De l’échec des élites

« J’aime les paysans ; ils ne sont pas assez savants pour penser de travers » Montesquieu

L’élite d’une nation a une seule et unique mission : servir son pays et défendre son peuple.

Seul l’accomplissement de cette mission justifie les privilèges dont jouissent ses membres.

A partir du moment où par lassitude, par lâcheté ou par bêtise, cette élite cesse de jouer son rôle, le contrat social est rompu et ses privilèges deviennent indus.

L’histoire de l’Humanité est remplie d’exemples d’élites qui ont échoué à protéger leurs peuples respectifs et à assurer leur survie. Cependant, la faillite des élites occidentales actuelles est remarquable par son caractère total et systémique.  Non seulement nos dirigeants ont échoué à protéger leurs peuples au point qu’à moyen-terme, la survie de ces derniers se trouve menacée mais en ce qui concerne l’économie, l’organisation sociale, l’éducation et même la guerre, ils se sont pratiquement trompés sur tout.

Le plus grave échec des élites occidentales porte sur la notion de « progrès ».

Adoptant souvent sans s’en rendre compte une lecture hégélienne du monde, elles ont cru que le temps était linéaire et que son simple passage constituait une garantie de toujours plus : plus de croissance, plus de droits, plus de « progrès ». En réalité, le temps est marqué par des cycles d’expansion et de contraction et de plus, comme je l’ai montré, l’idée d’une croissance infinie est en soi une aberration et l’effet Lindy nous invite à nous méfier de tout ce qui n’a pas été testé par le passage du temps.

Sur le plan économique, nos élites n’ont pas compris que ces deux derniers siècles de croissance constituent  une parenthèse ouverte dans l’histoire économique humaine par l’exploitation massive des énergies fossiles et de stocks finis de ressources naturelles et que cette parenthèse est en train de se refermer. Au lieu de s’adapter à cette réalité physique, nos élites ont préféré opter pour une fuite en avant via un endettement sans équivalent dans l’histoire de l’Humanité et qui menace aujourd’hui de faire exploser le système économique mondial en détruisant au passage la notion même d’épargne.

A une échelle plus réduite, nos dirigeants ont échoué à comprendre que l’économie de services était un leurre car pour qu’il y ait des services, il faut qu’il y ait en premier lieu des flux réels, agricoles et industriels, sur lesquels s’appuyer. Le résultat de cet aveuglement est une désindustrialisation massive qui a ravagé en France comme aux États-Unis des régions entières et contribué à un effondrement de la prospérité des peuples occidentaux, sans parler des problèmes posés en terme de souveraineté économique et de sécurité des approvisionnements.

Cette catastrophe est à la fois le fruit d’une mauvaise compréhension des mécanismes économiques mais aussi de la croyance que tout est économique. Sur le plan intellectuel, non seulement nos élites ont baigné depuis leur plus tendre enfance dans le matérialisme, la pseudo-rationalité et  l’idée du « sens de l’histoire » mais plus tard, les grandes écoles et les formations dites d’«élites » n’ont  même pas tenté  de nuancer ou de critiquer cette vision du monde mais au contraire, l’ont renforcée ! Pire, c’est désormais l’idéologie qui prime sur le réel et tout ce qui pourrait venir remettre en cause se trouve rejeté hors du champ du débat intellectuel.

Aujourd’hui, pour tout ce qui touche aux sciences humaines et sociales, la formation des « élites » se caractérise par un conformisme et une orthodoxie qui confine au dogme et surtout qui échoue à transmettre des connaissances fondamentales sur  l’anthropologie, la psychologie, le fait religieux et la méthode scientifique, bref tout ce qui permet de comprendre les hommes, leur  diversité et le fonctionnement réel du monde.

Une telle formation conduit nos dirigeants à voir les hommes sous le prisme d’un tableur Excel : de simples unités qu’il est possible  de déplacer d’un continent à l’autre sans aucune considération pour les différences culturelles, philosophiques et identitaires qui sont pourtant les déterminants principaux de la vie en société et de la performance au travail. Succombant à leurs propres déterminants anthropologiques, les élites occidentales  se sont abandonnées à l’universalisme, refusant de voir des Chinois, des Russes ou des Arabes pour ne plus voir que des Hommes abstraits qui n’ont jamais existé que dans leur imagination

Il n’est donc pas surprenant que nos élites aient radicalement échoué face au phénomène anthropologique et culturel majeur qu’est le renouveau de l’islam. Pendant des années, nos élites ont entretenu le mythe de l’intégration affirmant qu’il suffirait de passer cette masse d’immigrés majoritairement musulmane à la moulinette républicaine pour en faire de bons Français. Bien entendu, rien de tout cela n’a fonctionné  et le monde islamique, à commencer par certaines puissances comme l’Arabie Saoudite et le Qatar, ont profité de la naïveté ou de la complaisance des élites pour avancer leur pions et faire naître de véritables contre-société au sein des nations occidentales elles-mêmes. Aujourd’hui grâce à l’aveuglement de nos élites, le monde arabo-musulman est sur le point d’obtenir ce que plus de dix siècles de guerre n’ont jamais pu lui apporter : la conquête et la soumission de l’Europe et d’une large partie des peuples qui l’occupent.

Aujourd’hui, les sociétés occidentales sont, derrière une prospérité de façade, de véritables champs de ruines où la notion même de politique a été détruite. En effet, sans frontières, sans distinction entre l’étranger et le national, sans identité et même sans peuples, il n’y a plus de politique.

Et sans politique, il n’y a plus rien, juste des individus apeurés, isolés et vulnérables.

Ainsi, dans leur cynisme, leur incompétence et leur bêtise, les élites ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis et détruit le fondement même de leur légitimité.

Cet aveuglement et cette sécession des élites ont deux principales explications.

Premièrement, la technologie, notamment les transports et les moyens de communication, a permis à l’élite de s’affranchir des réalités locales et nationales pour devenir pleinement cosmopolites.

Aujourd’hui, les élites parisiennes se sentent plus proches, à tort mais c’est un autre sujet, des élites de New-York et de Berlin, que de leurs compatriotes en Picardie ou en Champagne.

Deuxièmement, comme l’a magistralement démontré Emmanuel Todd, l’accès d’une large partie de la population à l’enseignement supérieur a créé une nouvelle caste sociale  qui fonctionne en vase clos et qui s’est totalement détachée et déconnectée du peuple.

Parmi toutes les élites occidentales, les élites françaises sont celles dont la faillite est la plus grande.

D’une part à cause d’un terreau anthropologique favorable à l’universalisme et à l’égalité mais aussi à cause du centralisme parisien qui, à l’inverse de nombreux pays, concentre l’essentiel de la classe dirigeante au sein d’une même ville. Si dans d’autres pays, en public,  les élites condamnent  le nationalisme et prêchent l’ouverture au monde ; en privé, elles continuent de défendre farouchement leurs  prérogatives et leurs intérêts nationaux. Pendant ce temps, les élites françaises, véritables dindons de la farce, renoncent à défendre bec et ongles leur souveraineté et leurs intérêts  tout en se convainquant qu’il s’agit là d’un immense progrès.  

Face à l’effondrement qui menace et à la colère qui gronde, les jours de l’élite actuelle sont comptés.

A un tel stade de décomposition et face à un échec aussi systémique, il est illusoire d’espérer sauver quoi que ce soit. En l’état, la seule solution viable est un remplacement complet d’une élite par une autre. Politiques, magistrats, haut-fonctionnaires, journalistes, haut commandement militaire, syndicalistes, universitaires : compte tenu de leur échec et des souffrances qu’elles ont infligé au peuple français, des centaines de milliers de personnes doivent être déchues des positions qu’elles occupent et être remplacées par une nouvelle élite forgée dans le creuset de la lutte contre les nouveaux totalitarismes.

Face à cette élite qui contrôle encore l’essentiel des leviers du pouvoir, il est capital d’agir de façon efficace et décisive. Avant toute chose, il est essentiel que les forces de sécurité comprennent qu’elles ne protègent plus la France mais un régime et que leur sacrifice et leur dévouement permettent à une caste majoritairement composée d’incompétents et de corrompus de se maintenir au pouvoir pour le plus grand malheur de la France et des Français. Ensuite, face à un effondrement économique et social dont le risque s’accroît de jour en jour, il est essentiel de se tenir prêt et de ne pas laisser le moment venu une nouvelle minorité intransigeante, organisée et antinationale imposer sa volonté au peuple. 

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