adoptez leur appétit pour des tâches ennuyeuses et répétitives, vous vous concentrez sur la croissance industrielle et le travail dans des organisations hiérarchiques, l’extraction de l’individu de sa famille, la capacité à faire la queue pendant des heures sans tabasser quelqu’un, des vertus (ou des défauts) qui permirent à l’Occident de faire sa Révolution Industrielle.

Début 1900, les sunnites du Levant s’identifiaient à la classe supérieure de l’empire Ottoman et par conséquent, les ottomans s’occidentalisant, ils s’occidentalisèrent tout autant mais à la façon est-méditerranéenne /Europe de l’est : la classe bourgeoise ottomane chercha davantage, d’un point de vue identitaire, à ressembler aux chrétiens bulgares ou grecs qu’aux allemands ou aux autres européens du Nord. Plus tard, les Sunnites libanais, après que la Turquie soit devenue la Turquie, s’identifièrent avec le Moyen-Orient du fait du mouvement appelé « Arabisme » et changèrent leurs mentalités ainsi que leurs habitudes. Aujourd’hui, les chiites libanais s’identifient de plus en plus avec les iraniens (le peuple, pas le régime) et adoptent un comportement social similaire à celui des iraniens avec un intérêt pour l’étude, l’industrie etc…, qui, ironiquement, malgré le régime théocratique sous lequel ils vivent, est bien plus occidental. Amine Maalouf détecta (comme me l’expliqua le généticien Pierre Zalloua) que les chrétiens du Liban s’identifiaient avec l’Occident et que la différence entre eux et les musulmans ne faisait que s’accroître. Les religions, elles, demeurèrent identiques.

Votre façon de penser change avec votre identité et cela inclut votre approche de la résolution de problème. Même des choses comme le test de QI (qui mesure pour l’essentiel la capacité à obtenir de bons résultats sur ce test en particulier) a conduit à une altération de la hiérarchie des résultats au fur et à mesure que les populations commençaient à s’identifier à des groupes différents de leur groupe d’origine: l’Union Européenne a conduit les résultats des irlandais et des slaves du Sud à converger vers la moyenne.

Dans « Jouer sa peau », j’ai expliqué que les règles diététiques agissent comme des barrières sociales : ceux qui mangent ensemble s’associent. Les strictes règles diététiques juives ont permis de créer des diasporas séparées ce qui en retour rendit possible la survie et évita la dissolution sociale. Maintenant considérez le point suivant : il n’y a rien de particulièrement strict dans le texte sacré de l’islam contre le fait de boire de l’alcool, juste une vague recommandation d’éviter d’être ivre lorsque l’on fait face au Créateur. Mais cela était logique du point de vue des habitudes sociales d’interpréter une telle loi comme un interdit strict afin d’éviter de socialiser avec les Chrétiens et les Zoroastriens quand Bagdad était la capitale du Califat et les que les Arabes étaient en minorité. La mentalité trouva un appui théologique et non le contraire.

Pour finir, nous avons tendance à attribuer les conflits à la religion plutôt qu’à des cultures qui veulent vivre entre elles et séparées les unes des autres. Les « érudits » continuent de débattre des différences théologiques qui séparent les maronites, les nestoriens et les coptes des chalcédoniens orthodoxes gréco-byzantins. Peu comprennent que ces hérésies étaient liées à la haine des gréco-romain des gens de la campagne qui ne partageaient pas l’hellénisme des habitants des villes, ici encore,  pour un statisticien, le marqueur est linguistique : araméen/syriaque ou copte d’un côté, grec de l’autre (ou Rum urbain méditerranéen versus les paysans de l’intérieur ou des montagnes parlant une langue sémitique). Il suffit de trouver un désaccord théologique que peu de non-initiés peuvent comprendre et les foules trouveront un moyen de se séparer selon une ligne de fracture hautement polarisée (considérons l’absurdité de la querelle du filioque ou cette grande séparation entre ὁμοιούσιος et ὁμοούσιος qui divise les identités orientales et occidentales). Même chose avec la fracture irlando-anglaise. Et la séparation entre chiites et sunnites concerne moins la succession du calife que le fait que certains groupes ne voulaient pas faire partie de la Sunna au sens large. Pour mémoire, il y a encore cinquante ans les chiites possédaient la taquiya, une forme de dissimulation gnostique comme les Alévis, les Alawites et les Druzes et l’exotérique doit nécessairement être différent de l’ésotérique afin que personne en vie ne soit en mesure de comprendre quoi que ce soit à la véritable nature du conflit.

Notes

En réponse à cet article, Amin Maalouf m’a écrit pour me dire la chose suivante à partir d’un extrait de son livre Le dérèglement du monde:

« Ma conviction profonde, c’est que l’on accorde trop de poids à l’influence des religions sur les peuples, et pas assez à l’influence des peuples sur les religions. A partir du moment où, au IVe siècle, l’Empire romain s’est christianisé, le christianisme s’est romanisé — abondamment. C’est d’abord cette circonstance historique qui explique l’émergence d’une papauté souveraine. Dans une perspective plus ample, si le christianisme a contribué à faire de l’Europe ce qu’elle est devenue, l’Europe a également contribué à faire du christianisme ce qu’il est devenu. Les deux piliers de la civilisation occidentale que sont le droit romain et la démocratie athénienne sont tous deux antérieurs au christianisme.

On pourrait faire des observations similaires concernant l’islam, et aussi à propos des doctrines non religieuses. Si le communisme a influencé l’histoire de la Russie ou de la Chine, ces deux pays ont également déterminé l’histoire du communisme, dont le destin aurait été fort différent s’il avait triomphé plutôt en Allemagne ou en Angleterre. Les textes fondateurs, qu’ils soient sacrés ou profanes, se prêtent aux lectures les plus contradictoires. On a pu sourire en entendant Deng Xiaoping affirmer que les privatisations étaient dans la droite ligne de la pensée de Marx, et que les succès de sa réforme économique démontraient la supériorité du socialisme sur le capitalisme. Cette interprétation n’est pas plus risible qu’une autre ; elle est même certainement plus conforme aux rêves de l’auteur du Capital que les délires d’un Staline, d’un Kim Il Sung, d’un Pol Pot, ou d’un Mao Zedong.

Nul ne peut nier, en tout cas, au vu de l’expérience chinoise qui se déroule devant nos yeux, que l’un des succès les plus étonnants dans l’histoire mondiale du capitalisme se sera produit sous l’égide d’un parti communiste. N’est-ce pas là une puissante illustration de la malléabilité des doctrines, et de l’infinie capacité des hommes à les interpréter comme bon leur semble ?

Pour en revenir au monde musulman, si l’on cherche à comprendre le comportement politique de ceux qui s’y réclament de la religion, et si l’on souhaite le modifier, ce n’est pas en fouillant dans les textes sacrés qu’on pourra identifier le problème, et ce n’est pas non plus dans ces textes qu’on pourra trouver la solution. »

Pour aller plus loin:

De la Religion

De La Rationalité

De la gnose

« Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » Éphésiens 2:8

Dans son encyclique « Humanum Genus » (1884), le pape Léon XIII écrivait que le genre humain « s’est partagé en deux camps ennemis, lesquels ne cessent pas de combattre, l’un pour la vérité et la vertu, l’autre pour tout ce qui est contraire à la vertu et à la vérité. » Dans cette encyclique, le pape Léon dénonçait tout particulièrement la franc-maçonnerie mais son propos peut s’étendre à la gnose dans son ensemble dont la franc-maçonnerie ne constitue que l’une des formes d’expression.

La gnose est traditionnellement définie comme une doctrine philosophico-religieuse selon laquelle une connaissance directe de vérités cachées concernant l’humanité, le monde et la divinité serait accessible par un enseignement ou une révélation, le plus souvent ésotériques, et un parcours, le plus souvent initiatique.

Dès les premiers temps du christianisme, des apôtres comme saint Paul et des Pères de l’Église comme Irénée de Lyon ont combattu cette gnose, en particulier la gnose dualiste qui postule l’existence d’un Dieu du Bien et d’un Dieu du Mal, et qui considère le corps et la vie terrestre comme des prisons dont l’homme doit se libérer pour pouvoir être sauvé. Les théologiens des premiers temps de l’Église ont également combattu la gnose « chrétienne » qui affirme que tout homme est capable de percevoir Dieu en lui, de recevoir sa lumière et d’obtenir la vie éternelle.

S’il est nécessaire de dénoncer à nouveau la gnose, c’est parce que cette dernière a fait son grand retour en Occident sous la forme de la franc-maçonnerie, qui promet à ses adeptes de découvrir des secrets et des mystères qui demeurent cachés aux « profanes », mais aussi sous celle du « New-Age » qui ne fait que reprendre, sous des formes plus actuelles, les anciennes hérésies des gnoses chrétiennes et dualistes.

En France, Étienne Couvert a consacré une œuvre colossale à l’étude cette gnose qui depuis des millénaires cherche à détourner les hommes de la parole de Dieu et de l’enseignement de l’Église.

Selon Étienne Couvert :

« La gnose est née en milieu judéo-chrétien, elle s’est nourrie d’une pensée spécifiquement juive, empruntée à tout un bagage littéraire tiré de l’Ancien Testament,, même si elle a pris son vocabulaire au grec et des formules d’apparence philosophique à l’Égypte et à l’Iran. […] La gnose n’est pas une philosophie : elle ne prétend pas démontrer à l’aide de la raison des vérités universelles accessibles à tous les hommes de réflexion. […] La gnose est une secte d’initiés, prétendant avoir reçu une révélation plus parfaite que celle de Jésus, réservée à des esprits d’élite qui vont être détournés de l’enseignement ordinaire de l’Église. »

Dès les premiers temps de l’Église, les gnostiques vont infiltrer les premières communautés chrétiennes où ils vont induire les fidèles en erreur, « en énonçant la foi commune par des formules équivoques » (Tertullien). Dès l’origine, l’identification des gnostiques est rendue difficile par le fait qu’ils ne signent pas leurs écrits et qu’ils poussent la tromperie jusqu’à s’attribuer des auteurs de l’Antiquité, récupérer tous les « grands initiés » du paganisme comme Orphée, Pythagore, Hermès, Zoroastre, ou de se donner de faux noms de saints via la diffusion d’écrits tels que « Le Livre secret de Jean », « la Sophia de Jésus », ou encore « l’Évangile de Thomas ». Ce dernier cas est représentatif de la grande subtilité de la manipulation des gnostiques. En effet, « l’évangile de Thomas » contient au trois quart des paroles de Jésus similaires aux Évangiles canoniques mais se distingue par un certain nombre de formules équivoques telles que « Connaissez-vous vous-même et ce qui est caché vous sera révélé », « Le royaume est au-dedans de vous. » ou encore « Lorsque vous ferez que les deux soient un, vous deviendrez fils de l’Homme »…

Dans « De la gnose à l’œcuménisme », Étienne Couvert a détaillé les principales croyances des gnostiques :

1) Le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas le vrai Dieu, c’est une divinité inférieure avec au-dessus de Lui un être suprême qui est le principe unique de tout

Les gnostiques vont donc totalement inverser le récit de la Genèse en faisant de Yahvé, le Dieu Créateur, un dieu mauvais, le Démiurge, source de tous nos maux.

2) La matière, en soi, s’oppose à Dieu

Selon les gnostiques, la matière une création du démiurge qui s’oppose à la perfection de la puissance divine. Ainsi, la chute ne provient plus du péché d’Adam mais de celle du « mauvais dieu », Yahvé

3) Dieu se se déploie et se révèle graduellement par des puissances célestes et par des êtres divins

Selon cette doctrine de l’émanation, le monde serait un dieu-être-suprême en perpétuelle croissance. Tous les êtres engendrés par Dieu ne seraient que des parcelles de lui-même. Le travail des « grands initiés » sera alors de rappeler aux hommes qu’ils sont « prisonniers de la matière ».

Cette conception, purement moniste, s’oppose totalement au dualisme chrétien qui distingue un Créateur du monde créé. Notons au passage que cette conception gnostique d’un être divin en perpétuelle expansion correspond étrangement à la conception « scientifique » actuelle de l’univers…

4) La matière contient des étincelles divines et ces étincelles vont sortir de leur prison matérielle grâce au Christ par le biais de rituels magiques

Selon les gnostiques, le Christ est le plus grand des initiés. C’est lui qui va apprendre aux hommes à découvrir leur propre divinité. Dans cette conception, nul besoin de tendre vers la sainteté pour ressembler le plus possible à Dieu puisque nous le sommes déjà ! Ce n’est pas la grâce qui va nous sauver mais le fait de redécouvrir, par la connaissance, cette divinité intérieure. Cette croyance permet de mieux comprendre pourquoi le Christ nous dit que ce ne sont pas tous ceux qui disent « Seigneur, Seigneur » qui rentreront dans le Royaume des Cieux (Matthieu 7:21). Car de quel Christ parlent les gnostiques « chrétiens » ? Du Christ « grand initié » ou du Christ, fils du Père et tête de Son corps mystique qui est l’Église ?

5) L’action du Christ fut réelle mais son humanité n’est qu’une apparence : la passion et la résurrection ne sont que des symboles

Le Christ étant pour les gnostiques un envoyé divin, il n’a pas pu subir la dégradation d’un corps matériel. De même, il n’avait pas à mourir pour racheter le péché des hommes car le seul péché est celui de Yahvé, le « dieu mauvais ». De même, le Christ n’est pas venu pour montrer le chemin qui conduit à la sainteté mais pour révéler aux hommes qu’ils étaient Dieu depuis toujours !

6) L’âme humaine est une part du divin enchaîné dans la matière. Elle reste pure et n’est pas responsable des péchés commis par la chair

Pour les gnostiques, le corps est une prison et le chair ne peut produire que des actes mauvais. Ils vont donc décomposer l’homme en trois parties : le corps matériel , le soma ; un principe d’animation purement physiologique, la psyché, et l’âme spirituelle d’essence divine, le pneuma. Cette division ternaire va se retrouver dans l’occultisme et a pour conséquence d’ôter à l’homme la responsabilité de ses actes ! Comme le souligne Étienne Couvert, ne retrouve-t’on pas là tout le protestantisme de Luther qui affirme que l’homme est incapable de réaliser des actes bons, que les œuvres sont inutiles et que l’on est sauvé que par la foi ?

7) Les lois écrites et les lois naturelles ont été conçues par des dieux inférieurs et non par le vrai dieu

Les gnostiques refusent toute loi car l’être divin est lui-même sa propre fin. Selon eux, la loi naturelles est, une fois de plus, la création arbitraire et malveillante de ce  « mauvais dieu » que serait Yahvé. Inutile d’insister sur les dérives auxquelles ce mode de pensée peut rapidement conduire…

8) L’adoration du serpent

Les gnostiques adorent le serpent car selon eux, il a transmis à l’homme et à la femme la complète connaissance des mystères d’en-haut. Cette célébration du serpent constitue une fois encore une inversion du récit de la Genèse qui montre le serpent comme le tentateur entraînant la Chute d’Adam et Eve. A noter que cette figure du serpent, détenteur d’un savoir caché et « libérateur » de l’homme, peut se retrouver dans d’autres mythes comme celui de Prométhée.

Comme nous venons de le voir, sous des apparences chrétiennes, la gnose va totalement subvertir la métaphysique et la révélation chrétienne dont elle constitue une sorte de reflet inversé. Une réfutation de la gnose dépasserait le cadre de cet article aussi nous allons nous limiter à montrer en quelques points les principales erreurs et incohérences de la pensée gnostique.

D’abord, comme n’ont pas manqué de le souligner les pères de l’Église, la position des gnostiques concernant la matière est aussi absurde qu’ incohérente. Les gnostiques placent en effet la matière et la création hors de Dieu. Or, Dieu ne peut exister qu’à la condition d’être infini et tout puissant. Si le monde a été formé par des anges ou par un mauvais démiurge, soit ces derniers ont agi contre la volonté du Dieu suprême, soit d’après son commandement. Dans le premier cas, cela signifie que Dieu est impuissant ; dans le second, cela renvoie à la notion de chrétienne d’anges simples instruments de la volonté divine. Pour résoudre ce problème, les gnostiques vont inventer un dieu vide de tout pouvoir, le Plérôme, grand Tout indicible, inconnaissable, inconscient et non personnel. La création du monde matériel ne serait qu’une catastrophe maladroite d’une divinité inférieur, en l’occurrence Yahvé, qui aurait voulu manifester son indépendance. On voit ici sans trop de difficultés toute l’absurdité de la chose.

Ensuite, l’autre incohérence doctrine chez les gnostiques concerne le problème du mal. Selon eux, notre âme, notre « pneuma » serait pure car étincelle divine. Mais dans ce cas pourquoi le créateur a t’il voulu cette chute des âme dans la matière ? Les explications données par les gnostiques, nous dit Étienne Couvert, sont bien hésitantes : « maladresse, accident, catastrophe…et ne peuvent donc satisfaire un esprit quelque peu cohérent. »

Pour finir, les gnostiques affirment posséder la clé du salut. Dans ce cas, pourquoi un tel secret ? Pourquoi ne pas partager une connaissance aussi importante avec l’humanité entière ? Pourquoi la garder pour eux ? Le christianisme et l’Église sont convaincus de détenir la bonne nouvelle, l’Évangile, et en font leur devoir de le diffuser à la terre entière. Cette contradiction gnostique n’a pas échappé à l’humoriste Dieudonné qui la brocarde dans son célèbre sketch consacré à la franc-maçonnerie.

« La franc-maçonnerie est une association qui encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l’humanité. Formidable ! On touche à rien ! Mais dans ce cas, pourquoi cela doit-il rester secret ? »

La vraie raison de ce secret ne tient-elle pas plutôt dans le fait que les adeptes savent que leur doctrine serait rejetée par la plupart des hommes si elle présentait ouvertement son vrai visage ? De nombreux adeptes de la franc-maçonnerie ne se détournent-ils pas de cette secte quand ils découvrent que le « Grand Architecte de l’Univers » n’est nul autre que Lucifer ? Ne la quittent-ils pas quand ils découvrent la teneur de certains rituels nécessaires pour atteindre les grades supérieurs ? Y seraient-ils entrés s’ils l’avaient su dès le départ ?

Historiquement, la franc-maçonnerie a permis à la gnose de sortir des petits cercles d’initiés pour devenir un « parti de masse », la « congrégation militante de la gnose » pour reprendre l’excellente expression d’Étienne Couvert.

Dans « Morale et dogmes », le grand maître franc-maçon Albert Pike écrit :

« La franc-maçonnerie enseigne et a conservé dans toute sa pureté les principes fondamentaux de la vieille foi primitive qui sont les bases sur lesquelles s’appuie toute religion. » Dieu nous dit Albert Pike, est «  l’âme vivante, pensante, intelligente de l’Univers, le Permanent, l’Immuable de Simon le Magicien,, l’Un qui est de Platon etc. » Un peu plus loin, il ajoute : « Tandis que l’Indien nous dit que Parabrahama, Brahm et Paratma composaient la première Trinité, que l’Egyptien adore Amon-Ra, Neith et Phta (Thot ou Hermès) et que le pieux chrétien croit que le Verbe habita dans le corps mortel de Jésus le Nazaréen…la maçonnerie inculque sa vieille doctrine et rien de plus. »

Cette « vieille doctrine » n’est rien d’autre que la gnose et alors que celle-ci a la prétention de surplomber les autres croyances et de les englober, elle est en réalité marquée par son incohérence, ses dérives et son opposition frontale à la révélation et à la métaphysiques chrétiennes.

Si ces questions peuvent sembler abstraites à certains de nos lecteurs, soulignons que les idées et les croyances ont des conséquences dans leur monde réel par l’influence qu’elles exercent sur les psychologies individuelles et collectives.

L’idée que la matière est mauvaise conduisit par exemple la secte gnostique des cathares à condamner la sexualité reproductive car il n’était pas question de piéger de nouvelles pauvres âmes dans la matière. De la même manière, si la chair est mauvaise, si l’homme n’est pas responsable du péché et s’il contient en lui une « étincelle divine », ce qui le libère de tout respect de la loi naturelle, cela n’ouvre t’il pas la porte à toutes les dérives ? Le célèbre occultiste et pédocriminel Aleister Crowley avait fait sienne la devise de l’abbaye de Thélème de l’initié Rabelais : « Que fais ce que tu voudras soit toute la loi ».

Selon la même logique, la conviction de posséder des secrets inaccessibles au commun des mortels, voire de faire partie des « grands initiés » possédant en eux une parcelle de divinité, ne fait-elle pas courir le risque de développer une pensée suprémaciste accompagnée d’un mépris, voir d’un racisme pour les ignorants et les « profanes » ? Enfin, comme l’ont montré Sylvain Durain et Alain Pascal, à la suite de l’anthropologue René Girard, le monisme de la gnose, sa confusion de l’être de Dieu avec celui du monde, ne vient-il pas justifier les sacrifices rituels sanglants permettant de féconder une Nature représentant le corps de Dieu ?

Si la gnose est une inversion du christianisme et que son enseignement vise à saper tous les principaux points de la doctrine chrétienne, à commencer par le dualisme métaphysique, et l’existence du péché originel, n’est-il pas logique de conclure que cette doctrine vient du diable ? Dans l’épître de Jean, l’apôtre nous dit « qui est menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ? Celui-là est l’antéchrist, qui nie le Père et le Fils. » ( 1 Jean 2:22). Or, les gnostiques, en considérant « Yahvé/Dieu le Père » comme le « mauvais démiurge », ne rejettent-ils pas le Père et le Fils ? La Gnose ne serait-elle pas l’instrument de choix de ces faux Christ et de ces faux prophètes qui, nous dit l’Évangile, séduiront « mêmes les élus » ? (Matthieu 24:24) ?

Dès lors, il faut s’inquiéter de la diffusion de la pensée gnostique, sous couvert de « spiritualités New-Age », au sein des populations occidentales déchristianisées dont beaucoup d’adeptes ne font que reprendre à leur compte des hérésies gnostiques vieilles de plus de 2000 ans et réfutées de longue date par l’Église. Plus inquiétant encore est l’omniprésence de ce fond gnostique au sein d’une partie du clergé catholique et parmi certaines membres de la « résistance » au mondialisme. Comme nous l’écrivions dans le Volume IV de nos Essais, comment peut-on sérieusement combattre un ennemi dont on partage en réalité les croyances religieuses ainsi que toute la métaphysique ?

Pour éviter d’être détournés de la voie étroite qui mène au salut, fions-nous plutôt à l’enseignement des Pères de l’Église et rappelons que ce n’est ni l’intelligence, ni la connaissance qui sauvent mais bien la foi :

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. »

Pour aller plus loin :

Étienne Couvert, De la Gnose à l’œcuménisme

Étienne Couvert, la Gnose contre la foi

Alain Pascal, La trahison des Initiés

Alain Pascal, Les sources occultes de la philosophie moderne

De l’imposture guénonienne

Du christianisme

Extraits de l’article de Nassim Nicholas Taleb publié le 25 août 2022 sur Medium sous le titre « On Christianity ». Ce texte est une préface pour l’édition anglophone du livre de Tom Holland « Dominion –how the christian revolution remade the world » publié en français sous le titre « Les Chrétiens – comment ils ont changé le monde »

Traduit de l’anglais par Stanislas Berton

Tom Holland a un avantage sur les autres auteurs et intellectuels : il possède cette combinaison rare d’une grande érudition et d’une remarquable clarté d’esprit, deux attributs qui semblent négativement corrélés, comme si la présence de l’un entraînait immédiatement la fuite de l’autre. Cela lui permet de détecter des choses que les autres professionnels ne remarquent pas immédiatement ou n’osent pas affirmer en public. Les historiens universitaires, soucieux de leur réputation ou de l’opinion de leurs pairs, craignent de s’éloigner ne serait-ce que d’un centimètre de l’opinion majoritaire, même s’ils savent qu’ils ont raison, ce qui donne un avantage déloyal à certaines personnes. Et ces éclairages, en dépit du fait qu’ils soient difficiles à détecter et à communiquer, apparaissent comme évidents, triviaux même, après coup. C’est ainsi qu’Holland peut être en avance sur son temps sans trop d’efforts : il y a dix ans, pour son livre sur les conditions entourant la genèse de l’Islam, il fut violemment attaqué par le grand prêtre de l’antiquité tardive, le très décoré Glenn Bowersock. Cinq ans plus tard, Bowersock publiait un livre reprenant les affirmations d’Holland.

Tout ce livre [NdT : Chrétiens – comment ils ont changé le monde] repose sur une thèse simple mais aux ramifications importantes. Par le biais d’un mécanisme appelé la distorsion rétrospective, nous regardons l’Histoire dans le rétroviseur et plaquons nos valeurs sur celle-ci de façon rétroactive. Ainsi, nous pourrions être enclins à penser que nos ancêtres, et les gréco-romains en particulier, étaient comme nous, qu’ils partageaient la même sagesse, les mêmes préférences, valeurs, préoccupations, peurs, espoirs et perspectives et tout cela sans l’IPhone, Twitter et le siège de toilette automatisé japonais. En réalité, nous dit Holland, non, non, pas du tout. Nos ancêtres n’avaient pas du tout les mêmes valeurs. En réalité, le christianisme a complètement chamboulé tout l’ancien système de valeurs.

Les gréco-romains méprisaient les faibles, les pauvres, les malades et les handicapés ; le christianisme glorifiait les vulnérables, les humbles et les intouchables et cela jusqu’au sommet de la pyramide sociale. Les anciens dieux pouvaient traverser des épreuves et connaître des difficultés mais ils continuaient d’appartenir au « club » des dieux. Jésus, lui, fut la première divinité ancienne qui connut le châtiment réservé à l’esclave, l’être occupant le rang le plus bas de toute l’espèce humaine. Et le culte qui lui succéda généralisa cette glorification de la souffrance : mourir en inférieur était plus important que de vivre en supérieur. Les Romains étaient sidérés de voir les membres de ce culte utiliser la croix, le châtiment réservé aux esclaves, comme symbole. À leurs yeux, cela devait ressembler à une sorte de blague.

Il est évident que les païens n’étaient pas totalement sans-cœur, il existe des preuves de cités païennes d’Asie Mineure venant en aide à d’autres communautés après une catastrophe mais ce sont des occurrences suffisamment rares pour justifier la règle.

Cette nouvelle religion intégrait également la notion de « jouer sa peau. ». Le christianisme, en insistant sur la Trinité, fit en sorte que Dieu souffre comme un être humain et qu’Il connaisse les pires souffrances qu’un être humain puisse connaître. Grâce à la relation consubstantielle compliquée entre le Père et le Fils, la souffrance n’était pas une simulation informatique pour le Seigneur mais une chose on ne peut plus réelle. L’argument selon lequel « je suis supérieur à vous parce que je subis les conséquences de mes actions et vous, non » s’applique aux humains et, dans ce cas précis, à la relation entre les humains et Dieu. Dans la théologie orthodoxe, cette conception se trouve prolongée par l’idée que Dieu, ayant souffert comme un humain, permet aux humains d’être plus proche de Lui et, potentiellement, de ne faire qu’un avec Lui via la Théosis [NdT : doctrine enseignée par la théologie orthodoxe et catholique orientale qui appelle l’Homme à chercher le salut par l’union avec Dieu].

Irréversibilité

Une fois installé, le christianisme se révéla impossible à déloger et l’état d’esprit nazaréen ainsi que sa structure influença ses adversaires, ses hérésies et tout ce qui tenta de le remplacer, en commençant par l’empereur Julien, et en terminant par les versions les plus récentes de l’humanisme laïque.

Le christianisme fut ainsi légitimé quand Julien l’Apostat, succombant à la distorsion rétrospective, décida de remplacer l’Église du Christ par l’Église des païens avec une organisation similaire incluant des évêques et tout le reste (ce que Chateaubriand appela « les Lévites »). Julien n’avait pas compris que le paganisme était une soupe d’affiliations décentralisées et superposées, individuelles ou collectives, aux dieux.

Ce qui est moins évident, c’est alors que nous avons tendance à penser que le christianisme descend du judaïsme, l’inverse pourrait être vrai. Même la relation mère-fille entre le judaïsme et le christianisme a été récemment remise en question d’une façon convaincante. « S’il n’y avait pas eu de Paul, il n’y aurait pas eu de rabbin Akiva » affirme le théologien Israël Yuval car nous pouvons détecter dans le judaïsme rabbinique la trace manifeste de l’influence chrétienne.

Un peu plus à l’est, l’Islam chiite partage de nombreuses caractéristiques avec le christianisme, par exemple la même approche dodécaédrique, avec douze apôtres, dont le dernier sera associé à Jésus Christ, plus des rituels d’auto-flagellation centrés sur la commémoration si familière des martyrs. Il est possible d’attribuer une origine levantine partagée à ces éléments mais l’influence chrétienne est largement acceptée par les savants islamiques étant donné que l’Islam est rétro-compatible. Dans tous les cas, il est clair que le poste récent de Guide Suprême a été très largement inspiré par la hiérarchie catholique.

Progression

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Le corollaire de la thèse d’Holland est que de nombreuses idées que nous attribuons au progrès social, y compris la laïcité etc…, descendent en ligne directe du christianisme, principalement de sa branche occidentale. Cela inclut, comme nous le verrons, l’athéisme. Mais le christianisme a été lent à faire passer ses valeurs des textes à la mise en pratique et il se peut qu’il s’agisse de l’argument central du livre. Certes, le christianisme glorifie les pauvres mais il fallut dix-sept siècles pour passer du « trou de l’aiguille » chez Matthieu 19:24 à la conception d’un communisme organisé et des divers théories sur la justice sociale [NdT : Sur ce point, il existe une spécificité française bien plus ancienne. A ce sujet, lire  « Économie médiévale et société féodale »  et « Corporations et corporatisme » de Guillaume Travers]. De la même manière, il fallut malheureusement plus d’un millénaire pour passer du « ni esclave, ni homme libre » de l’épître aux Galates 3:28 à sa mise en application.

[NdT : Là encore, la France se distingue car dès 1315, une ordonnance du roi Louis X le Hutin proclame : « Nous, considérant que notre royaume est dit et nommé le royaume des Francs ; et voulant que la chose soit accordante au nom, avons ordonné que toute servitude soit ramenée à la franchise. ». À travers l’Histoire, ce principe fut souvent résumé par la maxime : « La terre de France affranchit ».]

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Les débats

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On entend souvent l’argument selon lequel les chrétiens auraient détruit la production intellectuelle de la période classique tandis que les Arabes en auraient préservé une partie, une affirmation qui peut induire en erreur ceux qui lisent trop de Gibbon et pas assez d’autres sources. Holland a eu raison de remettre en question ce mythe probablement fondé sur des anecdotes réelles mais non représentatives : ces conservateurs « arabes » étaient quasiment tous des chrétiens Syrio-mésopotamiens parlant le syriaque travaillant principalement à partir de la Beit al Hikma, la Maison de la Sagesse, de Bagdad (comme par exemple Ishac ben Honein et Honein ben Ishac) qui réalisèrent des traductions à partir du grec mais aussi à partir de sources araméennes. Ceux qui n’étaient pas chrétiens étaient de récents convertis. Même s’il s’est beaucoup trompé sur les questions de race et d’ethnie, Ernest Renan avait raison d’affirmer que la majeure partie de l’âge d’or arabe était gréco-sassanide. La partie « gréco » était chrétienne.

La laïcité

“La religion” n’a pas la même signification pour les différentes croyances. Le christianisme est le moyen qui a été utilisé pour séparer l’Église de l’État, une autre erreur de calcul faite par Julien et bien d’autres. Gardez en tête le fait que dans les langues sémitiques, le mot din signifie « loi » ce qui en arabe est traduit par « religion » : la plus ancienne comme la plus jeune des religions abrahamiques n’étaient que des lois (l’une locale ; l’autre, universelle). Mais en chrétien araméen, c’est le mot nomous du grec nomos qui fait référence à loi, séparée de la religion. Car Jésus a séparé les deux domaines en disant « rendez à César ce qui est à César » ; un travail complémentaire fut réalisé par la suite par Saint Augustin afin de formaliser la façon de traiter avec le temporel, le spirituel, l’au-delà etc…Cela conduisit à une séparation naturelle entre l’Église et l’État.

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Croyance

Dans son livre, « les Grecs ont–ils cru en leurs mythes ? », le spécialiste de l’Antiquité Paul Veyne, explique qu’en lisant Madame Bovary, il croit à l’histoire et au personnage. Ceci peut expliquer comment Plutarque pouvait se moquer des « superstitions » païennes et terminer sa vie en tant que pieux prêtre de Delphes.

En réalité, la notion de croyance épistémique est totalement moderne et utiliser le mètre-étalon de « la Véritable Croyance Justifiée » n’est pas sans problème. [NdT : Le modèle JTB (Justified True Belief) s’applique lorsqu’une croyance est 1) justifiée par la preuve et cohérente au niveau des données, de la logique et du langage 2) vraie car elle correspond au monde réel 3) effective car nous agissons dans le respect de notre conviction]. En grec, le terme pisteuo signifie « confiance » traduit par credere en latin (lié au terme « crédit » dans le sens d’une transaction commerciale) et même en anglais, « croire » ne signifiait pas à l’origine « croire » mais plutôt quelque chose proche « d’aimer » ou de « chérir ». Dans toutes les langues sémites, amen (Haymen) signifie fidélité et confiance.

Le débat post-Lumières sur la croyance ou non en Dieu est censé être scientifique. Ce n’est pas le cas. C’est plutôt un truc pour les gens qui écrivent sur la science comme R. Dawkins, S. Pinker et tout ce groupe. On demanda un jour au grand mathématicien Robert (maintenant Israël) Aumann, qui travaille au Centre sur la rationalité de l’Université hébraïque de Jérusalem comment il pouvait être à la fois un scientifique rationnel et un juif orthodoxe très pieux et sa réponse fut : « C’est orthogonal ». N.T Wright, le théologien et historien, essaie habituellement d’expliquer que c’est « la mauvaise question. » mais je vais aller au-delà. C’est une question mal formulée.

La notion de croyance scientifique hors du domaine de la science n’est même pas scientifique. Par le biais d’un mécanisme appelé la « révélation des préférences », la prise de décision rationnelle s’intéresse à ce que vous faites et non à ce que vous « croyez ». Le processus par lequel ses croyances sont formulées à l’intérieur de votre crâne ne concerne pas la science. Nous sommes guidés à travers l’existence par des distorsions visuelles et cela serait techniquement irrationnel de chercher à les modifier. [NdT : cette idée capitale  est développée dans l’article de Taleb : «How to be rational about rationality » ]

Dans l’empirisme aux mauvais endroits

[…]

L’ironie est que les modernistes succombent à ce que j’ai appelé l’opium de la classe moyenne, c’est-à-dire les sciences sociales et la spéculation boursière. Ces derniers rejettent la religion sous prétexte qu’elle n’est pas rationnelle pour ensuite se faire avoir par des experts économiques, des conseillers financiers et des psychologues. Nous savons que les prévisions économiques ne sont pas plus rigoureuses que l’astrologie, que les analystes financiers sont plus pompeux mais moins élégants que les évêques et que les résultats des recherches en psychologie ne peuvent pas être reproduits ce qui signifie qu’ils sont bidons.

Mon co-auteur Rupert Read et moi-même avons affirmé, en utilisant des arguments évolutionnistes, que la religion, par ses interdits, permet la transmission intergénérationnelle d’heuristiques de survie et se révèle très efficace pour inciter les gens à adopter certains types de comportements. De façon assez ironique, il a été récemment démontré que la théorie du « nudge », développée par des spécialistes en sciences humaines (et qui valut à Richard Thaler son prix Nobel d’économie), n’était pas reproductible à cause d’un artefact statistique. Non-reproductible est une façon polie de dire qu’elle ne diffère pas de l’astrologie. Écoutez l’évêque, le détenteur d’une sagesse transmise par des générations de survivants et non les psychologues [NdT : Sauf si l’évêque appelle à voter Macron ou défend des positions contraires aux enseignements fondamentaux de l’Église.]

 […]

La désacralisation et Vatican II

Dans son apologie du christianisme, Le génie du christianisme, Chateaubriand répète plusieurs fois que la religion est essentiellement du mystère et du sacrifice (c’est-à-dire « jouer sa peau »). « Dans l’Antiquité, quelle religion n’a pas perdu son influence en perdant ses prêtres et ses sacrifices ? » écrit-il.

Dans les faits, le catholicisme a perdu son autorité morale à la minute où il a mélangé les croyances épistémiques et pistéiques [NdT : qui sont de l’ordre de l’engagement personnel : foi, confiance], en rompant le lien entre le sacré et le profane. L’aggiornamento du second Concile du Vatican au début des années 60 avait pour objectif de « mettre à jour » le catholicisme. L’une des mesures fut de traduire les prières en langue vernaculaire pour remplacer le latin. En faisant cela, c’est quasiment tout l’élément de mystère entourant la religion qui fut supprimé et cela me fait penser à cette soirée à Chicago où je suis sorti en pleine représentation d’un opéra de Verdi après m’être rendu compte qu’il était chanté en anglais.

Car dès qu’une religion sort du sacré, elle devient l’objet de croyances épistémiques. L’athéisme est le fruit du protestantisme et Vatican II s’avéra être une deuxième Réforme.

L’Islam sunnite est aujourd’hui la religion dont la croissance est la plus rapide avec un milliard et demi de croyants, et tous prient en arabe, qui est une langue étrangère pour neuf-dixièmes d’entre eux, en utilisant de surcroît une ancienne version de cette langue (fusha) qui n’est jamais utilisée pour converser par les Arabes. Quand un Marocain veut parler avec un Libanais, ils le font en français ou en anglais, pas en arabe classique. Le judaïsme a survécu avec uniquement des prières en hébreu (et un peu d’araméen dans le livre de Daniel).

[…]

Nassim Nicholas Taleb est un écrivain, un statisticien et un essayiste libano-américain spécialisé dans la prise de décision en condition d’incertitude. Il est l’auteur de plusieurs livres dont « Le Cygne Noir »  « Antifragile » et « Jouer sa Peau » qui font partie de son œuvre en cinq volumes, l’Incerto.  Plusieurs traductions de NNT sont disponibles sur ce site ainsi que dans les recueils d’essais « l’Homme et la Cité – Volume I et II »

Pour aller plus loin :

De la Rationalité

Du skin in the game

De la religion (Taleb)

Des conflits religieux  (Taleb)

De l’intellectuel-mais-idiot (Taleb)

De la dictature de la minorité (Taleb)

Documentaire sur la réforme Vatican II (Mass of the Ages-sous titré français)

Du triomphe de la Croix

Le triomphe du christianisme sur le paganisme, Gustave Doré (détail)

Vous aurez des tribulations en ce monde mais gardez courage car moi, j’ai vaincu le monde” Jean 16:33

Lors de la fête de Pâques, les chrétiens célèbrent la Résurrection du Christ qui vient succéder à l’épreuve de la Passion et à son supplice sur la Croix.  Réduits à sa dimension purement religieuse, la signification philosophique et anthropologique de ces événements échappe bien souvent à ceux qui ne croient pas mais aussi à certains croyants eux-mêmes.

Cette méconnaissance d’une des significations profondes de la mort du Christ sur la croix est d’autant plus regrettable qu’à bien des égards,  les hommes et les croyants du XXIe siècle possèdent  une clé de compréhension qui faisait défaut à ceux des siècles passés.  Cette clé, c’est la théorie du philosophe René Girard sur la violence mimétique et les boucs émissaires.

En résumé, René Girard nous explique que l’humanité se trouve, depuis ses origines, prisonnière de la logique du désir mimétique, c’est-à-dire l’imitation du désir de l’autre. La rivalité étant contagieuse, ce processus d’imitation provoque une escalade qui aboutit inévitablement à une crise mimétique ne pouvant être résolue que par la violence, c’est-à-dire par le sacrifice d’une victime, le fameux « bouc émissaire », contre laquelle l’ensemble du groupe va se coaliser.  

A travers cette grille de lecture, René Girard nous révèle des « choses cachées depuis la fondation du monde », c’est-à-dire la succession des cycles de violences mimétiques, souvent liés au thème du double (jumeaux) ou au sacrifice d’une figure d’autorité (Roi/Dieu) et qui finissent toujours par aboutir par la mise à mort d’un bouc émissaire, une logique que l’on retrouve parfaitement à l’œuvre dans la plupart des grands mythes fondateurs : Caïn et Abel, Romulus et Remus, et plus proche de nous, la décapitation de Louis XVI, victime sacrificielle de la Révolution Française dont la mort vint ouvrir un nouveau cycle de violence mimétique absolument catastrophique pour le peuple français.

Or, nous dit René Girard, il est essentiel de comprendre deux choses.

Premièrement, le cycle de la violence mimétique est entièrement crée et contrôlé par Satan.

Satan a besoin de la violence mimétique car c’est grâce à elle qu’il règne sur le monde, d’abord en créant le «scandale » (la rivalité mimétique)  qui va ouvrir le cycle et ensuite par le sacrifice du bouc émissaire qui va le refermer. Pour René Girard, Satan symbolise ainsi le processus mimétique dans son ensemble et le Christ lui-même ne décrit pas autre chose quand il explique dans l’Évangile de Marc que « Satan expulse Satan ».

Deuxièmement, le peuple hébreu est le premier peuple à avoir eu l’intuition du caractère « satanique » de la violence mimétique comme en témoignent de nombreux récits de l’Ancien Testament comme le sacrifice d’Isaac, les souffrances de Job ou encore la trahison de Joseph par ses frères, récits qui contiennent pour la première fois dans l’Histoire l’idée que le bouc émissaire pourrait être en réalité une victime innocente.

Si cette intuition se trouve présente dans l’Ancien Testament, il faudra en revanche  attendre la venue du Christ et le témoignage des Évangiles pour que le projet de sortir du cycle de la violence mimétique se trouve pleinement réalisé.

Tout d’abord, nous dit René Girard, nous commençons par assister à une répétition du cycle de la violence mimétique telle qu’elle a toujours existé avec la mort et le sacrifice de Jean Le Baptiste qui agit à la fois comme un rappel mais aussi comme une répétition, au sens théâtral, de ce qui va se passer avec le Christ. Une fois ce rappel effectué, nous allons être les témoins d’un nouvel épisode du cycle de la violence mimétique à travers ce moment charnière de l’histoire du monde que constitue la Passion du Christ.

Au début, tout se déroule selon le schéma habituel : le scandale s’est produit et la foule s’est liguée contre le Christ qui endosse à la perfection le rôle du bouc émissaire, « ce roi des juifs » que l’on va sacrifier. Par peur de l’émeute ou de la violence du groupe, tous ceux qui auraient pu empêcher la crucifixion du Christ laissent faire : Ponce Pilate essaie de substituer un autre bouc émissaire, Barrabas, mais finit par se plier au désir de la foule ; l’apôtre Pierre renie le Christ de peur d’être lui aussi sacrifié et le mauvais larron, lui-même crucifié, prend également le parti de la foule contre le Christ. Déterminé de son côté  à aller au bout de son supplice, le Christ comprend parfaitement le cycle de la violence mimétique dont il est la victime : « Seigneur pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Au final, tout est accompli.

Le Christ meurt sur la croix, la crise sacrificielle du cycle mimétique a été menée à son terme et Satan semble, une fois de plus, avoir triomphé.

Mais il se produit à ce moment un retournement de situation unique dans l’Histoire.

En acceptant de mourir sur la croix, le Christ a révélé au monde et de façon définitive la logique de la violence mimétique et le sacrifice ignominieux du bouc émissaire. Satan croyait avoir triomphé mais c’est lui qui, en réalité, se retrouve cloué sur la Croix tandis que le cycle mimétique dont il est le maître se retrouve révélé à la terre entière à travers le récit qu’en feront les Évangiles !  Avant la Passion, l’épisode de la femme adultère nous montre d’ailleurs sans aucune ambigüité que le Christ avait parfaitement compris la logique des cycles de violence mimétique et identifié les moyens d’en sortir.

Ainsi, en endossant lui-même  le rôle du bouc émissaire et en rendant visible à tous la réalité du cycle de la violence mimétique, le Christ s’est sacrifié pour offrir à l’humanité une chance d’en sortir !

Si le concept de « bouc émissaire » nous est aujourd’hui aussi odieux que familier, c’est parce que le christianisme nous a révélé sa réalité et que nous vivons depuis des millénaires dans une civilisation chrétienne fondée sur sa révélation !   En tant que symbole, la croix vient ainsi nous rappeler que le sacrifice a eu lieu une bonne fois pour toute et qu’il est donc inutile de le répéter, tout comme l’Eucharistie nous permet de reproduire le sacrifice et la consommation du corps de la victime (ceci est mon corps, ceci est mon sang).    

Ainsi, comme le dit René Girard à la suite de Simone Weil, l’Évangile est moins une science de Dieu (théologie) qu’une science de l’Homme (anthropologie), c’est-à-dire que grâce à la Bible, l’humanité a pu comprendre la réalité du cycle de la violence mimétique qui la gouvernait depuis des millénaires et s’est ouvert, grâce au sacrifice du Christ et au récit fait par les Évangiles, la possibilité d’y échapper.

A Pâques, l’Occident célèbre ainsi la victoire du Christ sur la mort mais également son triomphe, grâce à son sacrifice, sur le cycle de la violence mimétique symbolisé par Satan.

Ce bref exposé permet donc de mieux comprendre à la fois le génie du christianisme mais aussi le risque que fait courir à notre civilisation le processus de déchristianisation et le retour d’une pensée païenne.

Une société qui rejette le Christ et son exemple se retrouve condamnée à rouvrir le cycle de la violence mimétique qui avait été refermé par sa mort sur la croix. Dans une telle société, Satan peut à nouveau créer des scandales, entretenir, à travers la fiction de l’égalité, la rivalité mimétique du « tous contre tous » et ainsi créer un nouveau cycle  qui ne pourra conduire qu’au sacrifice de victimes innocentes pour restaurer l’harmonie de la communauté et apaiser la colère des Dieux. Dès qu’une société se déchristianise, ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle ne se remette à pratiquer, à plus ou moins grande échelle, les sacrifices humains.

En ce jour de Pâques, les chrétiens célèbrent  la victoire du Christ sur la mort mais ceux qui ne croient pas peuvent également rendre grâce à celui qui s’est sacrifié pour nous révéler la réalité destructrice du cycle de la violence mimétique et toutes ces choses cachées depuis la fondation du monde.

Pour aller plus loin :

English version

La femme adultère (exemple de rupture du cycle mimétique par Jésus)

1- En se mettant en retrait, Jésus refuse d’entretenir la rivalité mimétique

2- Par sa question, Jésus individualise les pharisiens et les sort ainsi de la logique de groupe

Je vois Satan tomber comme l’éclair, René Girard (lecture essentielle)

La Violence et le Sacré, René Girard

Ce sang qui nous lie, Sylvain Durain

De la religion

Des boucs émissaires

Avé César

De l’obscurantisme

« Il n’y a aucune bonne raison que les sociétés humaines ne soient pas décrites et expliquées avec la même précision et le même succès que le reste de la nature », écrit l’anthropologue Pascal Boyer dans l’introduction de son dernier livre « Minds make societies ».

Depuis une vingtaine d’années, des sciences comme l’éthologie, la sociobiologie ou encore la psychologie évolutionniste ambitionnent de faire de l’Homme et de ses comportements une véritable science naturelle.  Largement enseignées dans les plus grandes universités américaines, ces nouvelles approches restent quasiment inconnues en France où elles suscitent un violent rejet de la part du monde universitaire. Récemment, un séminaire organisé sur le sujet à l’ENS prenait bien soin de préciser dans sa présentation qu’il entendait « réfuter les arguments selon lesquels naturaliser les sciences sociales reviendrait à justifier l’ordre social et les inégalités, et mènerait donc au conservatisme politique ».

Tout le nœud du problème est là.

En mettant l’accent sur les déterminants biologiques, l’hérédité et les diverses pressions évolutives ayant conduit à l’émergence des comportements, ces nouvelles sciences battent en brèche l’idée si chère  au milieu académique français que tout ne serait que « construction sociale ».

Malheureusement, en ce XXIème siècle de « progrès », la question n’est plus de savoir si une théorie ou un modèle scientifique permettent de décrire  fidèlement le fonctionnement du réel afin d’agir efficacement sur lui mais de savoir si ces connaissances ne menacent pas les dogmes en vigueur. Dans les années 30, l’URSS condamnait la génétique comme une science « juive et bourgeoise » pour lui préférer le lyssenkisme ; la France de 2019 préfère la religion de l’égalité et de la « table rase » plutôt qu’une science susceptible de mener au conservatisme politique.

Tout cela pourrait être risible si les conséquences de cette prééminence du dogme sur la science n’étaient pas catastrophiques. En effet, une large part  des problèmes auxquels la France doit faire face sur le plan sécuritaire, politique, éducatif et social découlent en dernière analyse d’une ignorance complète des lois fondamentales de l’éthologie et des sciences comportementales. Ceux qui ne comprennent pas pourquoi les pompiers se font attaquer dans les quartiers pudiquement appelés « difficiles » ne comprennent pas que la logique territoriale et tribale prime désormais sur une quelconque appartenance nationale  et que l’établissement d’une  nouvelle hiérarchie de dominance passe toujours par la destruction des symboles de l’ancienne autorité et l’occupation visible de l’espace public. Les mêmes qui s’étonnent que les policiers se suicident en masse ne comprennent  pas que dans une situation d’agression, l’inhibition de la réaction de défense conduit inévitablement le sujet  à retourner cette violence contre lui-même via le suicide ou la somatisation.

Enfin, ceux qui prônent le « vivre-ensemble » et le « multiculturalisme » témoignent d’une ignorance profonde des travaux de Robert Putnam sur la destruction du lien social par la diversité ainsi  des puissants mécanismes  de discrimination sélectionnés par l’évolution qui régissent la constitution des groupes humains, leur conflictualité  et les manifestations d’appartenance à ces derniers.

Ignorant les modèles et les concepts développés par ces nouvelles sciences, le logiciel qui oriente la décision politique  repose le plus souvent  sur des postulats comportementaux totalement incorrects qui ne peuvent que conduire au désastre. En la matière, nos dirigeants ressemblent à des médecins espérant combattre les maladies en pensant que ces dernières sont causées par des « esprits malins » plutôt que par des virus ou des bactéries.

De la même manière qu’étudier l’économie revient à toucher à la question sensible de la production des richesses et de leur répartition, étudier la politique à l’aune des sciences de l’évolution conduit à juger les décisions politiques et les comportements d’un groupe humain à l’aune de leur adaptation à l’environnement et  de leur capacité à assurer la survie du groupe.

Malheureusement, autant une erreur dans l’appréciation de la bienveillance d’un lion affamé a des conséquences rapides sur la survie de son auteur, autant l’adoption d’un comportement ou d’une idéologie mettant en danger la survie d’un peuple fait souvent sentir ses effets sur une échelle de temps relativement longue, le délai et la multitude des facteurs à l’œuvre empêchant le plus souvent ses membres d’établir un lien  direct entre leur déchéance et  leur ignorance des lois naturelles fondamentales qui gouvernent les corps politiques.

Tout comme le lyssenkisme a conduit l’URSS à la famine et a ainsi contribué à terme à son effondrement, l’ignorance et le rejet de l’éthologie, de la biologie et des sciences de l’évolution au profit de superstitions modernes comme celles de l’égalité, du vivre-ensemble ou du multiculturalisme conduisent notre civilisation au désastre. Peu importent les données, les modèles, les démonstrations, ceux qui présentent de tels arguments ne seront jamais considérés comme des scientifiques mais avant tout comme des conservateurs, voire des militants d’extrême-droite.

Au-delà des immenses crimes dont il est responsable, le nazisme aura eu pour terrible conséquence d’empêcher pendant plus d’un demi-siècle l’apparition d’une véritable science humaine et sociale intégrant les concepts fondamentaux de la biologie et de l’évolution ainsi que d’offrir une parade facile à tous les grands prêtres qu’une telle science menace.

En réalité, il n’y a de plus grand crime que celui contre la pensée et la connaissance. Ceux qui cherchent à interdire ou à ignorer une science parce qu’elle menace leurs dogmes feraient bien de méditer sur cette citation du grand  physicien Richard Feynman : « La nature se fiche pas mal de la façon dont nous nommons les choses, elle continue juste de faire ce qu’elle a à faire ».

De l’impossibilité mathématique de l’évolution par sélection naturelle

« Puis Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre […] Et cela fut ainsi. Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. » 1 Genèse 26

Le monde moderne est fondé sur un ensemble de mythes qui essaient de se faire passer pour de la science. Le processus d’évolution par la sélection naturelle de Darwin est l’un d’entre eux. Dès son origine, cette thèse a suscité des critiques pour des raisons religieuses mais aussi scientifiques. Si l’histoire officielle a retenu le nom de Darwin, elle a fort opportunément oublié celui de Richard Owen (1804 -1892), directeur du British Museum, paléontologue, naturaliste et anatomiste britannique qui fut l’un des critiques les plus virulents de Darwin, pointant notamment du doigt le manque de preuves de la transition entre les espèces. En France, un auteur comme Dominique Tassot, a publié une critique approfondie de la théorie de Darwin en soulignant également l’absence de formes de transition dans les archives fossiles, la complexité irréductible de l’information génétique1 et la dilution rapide des modifications génétiques par la reproduction sexuée…

Malgré sa remise en cause aussi bien frontale que discrète, y compris par les biologistes eux-mêmes2, la théorie darwinienne de l’évolution continue d’être enseignée et jouit du statut de véritable de dogme au sein du monde scientifique et intellectuel moderne. Remettre en cause Darwin dépasse en effet de loin le simple domaine de la biologie mais équivaut à s’attaquer à une théorie qui sous-tend une bonne partie de la vision moderne du monde, c’est-à-dire celle d’un univers vide de sens, gouverné par les lois d’un « horloger aveugle », limité à la seule matière, dans lequel l’apparition et l’évolution des espèces serait le fruit du hasard et où l’apparition de la vie, y compris consciente, ne serait qu’un accident.

C’est une chose de savoir par la foi ou de deviner par l’intuition que cette vision du monde est fausse mais c’en est d’une autre que de pouvoir le prouver avec toute la rigueur nécessaire. Or, c’est précisément ce que vient d’accomplir l’essayiste américain Vox Day dans son ouvrage « Probabilité Zéro : l’impossibilité mathématique de l’évolution par la sélection naturelle ».

Comme l’indique le titre du livre, Vox Day ne s’est pas attaqué au problème de l’évolution par le biais de la théologie ou même de la biologie mais par les mathématiques. Sa démonstration fait partie de ces solutions dont la clarté, l’élégance et la simplicité ne sont accessibles qu’aux vrais génies capables de penser hors des cadres établis :

Le raisonnement de Vox Day est le suivant :

1) La loi de l’évolution par la sélection naturelle nous dit qu’il est possible de partir d’un singe pour arriver à un homme

2) or, le génome du singe et celui de l’homme ont été précisément cartographiés. Nous connaissons de façon précise les différences génétiques qui séparent l’homme du singe (40 millions de variants nucléotidiques)

3) Pour que ce processus de transition aboutisse, il faut qu’un certain nombre de mutations génétiques aléatoires se produisent et se fixent de façon permanente

4) la question est donc la suivante : la fixation du nombre nécessaires de mutations génétiques est-il mathématiquement possible ou probable dans le laps de temps donné ?

La réponse est non.

Comme l’écrit Vox Day, dans « Probabilité Zéro » :

« Voici la situation concernant la sélection naturelle comme explication des changements évolutifs à grande échelle. Haldane a calculé le maximum théorique. Lenski a mesuré le taux réel. Ils concordent. Et les deux sont catastrophiquement insuffisants pour expliquer les différences génétiques entre espèces. Considérons ce que requiert l’évolution néo-darwinienne pour expliquer la divergence entre l’humain et le chimpanzé. Les deux lignées doivent accumuler environ 40 millions de différences génétiques fixées sur une période d’environ 6 à 9 millions d’années. Avec les temps de génération humains, cela représente peut-être 325 000 générations. En divisant, il faudrait environ 123 fixations par génération. La limite de Haldane est d’une fixation toutes les 300 générations. L’exigence dépasse cette limite d’un facteur d’environ 37 000. »

Dans « Le gène gelé  », il ajoute :

Les génomes humain et chimpanzé diffèrent d’environ 40 millions de variants nucléotidiques simples, ce qui représente grosso modo 20 millions de fixations sur chaque lignée depuis l’ancêtre commun le plus récent du chimpanzé et de l’humain (CHLCA), il y a environ 6 à 9 millions d’année.

[…] Sept mille ans correspondent approximativement à 0,1 % du temps écoulé depuis le CHLCA. Si la fixation se produisait au rythme historique, on devrait observer environ 0,1 % de 20 millions, soit à peu près 20 000 événements de fixation dans la lignée humaine au cours de notre fenêtre d’observation. Même les estimations très conservatrices, tenant compte de la nature stochastique de la fixation, prédisent plusieurs centaines d’événements observables dans un jeu de données de cette taille.

Pour dire les choses plus simplement, il n’est pas possible que les mutations nécessaires se produisent dans le laps de temps donné pour passer de l’homme au singe. Là où il en faudrait quarante millions, les calculs de Vox Day prouvent que seuls quelques centaines sont possibles. Les critiques de cette thèse ont tenté de trouver des moyens pour contourner le problème, comme par exemple évoquer des taux de fixation parallèles, mais aucun argument ou calcul n’est parvenu jusqu’à présent à trouver une erreur dans le raisonnement de Vox Day. Compte tenu de la lecture éminemment technique du sujet, je renvoie le lecteur qui souhaiterait en savoir plus sur les calculs de Vox Day, la barrière de Bernoulli ou la contrainte de Haldane à lire « Probabilité Zéro », « Le Gène gelé » ou les articles techniques que Vox Day a publié à ce sujet sur son blog.

Ce qui compte ici est de comprendre qu’une approche mathématique et véritablement scientifique vient de remettre en cause le darwinisme en tant que dogme fondamental de la science et de la pensée modernes. Les conséquences de cette réfutation n’ont pas échappé à Vox Day qui écrit dans l’un des derniers chapitres de « Probabilité zéro » :

« Si les mathématiques de la fixation démontrent que la mutation non dirigée et la sélection naturelle ne peuvent pas expliquer les différences génétiques observées entre les espèces dans le temps disponible, alors quelque chose d’autre doit en rendre compte. Je me réfère à ce quelque chose d’autre comme la Manipulation Génétique Intelligente, ou MGI. Le terme est délibérément neutre concernant l’identité, la nature, ou les motifs du manipulateur. Il spécifie seulement ce que les preuves et les mathématiques indiquent : que la gamme de changements génétiques que nous observons dans les données génomiques sont délibérés plutôt que le fruit du hasard ou par l’un des mécanismes évolutifs proposés auxquels ils ont été attribués pendant les 150 dernières années, y compris la sélection naturelle. »

[…]

« La MGI est un concept opérationnel, pas théologique. Elle postule que certains changements génétiques ont été introduits dans les lignées par un agent intelligent capable d’éditer les génomes. Elle n’affirme rien sur l’identité cet agent, quels sont les buts ultimes de l’agent, ou si l’agent opère à l’intérieur ou à l’extérieur de l’ordre naturel. Ce sont des questions séparées, et les confondre a généré plus de confusion que de clarté dans les débats sur l’apparition de la vie. »

Si le vivant n’a pas été créé de façon accidentel et n’a pas évolué de façon aléatoire, la question de l’identité du Créateur se pose. Sur ce point, Vox Day propose quatre hypothèses :

1) le premier moteur d’Aristote, repris par saint Thomas d’Aquin

« Un Dieu qui opère comme Premier Moteur pourrait établir les lois et les conditions initiales qui rendent la vie possible, y compris les mécanismes par lesquels la manipulation génétique se produit, sans personnellement éditer chaque génome […] La synthèse médiévale comprenait cela. Saint Thomas d’Aquin distinguait entre cause primaire et secondaire : Dieu est la cause primaire de tout, mais les causes secondaires sont des causes réelles à part entière. Quand un feu brûle du bois, Dieu est la cause primaire, mais le feu est une véritable cause secondaire de la transformation du bois en chaleur, fumée et cendres. Ce cadre permet la souveraineté divine sans la microgestion divine. »

2) le programmeur de la Simulation

« Si nous vivons dans une simulation, alors le programmeur serait le créateur de facto de notre univers. Mais ce créateur n’a pas besoin d’être omnipotent dans un sens métaphysique. Le programmeur serait simplement un ou plusieurs membres d’une civilisation plus avancée, possédant une technologie supérieure mais opérant vraisemblablement sous des contraintes propres : ressources computationnelles limitées, supervision institutionnelle, pressions budgétaires, projets concurrents, connaissance imparfaite des systèmes qu’ils simulent. »

3) L’intelligence extraterrestre

« La possibilité que la Terre ait été visitée par des intelligences extraterrestres capables d’ingénierie génétique n’est ni logiquement incohérente ni scientifiquement impossible. En effet, elle est sans doute plus conservatrice que les alternatives — nécessitant seulement que la vie existe ailleurs dans l’univers, que certaines d’entre elles aient atteint une sophistication technologique, et que le voyage ou l’influence interstellaire soit possible. »

4) les êtres surnaturels et tridimensionnels

« La plupart des traditions religieuses postulent l’existence d’êtres qui ne sont ni Dieu ni humains : anges, démons, djinns, devas, asuras, esprits de diverses sortes. Ces êtres occupent une position intermédiaire dans la hiérarchie cosmique ; ils sont plus puissants et plus savants que les humains, mais n’atteignent pas la réalité divine ultime. Ils sont typiquement dépeints comme capables d’agir dans le monde physique, que ce soit par intervention directe, possession, inspiration, ou influence subtile sur les processus naturels. […] Ce qui unit toutes ces possibilités est que les concepteurs seraient surhumains mais pas divins. Ils seraient assez puissants pour manipuler la génétique, assez savants pour concevoir des organismes fonctionnels, mais opérant sous des contraintes qui expliqueraient les imperfections apparentes dans leur travail. »

Comme l’explique très justement Vox Day, la « bonne » réponse n’a ici que peu d’importance. Ce qui compte est d’écarter la fausse vision darwiniste de la liste des explications possibles et de travailler sur des hypothèses plausibles plutôt que sur de la science-fiction qui essaie de se faire passer pour de la science.

Pour finir, Vox Day n’a pas manqué de comprendre les implications philosophiques, politiques et sociales de la réfutation du darwinisme. La classe dirigeante actuelle utilise en effet le darwinisme pour justifier sa vision du monde : matérialisme, eugénisme, loi du plus fort, élimination des plus faibles, transhumanisme. Si le darwinisme est faux, c’est un pilier soutenant cette vision du monde qui s’effondre.

Dans le « Gène gelé », Vox Day décrit une présentation fictive de Yuval Noah Harari à Davos dans laquelle celui-ci promet aux élites qu’eux-mêmes et leurs descendants deviendront des dieux grâce à la manipulation génétique. Or, comme le démontre impitoyablement Vox Day, les promesses d’Harari ne reposent sur aucune base véritablement scientifique. Le transhumanisme génétique est un rêve de psychopathes qui va se fracasser sur le mur de la réalité :

« Le public se penche en avant. C’est exactement ce qu’ils sont venus entendre. Ils ont conquis des marchés, bouleversé des industries, plié des gouvernements à leur volonté. Pourquoi pas l’évolution elle-même ? Au fond de la salle, une femme ouvre son ordinateur portable. Elle n’est pas milliardaire. Elle est actuaire — quelqu’un qui gagne sa vie en calculant ce que l’avenir réserve réellement, et non ce que les gens aimeraient qu’il réserve.

Pendant que le prophète parle d’itération et de transcendance, elle construit une feuille de calcul. Le modèle est simple. Cinq mille familles d’élite. Chaque enfant modifié avec 500 améliorations génétiques bénéfiques. Cinquante pour cent se marient au sein du groupe ; cinquante pour cent épousent des gens de l’extérieur. Elle attribue les probabilités d’héritage génétique selon les lois de Mendel, les mêmes lois qui régissent l’hérédité depuis que la vie existe. Les courbes plongent vers le bas. Après une génération : 280 modifications restent. Après deux : 190. Après trois : 140.


Après quatre générations — « l’élite » du prophète —, les surhumains ne conservent plus qu’à peine 100 des 500 modifications initiales. Quatre-vingts pour cent des avantages créés ont tout simplement… disparu. Dilués par la simple mathématique de la reproduction sexuée. Elle n’a même pas encore ajouté le mosaïcisme3. Ni le fait que les modifications CRISPR ne sont pas parfaitement propres. Ni qu’aucune population d’élite dans l’histoire n’a maintenu cinquante pour cent d’endogamie sur quatre générations. Elle lève la main.

« Combien de générations, exactement, cela prendra-t-il ? »Le prophète sourit du sourire d’un homme qui n’a jamais été obligé de montrer ses calculs. « Juste quelques-unes. »

L’actuaire regarde sa feuille de calcul. Les chiffres ne mentent pas. Ils ne mentent jamais. Elle referme son ordinateur et se cale dans son siège. Inutile de discuter avec quelqu’un qui ne fait pas les calculs. »

Pour aller plus loin :

Probabilité zéro : l’impossibilité mathématique de la sélection naturelle, Vox Day

Le gène gelé, Vox Day

L’évolution en 100 questions réponses, Dominique Tassot

Entretien Dominique Tassot :

1Certain systèmes biologiques nécessitent la combinaison de plusieurs plusieurs protéines qui ne servent à rien isolément et sont donc impossibles à construire par petites étapes

2https://www.theguardian.com/science/2022/jun/28/do-we-need-a-new-theory-of-evolution

3Le mosaïcisme correspond à la coexistence, chez un même individu, de deux ou plusieurs populations cellulaires de génotypes différents

De la “Red Queen”

En biologie évolutive, le concept de la « Red Queen » désigne la course à l’armement permanente du vivant dans sa lutte pour la survie. Par exemple, une plante développe une toxine pour repousser les chenilles. Quelques générations plus tard, les chenilles survivantes  ont développé une immunité à la toxine et parviennent à nouveau à grignoter la plante.

Cette notion permet d’aborder l’histoire politique mais aussi celle des luttes sociales avec une toute autre grille de lecture. Appliquons celle-ci à l’histoire de l’Europe.

Rome parvient à conquérir le monde et le confort des citoyens romains repose sur l’exploitation d’une large population d’esclaves. Cette population adopte le christianisme qui abolit les barrières entre les hommes pour en faire tous des frères. L’empire romain s’effondre mais trouve le moyen de se réincarner dans l’Eglise. Pour légitimer leur pouvoir, les rois inventent la monarchie de droit divin mais le pouvoir de l’Eglise les dérange. La France invente alors le gallicanisme et ce qui ne s’appelle pas encore l’Allemagne, la Réforme, afin de contrer l’influence du Pape et de Rome.

Prenant l’ascendant sur la noblesse, la bourgeoisie prend le pouvoir et s’appuie sur la philosophie des Lumières pour remettre en cause un ordre existant qui lui est défavorable. L’ancien régime est emporté par les révolutions et la bourgeoisie devient la classe dominante.  Force motrice de la Révolution Industrielle, elle exploite le peuple dans ses usines. A la fin du XIXème, le peuple développe une contre-mesure en adoptant le socialisme et en créant les premiers syndicats.

Grand perdant de la colonisation mais néanmoins  déterminé à dominer l’Europe, le peuple allemand déclenche deux guerres mondiales qui affaiblissent ses deux rivaux que sont la France et l’Angleterre. La défaite de l’Allemagne en 1945 permet aux chrétiens-démocrates de prendre le pouvoir et l’après-guerre devient l’âge d’or de la classe moyenne. Pour faire pression sur les salaires, le patronat ouvre grand les vannes de l’immigration dès les années 70 puis profite ensuite de la mondialisation financière et économique pour s’affranchir du cadre national. Les classes moyennes voient leur niveau de vie baisser et le peuple se retrouve chassé en zone périphérique par les populations des banlieues. La riposte prend la forme des partis dits « populistes » et des mouvements identitaires.

A l’échelle internationale, l’Occident utilise le christianisme pour soumettre et coloniser les peuples du Nouveau-Monde. Plus tard, il fera de même avec la « civilisation » et les « droits de l’homme » en Afrique et en Asie. Confronté à la menace occidentale, le Japon riposte en 1868 avec l’ère Meiji et l’impérialisme. Partie avec un temps de retard, la Chine reprend la main avec la création du parti communiste chinois, nouvelle forme de l’administration impériale et le sacre de Mao comme nouvel empereur. Suite à l’effondrement de l’URSS, version communiste et laïque de l’empire russe, la Russie retrouve son rang sur la scène internationale en renouant avec le nationalisme et l’orthodoxie sous la direction du  nouveau tsar de toutes les Russies  Vladimir Poutine.  Conquis et vaincus pendant deux siècles, l’Afrique et le monde arabo-musulman ont trouvé avec le pétrole un levier d’influence et avec l’islam et la démographie, un moyen de soumettre l’Europe et de prendre leur revanche sur leurs anciens colonisateurs.

Ce rapide survol de l’histoire du monde permet de noter que contrairement aux espèces animales où la « Red Queen » prend pour l’essentiel la forme d’une évolution physiologique, chez l’espèce humaine, cette course à l’armement se déroule toujours sur le plan de la technique, des idées et des formes d’organisation. Le biologiste Richard Dawkins a proposé le terme de « mèmes », en opposition à « gènes »  pour désigner cette information transmise par la culture et soumise, au même titre que la biologie, aux forces de l’évolution. Dans un précédent article, j’ai  justement montré comment la « densité informationnelle » constituait la variable clé pour expliquer l’efficacité d’un système culturel, organisationnel ou économique. La « Red Queen » et son cortège de mèmes, c’est la densité informationnelle en action.

Cette grille de lecture nous permet de comprendre que les corps politiques et sociaux sont eux aussi des organismes engagés dans la lutte pour la survie. Génération après génération, des ensembles de  mèmes se transmettent ou évoluent pour assurer la domination et la pérennité du groupe.

Dans certains cas, des  mèmes  particulièrement efficaces permettent à un groupe donné d’établir une domination temporaire sur les autres groupes, le temps que ces derniers développent une parade via des contre-mèmes. A l’inverse, l’adoption de mèmes inadéquats ou de mauvaise qualité peut compromettre durablement la survie du groupe et parfois même conduire à sa disparition.

Dans tous les cas, le repos et la paix demeurent de dangereuses illusions pour peuples fatigués.

Soumis à l’impitoyable tyrannie de la « Red Queen », nous sommes condamnés  à nous battre jusqu’à notre dernier souffle ou à disparaître si nous refusons le combat.  Comme Alice, pour échapper à la « Reine Rouge », nous devons sans cesse courir, ne serait-ce que pour rester sur place.

Du léninisme biologique

Mais cette organisation, elle aussi, avait besoin d’être terrible, — non pas, cette fois-ci, dans la lutte avec la bête, mais avec l’idée contraire de la bête, avec l’homme qui ne se laisse pas élever, l’homme du mélange incohérent, le Tchândâla.

Nietzsche, Le Crépuscule des Idoles

Dans son entreprise de conquête du pouvoir, Lénine avait compris que dans toute société, l’élite ne représente nécessairement qu’une minorité. Par conséquent, pour renverser cette minorité aristocratique,il est nécessaire de s’appuyer sur la masse des mécontents des classes inférieures. Pour ce faire, il faut, dans un deuxième temps, créer un parti, faire en sorte que le parti contrôle l’État et s’assurer que les membres des classes inférieures dépendent du parti pour progresser socialement et accéder au pouvoir, garantissant ainsi leur loyauté absolue. Pour mener à bien cette stratégie, Lénine s’appuya, en Russie, sur le prolétariat ouvrier urbain ; Mao fit de même en Chine avec la paysannerie.

Le léninisme biologique reprend cette stratégie pour l’appliquer à la période contemporaine.

A l’inverse de la gauche léniniste ou maoïste, la gauche « progressiste » actuelle ne s’appuie pas sur les classes ouvrières ou populaires qu’elle a abandonnées aux mouvements dits populistes ou d’extrême droite mais sur les « marginaux biologiques », une coalition d’individus incapables d’agir en tant que membres fonctionnels de la société et donc d’y acquérir des positions de pouvoir ou d’influence : les minorités ethniques, les déviants sexuels, les malades mentaux, les inadaptés sociaux, les individus laids ou difformes…

Avec le léninisme biologique, tous ces individus considérés de tout temps par les sociétés traditionnelles comme des marginaux, des intouchables et des déviants se retrouvent désormais célébrés, mis en avant et propulsés à des postes d’autorité ou des situations d’influence par les ennemis des peuples occidentaux.

Prenons par exemple le cas de la famille Traoré, fratrie de délinquants issue d’un père immigré polygame ou Yseult, « chanteuse » noire et obèse placée sous les feux de la rampe par la presse et les médias culturels progressistes ou bien encore Conchita Wurtz, la « femme à barbe » de l’Eurovision 2014.

Cette promotion de ces marginaux, ces « Tchândâlas » dénoncés par Nietzsche, ne doit rien ni au hasard, ni à l’esprit du temps mais constitue au contraire une application stricte du léninisme biologique qui permet aux mondialistes, ennemis de l’Occident, d’atteindre trois principaux objectifs.

1-garantir la loyauté sans faille des marginaux.

Comme dans le cas du léninisme classique, le nouveau prolétariat progressiste doit tout au système. Sans lui, il n’est rien et par conséquent, il se battra jusqu’à la mort pour assurer sa survie et conserver en retour son influence et son statut. Sans matraquage médiatique par les médias progressistes, qui aurait envie d’écouter Bilal Hassani ou d’aller voir la nouvelle palme d’or consacrée au sort tragique des transsexuels afghans ? 

2-neutraliser la normalité

La promotion des marginaux permet aux ennemis des peuples occidentaux de neutraliser les individus normaux, compétents et talentueux en justifiant leur mise à l’écart au nom de la « diversité » mais également d’utiliser les marginaux comme « armée de réserve » et « chiens de garde » d’un système qu’ils ont tout intérêt à défendre.

3-détruire le Beau

La promotion et la visibilité publique de personnalités repoussantes, incompétentes et inadaptées participe à cette œuvre satanique d’inversion de toutes les valeurs et de destruction méthodique de la civilisation occidentale ainsi que des notions mêmes du beau, du juste et du vrai.

Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où tout ce qui fut considéré pendant des millénaires comme indésirable, repoussant et déviant a pris le pouvoir. Cette évolution s’inscrit dans un schéma historique plus large : nos sociétés sont passées du règne de l’aristocratie à celui de la bourgeoisie (XVIIIe-XIX) puis à celui des masses (XXe) pour aboutir au stade final, celui des marginaux et des «hors castes» (XXIe), règne précédant un effondrement complet qui ne pourra aboutir qu’au retour d’une nouvelle et véritable aristocratie chargée de rebâtir notre pays et notre civilisation.

En attendant ce jour, la notion de léninisme biologique permet de mieux comprendre pourquoi des incompétents, des marginaux ou des monstres de foire se trouvent aujourd’hui mis en avant par les médias ou portés à des positions d’influence ou de responsabilité Il s’agit tout simplement du meilleur moyen que ceux qui détiennent réellement le pouvoir ont trouvé à la fois pour le conserver mais aussi pour neutraliser le seul groupe capable de lui faire obstacle : celui des individus sains, talentueux et conquérants.

Pour aller plus loin :

Genèse du concept

Article explicatif

Entretien

Du racisme

Si une communauté n’est pas acceptée, c’est qu’elle ne donne pas de bons produits, sinon elle est admise sans problème. Si elle se plaint de racisme à son égard, c’est parce qu’elle est porteuse de désordre. Quand elle ne fournit que du bien, tout le monde lui ouvre les bras. Mais il ne faut pas qu’elle vienne chez nous imposer ses mœurs.” Philippe de Gaulle, De Gaulle mon père, entretiens avec Michel Tauriac.

En France, le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit.

Fidèle à cette logique, l’Assemblée Nationale a voté en 2018 la suppression de toute mention de race dans la Constitution. Or dans le même temps, les « racisés », le plus souvent issus des minorités visibles, revendiquent une appartenance et une culture raciales et exigent un traitement de faveur au nom de ces dernières.  Alors, race ou pas race ?

A cause de la lourde charge historique, morale et politique dont il est porteur, ce débat a pris pour l’essentiel la forme d’un jeu sur les mots. D’un côté, l’étude de plus en plus fine du génome humain a révélé que les différences génétiques entre les populations humaines sont relativement faibles et le plus souvent dues à des adaptations locales liées à des pressions environnementales spécifiques. Mais d’un autre côté, les différences entre « groupes humains » ou « populations » n’en sont pas moins réelles et se manifestent par des caractéristiques physiologiques précises. Par exemple, les noirs africains possèdent une meilleure densité musculaire qui en fait d’excellents coureurs mais également  une forte densité osseuse qui en fait en revanche de piètres nageurs.  Sur le plan des pathologies, alors que les populations noires et moyen-orientales sont touchées par la drépanocytose, les populations occidentales sont plus susceptibles d’être atteintes par la sclérose en plaques.

Les différences physiologiques entre les groupes humains vont au-delà des caractéristiques physiques pour atteindre parfois  le domaine de l’incompatibilité biologique. Il est par exemple impossible de réaliser une greffe de moelle osseuse entre un blanc et un noir et beaucoup plus difficile de réussir une greffe de foie entre ces deux ethnies. Récemment, l’Allemagne s’alarmait de ne pas avoir assez de stocks de sang d’origine extra-européenne car les transfusions entre européens de souche et les nouveaux venus posent des problèmes de rejet et de compatibilité. 

Ces faits sur lesquels la communauté scientifique rechigne à s’exprimer peuvent choquer mais certains considèrent qu’il est temps de faire entrer cette réalité dans le débat public. En 2018, le généticien de Harvard, David Reich, juif et démocrate de surcroît, publia dans le New York Times une tribune qui fit grand bruit. Dans ce texte, Reich affirmait que les différences génétiques entre les populations allaient au-delà de la simple couleur de peau et pouvaient concerner des éléments plus complexes comme la taille, la susceptibilité à certains types de maladie mais aussi le comportement et les capacités cognitives. Pour Reich, il est dangereux et antiscientifique de nier les différences  génétiques parfois significatives entre les différents groupes humains de peur d’encourager le racisme.

En France, cette information fut très peu reprise. Dans le Monde, l’entrepreneur Laurent Alexandre réagit à cette information en affirmant que «  la science doit parfois s’effacer devant le principe d’égalité fondamentale entre les hommes» préférant ainsi défendre le dogme plutôt que de faire avancer la science et oubliant au passage qu’un scientifique doit, comme l’enseignait le physicien Richard Feynman, être habité par une honnêteté foncière et d’accepter tous les résultats, même ceux qui vont à l’encontre de sa thèse.

S’il existe bel et bien des différences génétiques entre les différents groupes humains contribuant, dans une certaine mesure, à déterminer leurs capacités et leurs comportements, il ne faut pas oublier, comme l’a démontré Joseph Henrich, que l’évolution humaine a été façonnée par une coévolution gène-culture ayant rendu l’être humain extrêmement sensible à la notion de culture partagée ainsi qu’aux différences comportementales et culturelles. Dans les sociétés occidentales dans lesquelles, depuis les années soixante-dix, le multiculturalisme a été imposé et présenté comme un souverain bien, c’est en réalité,  au-delà de la question raciale et ethnique, la question de la cohabitation entre peuples de différentes cultures qui se pose.

Dans une étude qui fit grand bruit, le grand sociologue américain Robert Putnam démontra qu’au sein d’un quartier, l’augmentation de la diversité ethnique et culturelle conduisait à l’effondrement de la confiance entre les communautés mais  également au sein des communautés elles-mêmes. Dans le même registre, le sociologue et philosophe finlandais Tatu Vanhanen démontra que les sociétés multiethniques et multiculturelles sont multiconflictuelles et qu’il existe chez l’être humain une tendance naturelle au “népotisme ethnique”. Pour être convaincu de la conflictualité apporté par le multiculturalisme, il suffit de comparer les États-Unis, toujours marqués par la ségrégation et la violence malgré l’avancée des droits civiques, ou le Brésil, autre creuset multiethnique et culturel, à des nations ethniquement et culturellement homogènes comme le Japon, la Nouvelle-Zélande ou la Corée.  

Enfin, sur le plan culturel, le chercheur hollandais Geert Hofstede a démontré et modélisé les différences culturelles fondamentales entre les peuples et les conséquences de ces différences sur leurs formes d’organisation, leur rapport à l’autorité et leur gestion du risque.

Au-delà de ses considérations savantes, comment imaginer une cohabitation harmonieuse entre des peuples dont les postulats philosophiques se trouvent en tous points opposés ? Comment imaginer une cohabitation entre la philosophie de l’émancipation propre à l’Occident et celle de la soumission propre à l’islam ? Entre une civilisation où la religion est avant tout une loi et une autre marquée depuis des siècles par la séparation des pouvoirs temporels et spirituels?

Nier la différence entre les populations humaines et les cultures, c’est nier la véritable diversité du monde et s’interdire de penser les problèmes que celle-ci peut poser.

Soucieux d’assurer la cohésion de son groupe d’appartenance et menacé par des groupes culturellement et physiologiquement distincts, l’être humain n’a pu que devenir « raciste », c’est-à-dire capable d’identifier rapidement les différences ethniques et culturelles et capable de ne faire société qu’avec des individus partageant avec lui, sur ces deux points, des caractéristiques communes. Parfois cruels, injustes et imprécis, les préjugés raciaux ne sont rien de moins que ce que les psychologues comportementaux appellent des heuristiques : des raccourcis mentaux développés au cours de l’évolution pour permettre un jugement rapide sur une situation.

Plutôt que de refuser d’admettre la réalité des différences aussi bien physiologiques que culturelles entre les groupes humains et les problèmes posés par leur cohabitation imposée, certains préfèrent s’accrocher au dogme du vivre-ensemble et continuent à affirmer que « nous sommes tous du même sang ». A ce stade, il ne s’agit plus de science ou de politique mais d’ignorance, voire d’une forme pathologique de dissonance cognitive.

Le refus de reconnaître les différences entre les groupes humains ne pose pas seulement la question de la censure d’une vérité scientifique au nom d’un dogme politico-religieux. Il met aujourd’hui en péril l’ensemble de la civilisation occidentale. Dans les années 30, l’Union Soviétique dénonça la génétique comme science contre-révolutionnaire pour lui préférer le lyssenkisme, science inventée par un paysan, Trofim Lyssenko, décidé à appliquer « la dialectique marxiste aux lois de la nature ».

Condamnés par le régime, des milliers de biologistes et de généticiens furent persécutés et emprisonnés. Les conséquences de ce choix pour l’URSS furent dramatiques. Aujourd’hui, en refusant de reconnaître les différences entre les groupes humains et les conséquences désastreuses de leur cohabitation imposée, l’Occident est en train de mourir d’un lyssenkisme politique.

De l’Antifragilité

Nassim Nicolas Taleb, auteur du « Cygne Noir », d’ »Antifragile » et de « Jouer sa peau » développait récemment sur Twitter son concept d’ « effet Lindy ».

Traduit de l’anglais par Stanislas Berton

« Vous voulez écrire un livre capable de survivre deux ou trois décennies ? Le premier réflexe est d’écrire quelque chose tourné vers le futur. Non. Assurez-vous que le contenu du livre est pertinent à la fois aujourd’hui mais aussi à un moment déterminé du passé, par exemple il y a 30 ans.

Inversement, si vous voulez qu’un livre meure, assurez-vous qu’il n’ait aucun intérêt pour un homme du passé.

Cette astuce s’applique aux institutions, aux idées, aux théories, aux technologies, et toutes ces autres choses non-périssables : la vieille technologie survit en grande partie parce qui est nouveau se trouve remplacé par ce qui est encore plus nouveau.

Le temps est à la fois un détecteur et une cause de fragilité : ce qui a survécu possède une résistance aux événements aléatoires.

Cette petite astuce nous permet de nous livrer à de la prédiction négative. L’Histoire n’a pas de sens ou plutôt, elle a un sens qui ne nous est pas accessible. En revanche, tout ce qui est fragile finira par rompre sous le poids du temps. Par conséquent l’effondrement est plus facile à prévoir que l’émergence : l’innovation est plus susceptible d’attaquer ce qui est nouveau et d’épargner ce qui est ancien.

En conséquence, certains éléments modernes seront remplacés- on ne sait pas encore par quoi, tout ce que l’on peut savoir est que ce qui est fragile s’effondrera  et que ce qui a été éprouvé par le passage du temps sera épargné. Voici donc une liste de choses nouvelles et fragiles qui sont susceptibles de disparaître au cours des dix prochaines années. Elles sont très modernes, hautement fragiles et soumises à des pressions donc attendez-vous qu’au moins quatre sur huit disparaissent :

Les huiles végétales (soja, maïs, palme), les statines et les médicaments psychotropes, la monnaie fiduciaire, le régime d’Arabie Saoudite, l’ordinateur de bureau, les compagnies aériennes nationales, le mouvement néo-athéiste, l’économie comportementale et le nudge, CNN, l’architecture non-fractale, les organisations centralisées et kafkaïennes comme Bruxelles ou Whitehall (UK), l’éducation d’ « élite »  au niveau licence, et pour terminer,  les organismes génétiquement modifiés»

A la liste de Taleb, j’ajouterai à titre personnel : l’idéologie égalitaire universaliste et la République Française, en tant que régime.

NB : Cet article ne fait pas partie du recueil l’Homme et la Cité