
« Puis Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre […] Et cela fut ainsi. Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. » 1 Genèse 26
Le monde moderne est fondé sur un ensemble de mythes qui essaient de se faire passer pour de la science. Le processus d’évolution par la sélection naturelle de Darwin est l’un d’entre eux. Dès son origine, cette thèse a suscité des critiques pour des raisons religieuses mais aussi scientifiques. Si l’histoire officielle a retenu le nom de Darwin, elle a fort opportunément oublié celui de Richard Owen (1804 -1892), directeur du British Museum, paléontologue, naturaliste et anatomiste britannique qui fut l’un des critiques les plus virulents de Darwin, pointant notamment du doigt le manque de preuves de la transition entre les espèces. En France, un auteur comme Dominique Tassot, a publié une critique approfondie de la théorie de Darwin en soulignant également l’absence de formes de transition dans les archives fossiles, la complexité irréductible de l’information génétique1 et la dilution rapide des modifications génétiques par la reproduction sexuée…
Malgré sa remise en cause aussi bien frontale que discrète, y compris par les biologistes eux-mêmes2, la théorie darwinienne de l’évolution continue d’être enseignée et jouit du statut de véritable de dogme au sein du monde scientifique et intellectuel moderne. Remettre en cause Darwin dépasse en effet de loin le simple domaine de la biologie mais équivaut à s’attaquer à une théorie qui sous-tend une bonne partie de la vision moderne du monde, c’est-à-dire celle d’un univers vide de sens, gouverné par les lois d’un « horloger aveugle », limité à la seule matière, dans lequel l’apparition et l’évolution des espèces serait le fruit du hasard et où l’apparition de la vie, y compris consciente, ne serait qu’un accident.
C’est une chose de savoir par la foi ou de deviner par l’intuition que cette vision du monde est fausse mais c’en est d’une autre que de pouvoir le prouver avec toute la rigueur nécessaire. Or, c’est précisément ce que vient d’accomplir l’essayiste américain Vox Day dans son ouvrage « Probabilité Zéro : l’impossibilité mathématique de l’évolution par la sélection naturelle ».
Comme l’indique le titre du livre, Vox Day ne s’est pas attaqué au problème de l’évolution par le biais de la théologie ou même de la biologie mais par les mathématiques. Sa démonstration fait partie de ces solutions dont la clarté, l’élégance et la simplicité ne sont accessibles qu’aux vrais génies capables de penser hors des cadres établis :
Le raisonnement de Vox Day est le suivant :
1) La loi de l’évolution par la sélection naturelle nous dit qu’il est possible de partir d’un singe pour arriver à un homme
2) or, le génome du singe et celui de l’homme ont été précisément cartographiés. Nous connaissons de façon précise les différences génétiques qui séparent l’homme du singe (40 millions de variants nucléotidiques)
3) Pour que ce processus de transition aboutisse, il faut qu’un certain nombre de mutations génétiques aléatoires se produisent et se fixent de façon permanente
4) la question est donc la suivante : la fixation du nombre nécessaires de mutations génétiques est-il mathématiquement possible ou probable dans le laps de temps donné ?
La réponse est non.
Comme l’écrit Vox Day, dans « Probabilité Zéro » :
« Voici la situation concernant la sélection naturelle comme explication des changements évolutifs à grande échelle. Haldane a calculé le maximum théorique. Lenski a mesuré le taux réel. Ils concordent. Et les deux sont catastrophiquement insuffisants pour expliquer les différences génétiques entre espèces. Considérons ce que requiert l’évolution néo-darwinienne pour expliquer la divergence entre l’humain et le chimpanzé. Les deux lignées doivent accumuler environ 40 millions de différences génétiques fixées sur une période d’environ 6 à 9 millions d’années. Avec les temps de génération humains, cela représente peut-être 325 000 générations. En divisant, il faudrait environ 123 fixations par génération. La limite de Haldane est d’une fixation toutes les 300 générations. L’exigence dépasse cette limite d’un facteur d’environ 37 000. »
Dans « Le gène gelé », il ajoute :
Les génomes humain et chimpanzé diffèrent d’environ 40 millions de variants nucléotidiques simples, ce qui représente grosso modo 20 millions de fixations sur chaque lignée depuis l’ancêtre commun le plus récent du chimpanzé et de l’humain (CHLCA), il y a environ 6 à 9 millions d’année.
[…] Sept mille ans correspondent approximativement à 0,1 % du temps écoulé depuis le CHLCA. Si la fixation se produisait au rythme historique, on devrait observer environ 0,1 % de 20 millions, soit à peu près 20 000 événements de fixation dans la lignée humaine au cours de notre fenêtre d’observation. Même les estimations très conservatrices, tenant compte de la nature stochastique de la fixation, prédisent plusieurs centaines d’événements observables dans un jeu de données de cette taille.
Pour dire les choses plus simplement, il n’est pas possible que les mutations nécessaires se produisent dans le laps de temps donné pour passer de l’homme au singe. Là où il en faudrait quarante millions, les calculs de Vox Day prouvent que seuls quelques centaines sont possibles. Les critiques de cette thèse ont tenté de trouver des moyens pour contourner le problème, comme par exemple évoquer des taux de fixation parallèles, mais aucun argument ou calcul n’est parvenu jusqu’à présent à trouver une erreur dans le raisonnement de Vox Day. Compte tenu de la lecture éminemment technique du sujet, je renvoie le lecteur qui souhaiterait en savoir plus sur les calculs de Vox Day, la barrière de Bernoulli ou la contrainte de Haldane à lire « Probabilité Zéro », « Le Gène gelé » ou les articles techniques que Vox Day a publié à ce sujet sur son blog.
Ce qui compte ici est de comprendre qu’une approche mathématique et véritablement scientifique vient de remettre en cause le darwinisme en tant que dogme fondamental de la science et de la pensée modernes. Les conséquences de cette réfutation n’ont pas échappé à Vox Day qui écrit dans l’un des derniers chapitres de « Probabilité zéro » :
« Si les mathématiques de la fixation démontrent que la mutation non dirigée et la sélection naturelle ne peuvent pas expliquer les différences génétiques observées entre les espèces dans le temps disponible, alors quelque chose d’autre doit en rendre compte. Je me réfère à ce quelque chose d’autre comme la Manipulation Génétique Intelligente, ou MGI. Le terme est délibérément neutre concernant l’identité, la nature, ou les motifs du manipulateur. Il spécifie seulement ce que les preuves et les mathématiques indiquent : que la gamme de changements génétiques que nous observons dans les données génomiques sont délibérés plutôt que le fruit du hasard ou par l’un des mécanismes évolutifs proposés auxquels ils ont été attribués pendant les 150 dernières années, y compris la sélection naturelle. »
[…]
« La MGI est un concept opérationnel, pas théologique. Elle postule que certains changements génétiques ont été introduits dans les lignées par un agent intelligent capable d’éditer les génomes. Elle n’affirme rien sur l’identité cet agent, quels sont les buts ultimes de l’agent, ou si l’agent opère à l’intérieur ou à l’extérieur de l’ordre naturel. Ce sont des questions séparées, et les confondre a généré plus de confusion que de clarté dans les débats sur l’apparition de la vie. »
Si le vivant n’a pas été créé de façon accidentel et n’a pas évolué de façon aléatoire, la question de l’identité du Créateur se pose. Sur ce point, Vox Day propose quatre hypothèses :
1) le premier moteur d’Aristote, repris par saint Thomas d’Aquin
« Un Dieu qui opère comme Premier Moteur pourrait établir les lois et les conditions initiales qui rendent la vie possible, y compris les mécanismes par lesquels la manipulation génétique se produit, sans personnellement éditer chaque génome […] La synthèse médiévale comprenait cela. Saint Thomas d’Aquin distinguait entre cause primaire et secondaire : Dieu est la cause primaire de tout, mais les causes secondaires sont des causes réelles à part entière. Quand un feu brûle du bois, Dieu est la cause primaire, mais le feu est une véritable cause secondaire de la transformation du bois en chaleur, fumée et cendres. Ce cadre permet la souveraineté divine sans la microgestion divine. »
2) le programmeur de la Simulation
« Si nous vivons dans une simulation, alors le programmeur serait le créateur de facto de notre univers. Mais ce créateur n’a pas besoin d’être omnipotent dans un sens métaphysique. Le programmeur serait simplement un ou plusieurs membres d’une civilisation plus avancée, possédant une technologie supérieure mais opérant vraisemblablement sous des contraintes propres : ressources computationnelles limitées, supervision institutionnelle, pressions budgétaires, projets concurrents, connaissance imparfaite des systèmes qu’ils simulent. »
3) L’intelligence extraterrestre
« La possibilité que la Terre ait été visitée par des intelligences extraterrestres capables d’ingénierie génétique n’est ni logiquement incohérente ni scientifiquement impossible. En effet, elle est sans doute plus conservatrice que les alternatives — nécessitant seulement que la vie existe ailleurs dans l’univers, que certaines d’entre elles aient atteint une sophistication technologique, et que le voyage ou l’influence interstellaire soit possible. »
4) les êtres surnaturels et tridimensionnels
« La plupart des traditions religieuses postulent l’existence d’êtres qui ne sont ni Dieu ni humains : anges, démons, djinns, devas, asuras, esprits de diverses sortes. Ces êtres occupent une position intermédiaire dans la hiérarchie cosmique ; ils sont plus puissants et plus savants que les humains, mais n’atteignent pas la réalité divine ultime. Ils sont typiquement dépeints comme capables d’agir dans le monde physique, que ce soit par intervention directe, possession, inspiration, ou influence subtile sur les processus naturels. […] Ce qui unit toutes ces possibilités est que les concepteurs seraient surhumains mais pas divins. Ils seraient assez puissants pour manipuler la génétique, assez savants pour concevoir des organismes fonctionnels, mais opérant sous des contraintes qui expliqueraient les imperfections apparentes dans leur travail. »
Comme l’explique très justement Vox Day, la « bonne » réponse n’a ici que peu d’importance. Ce qui compte est d’écarter la fausse vision darwiniste de la liste des explications possibles et de travailler sur des hypothèses plausibles plutôt que sur de la science-fiction qui essaie de se faire passer pour de la science.
Pour finir, Vox Day n’a pas manqué de comprendre les implications philosophiques, politiques et sociales de la réfutation du darwinisme. La classe dirigeante actuelle utilise en effet le darwinisme pour justifier sa vision du monde : matérialisme, eugénisme, loi du plus fort, élimination des plus faibles, transhumanisme. Si le darwinisme est faux, c’est un pilier soutenant cette vision du monde qui s’effondre.
Dans le « Gène gelé », Vox Day décrit une présentation fictive de Yuval Noah Harari à Davos dans laquelle celui-ci promet aux élites qu’eux-mêmes et leurs descendants deviendront des dieux grâce à la manipulation génétique. Or, comme le démontre impitoyablement Vox Day, les promesses d’Harari ne reposent sur aucune base véritablement scientifique. Le transhumanisme génétique est un rêve de psychopathes qui va se fracasser sur le mur de la réalité :
« Le public se penche en avant. C’est exactement ce qu’ils sont venus entendre. Ils ont conquis des marchés, bouleversé des industries, plié des gouvernements à leur volonté. Pourquoi pas l’évolution elle-même ? Au fond de la salle, une femme ouvre son ordinateur portable. Elle n’est pas milliardaire. Elle est actuaire — quelqu’un qui gagne sa vie en calculant ce que l’avenir réserve réellement, et non ce que les gens aimeraient qu’il réserve.
Pendant que le prophète parle d’itération et de transcendance, elle construit une feuille de calcul. Le modèle est simple. Cinq mille familles d’élite. Chaque enfant modifié avec 500 améliorations génétiques bénéfiques. Cinquante pour cent se marient au sein du groupe ; cinquante pour cent épousent des gens de l’extérieur. Elle attribue les probabilités d’héritage génétique selon les lois de Mendel, les mêmes lois qui régissent l’hérédité depuis que la vie existe. Les courbes plongent vers le bas. Après une génération : 280 modifications restent. Après deux : 190. Après trois : 140.
Après quatre générations — « l’élite » du prophète —, les surhumains ne conservent plus qu’à peine 100 des 500 modifications initiales. Quatre-vingts pour cent des avantages créés ont tout simplement… disparu. Dilués par la simple mathématique de la reproduction sexuée. Elle n’a même pas encore ajouté le mosaïcisme3. Ni le fait que les modifications CRISPR ne sont pas parfaitement propres. Ni qu’aucune population d’élite dans l’histoire n’a maintenu cinquante pour cent d’endogamie sur quatre générations. Elle lève la main.
« Combien de générations, exactement, cela prendra-t-il ? »Le prophète sourit du sourire d’un homme qui n’a jamais été obligé de montrer ses calculs. « Juste quelques-unes. »
L’actuaire regarde sa feuille de calcul. Les chiffres ne mentent pas. Ils ne mentent jamais. Elle referme son ordinateur et se cale dans son siège. Inutile de discuter avec quelqu’un qui ne fait pas les calculs. »
Pour aller plus loin :
Probabilité zéro : l’impossibilité mathématique de la sélection naturelle, Vox Day
Le gène gelé, Vox Day
L’évolution en 100 questions réponses, Dominique Tassot
Entretien Dominique Tassot :
1Certain systèmes biologiques nécessitent la combinaison de plusieurs plusieurs protéines qui ne servent à rien isolément et sont donc impossibles à construire par petites étapes
2https://www.theguardian.com/science/2022/jun/28/do-we-need-a-new-theory-of-evolution
3Le mosaïcisme correspond à la coexistence, chez un même individu, de deux ou plusieurs populations cellulaires de génotypes différents